Covid, climat et le « piège du consensus »

Quoi de commun entre la crise financière de 2008, la gestion de la pandémie de coronavirus, et la politique de décarbonation ? Trois auteurs américains, dont le bien connu des climato-réalistes Steven Koonin, constatent dans un article intitulé Covid, Climate and the Consensus Trap publié par le Wall Street Journal, que dans les trois cas les erreurs faites l’ont été sur la base d’un consensus construit à toutes forces, pour des résultats toujours désastreux.


Trois des échecs politiques les plus coûteux de ces dernières décennies – la crise financière de 2008, les confinements liés à la Covid-19 et la campagne pour une décarbonation rapide – partagent une pathologie que nous appelons le piège du consensus.

Bien que ces situations concernent des secteurs très différents, elles partagent une pathologie commune que nous appelons le « piège du consensus ». Chacun de ces échecs résulte de l’alignement d’institutions et de dirigeants puissants pour fabriquer un consensus non étayé par les faits. Nous suivons le déroulement de chaque cas de piège du consensus selon la même chronologie : le consensus est affirmé, les voix dissidentes crédibles sont étouffées, la politique échoue et l’obligation de rendre des comptes fait défaut. Le mécanisme sous-jacent au piège du consensus est, dans chaque cas, d’une uniformité frappante : acceptation rapide de modèles prédictifs défaillants, discrédit agressif jeté sur les remises en question crédibles du point de vue dominant, campagne d’amplification médiatique et politique, et impact régressif des coûts liés à l’échec. Malgré les différences entre ces trois cas, la dynamique qui les unit suggère que le piège du consensus se refermera partout où convergent données complexes et enjeux politiques majeurs. Des réformes institutionnelles et sociétales pourraient en réduire la probabilité. La prise de conscience de ce piège est particulièrement importante à la lumière de la révision, prévue pour 2025, du *Reference Manual on Scientific Evidence* (Manuel de référence sur les preuves scientifiques) du Federal Judicial Center, qui associe « l’acceptation généralisée » à la forme la plus élevée de certitude scientifique. Ce lien pourrait institutionnaliser, au sein des tribunaux fédéraux, la confusion entre un consensus fabriqué de toutes pièces et un consensus fondé sur un débat critique des preuves.

En avril 2026, l’un des coauteurs de cet article (Koonin) a adressé une lettre, conjointement avec Richard Lindzen (MIT) et William Happer (Princeton), au président de la Cour suprême, John Roberts, en sa qualité de président du Federal Judicial Center. L’objet de leur préoccupation était le *Reference Manual on Scientific Evidence* du Centre, un guide destiné aux milliers de juges fédéraux appelés à évaluer des preuves scientifiques dans le cadre de litiges. Un chapitre clé, intitulé « How Science Works » (Comment fonctionne la science), présente « l’acceptation généralisée » comme un indicateur fiable de crédibilité et l’associe au « niveau de certitude le plus élevé que la science puisse offrir ». Or, ce n’est précisément pas ainsi que « fonctionne la science ». Au contraire, comme l’a célèbrement expliqué le physicien renommé Richard Feynman lors de sa conférence « Messenger » à Cornell en 1964 : « Si cela contredit l’expérience, c’est faux. Cette simple affirmation contient la clé de la science. » Plus de trois siècles auparavant, Galilée avait souligné plus directement l’absence de pertinence du consensus en écrivant : « Dans les sciences, l’autorité de milliers d’opinions ne vaut pas autant qu’une petite étincelle de raison chez un individu. »

Les problèmes ont commencé avec la présentation, comme des faits avérés, des résultats de modèles complexes et non validés. Les institutions et les personnalités publiques, soumises à la pression de paraître influentes, ont ignoré les incertitudes. De concert avec la presse, ces institutions et ces personnes sont devenues les arbitres de la vérité, amplifiant le consensus proclamé au lieu d’évaluer de manière critique les données. Une fois « la science » érigée en dogme, toute dissidence a été considérée comme une faute professionnelle. Dans les trois cas, comme nous l’analysons dans un article co-écrit avec Terrence Keeley , le consensus était erroné et le public en a subi de graves conséquences, tandis que les responsables de ces échecs ont échappé à toute responsabilité.

La crise de 2008 est l’exemple le plus flagrant du piège du consensus en matière de politique économique. Les incitations politiques à faciliter l’accès à la propriété, l’engouement de Wall Street pour les commissions et les règles de Bâle II, fondées sur les modèles des agences de notation, ont contribué à donner l’illusion d’une structure de prêts hypothécaires à risque de plusieurs milliers de milliards de dollars solide, alors qu’elle était en réalité fragile.

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