Macron, écologie et accusations de démagogie : lʼarroseur arrosé

Samuel Furfari et Marcel Kuntz


Samuel Furfari est docteur en Sciences appliquées (ULB), professeur en géopolitique de l’énergie. Il est membre du conseil scientifique de l’association des climato-réalistes.

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS en physiologie cellulaire.

Cet article a été publié le 24 mai 2026 par Atlantico

Emmanuel Macron a déploré que l’écologie soit devenue « une cible facile des extrêmes » et appelé à « continuer à avancer sur des enjeux très concrets », notamment l’électrification et l’économie du recyclage.


Atlantico : Emmanuel Macron a déclaré ce mardi que lʼécologie était devenue une cible facile pour les extrêmes et a appelé à continuer dʼavancer sur des enjeux très concrets. Le bilan dʼEmmanuel Macron en matière de politique environnementale et écologique nʼest-il pas globalement négatif sur certains aspects ? Emmanuel Macron ne se retrouve-t-il, au-delà dʼune forme de démagogie, dans une position dʼarroseur arrosé en matière de politique environnementale ?

Samuel Furfari : Sa déclaration est une autre façon de se dédouaner en disant que la politique écologique ne marche pas à cause des extrêmes. Il est facile de critiquer les extrêmes. Le président de la République estime que ce sont eux qui lʼempêchent de faire de la politique et de mener à bien ses projets sur lʼenvironnement et pour lʼécologie.

Mais, il y a eu des gouvernements majoritaires. Emmanuel Macron au début de son premier mandat avait la possibilité de faire tout ce quʼil voulait en matière de politique écologique. Sa déclaration est encore une fuite en avant consistant à rejeter la faute sur les autres. Il est assez délicat dʼimputer la faute à des partis qui nʼavaient pas le pouvoir, alors que lui avait toutes les cartes en main pour faire ce quʼil voulait. Cela illustre la petitesse de la stratégie politique du chef de lʼEtat vis-à-vis de lʼopposition.

En fermant Fessenheim en 2020, tout en maintenant lʼobjectif de réduction de la part du nucléaire à 50 % du mix électrique, Emmanuel Macron nʼa-t-il pas contribué à fragiliser la souveraineté énergétique française et la filière du nucléaire ?

Samuel Furfari : La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim est un sabordage industriel sans égal. Évidemment, ce nʼest pas Emmanuel Macron qui a eu cette idée à lʼorigine, mais François Hollande, afin de suivre la stratégie déployée par lʼAllemagne. Toutefois, cʼest Emmanuel Macron qui lʼa mise en œuvre, qui a donné lʼordre. Il est donc responsable de la fermeture dʼune centrale qui fonctionnait parfaitement et qui nʼavait aucune raison dʼêtre arrêtée, si ce nʼest pour des raisons idéologiques.

La fermeture de Fessenheim a conduit à lʼarrêt de deux réacteurs de 900 MW, alors que la centrale produisait encore près de 12,3 TWh dʼélectricité en 2019 selon les données relayées par la presse spécialisée énergétique.

La France a perdu non seulement une capacité de production, mais cette décision a également eu des répercussions sur lʼensemble de la politique industrielle nucléaire française. Comment voulez-vous que les Tchèques et autres acheteurs potentiels fassent confiance à la technologie française lorsque le président de la République ferme lui-même une centrale nucléaire ?

Emmanuel Macron est allé en République tchèque et en Pologne pour essayer de convaincre ces gouvernements dʼacheter français et dʼinvestir dans le nucléaire via des technologies françaises. Mais les Polonais ont choisi la compagne américaine Westinghouse et les Tchèques se sont tournés vers les Coréens de KHNP (Korea Hydro & Nuclear Power).

Stéphane Séjourné, en tant que Commissaire européen, a exprimé son agacement face à cette situation en expliquant quʼil fallait ouvrir une enquête, estimant que cela nʼétait pas normal. Pourtant, cette situation nʼest que la conséquence de cette erreur stratégique majeure commise par la France en matière de politique énergétique.

Le problème concernant les choix dans la filière nucléaire est surtout international plutôt que strictement français, car la France reste aujourdʼhui un pays fortement nucléarisé, même après certaines fermetures de réacteurs.

La France était le pays le plus avancé dans le domaine du nucléaire. Aux États-Unis, il existe également un important parc nucléaire, mais ce sont généralement des entreprises électriques qui construisent et exploitent chacune sa propre centrale. En France, AREVA (devenue EDF) construisait toutes les centrales et en assurait lʼexploitation : cʼétait un modèle unique au monde qui donnait à lʼentreprise un savoir-faire inégalé. Construire une flotte au lieu dʼune seule donne un énorme avantage industriel. Puis la France a commencé à affirmer quʼelle nʼavait plus besoin du nucléaire et quʼil fallait réduire sa place dans le mix énergétique. Cela a conduit à un véritable sabordage du nucléaire français.

Le nucléaire français nʼest pas définitivement perdu. Il est encore possible de rattraper le retard. Mais pendant les vingt années durant lesquelles la France a tergiversé, les Coréens, les Chinois, les Russes et les Américains ont poursuivi leur développement, tandis que la France sʼest arrêtée. Cette situation est désolante. Et le temps perdu ne se rattrape guère…

Le principal enjeu concerne surtout lʼimage de marque de la France à lʼinternational. Le pays ne parvient plus à vendre ses centrales nucléaires. Telle est là, la véritable difficulté et la conséquence des choix politiques, davantage quʼun problème intérieur. Sur le plan national, la France dispose encore dʼun nombre suffisant de réacteurs afin de poursuivre sa production. Certes, il y a eu du retard, et le grand carénage a été lancé pour remettre les installations en état.

Mais il demeure une erreur fondamentale : le fait de donner la priorité à lʼélectricité éolienne par rapport à lʼélectricité nucléaire dans la gestion du réseau électrique. Cette orientation provient de lʼUnion européenne, qui considère que lʼélectricité produite par les éoliennes doit être injectée en priorité sur le réseau. Or, les réacteurs nucléaires ne sont pas conçus pour sʼarrêter aussi facilement quʼune centrale à gaz. Cela constitue également une erreur majeure.

En matière dʼécologie, les choix dʼEmmanuel Macron sur le nucléaire, notamment lors de son premier quinquennat, nʼont-ils pas été une erreur qui a contribué à fragiliser la politique environnementale et énergétique du pays ?

Marcel Kuntz : Cela a clairement été le cas. Si un dirigeant souhaite décarboner la production dʼénergie de son pays, ce nʼest pas en fermant des centrales nucléaires quʼon y parviendra. Surtout quʼau début, Emmanuel Macron voulait aller beaucoup plus loin. Il a finalement renoncé à ses mesures. Mais il a contribué à la situation désastreuse de la fermeture de Fessenheim.

Une telle décision relève presque de la forfaiture, pour des bénéfices politiques assez hypothétiques.

Les écologistes qui ont approuvé une telle mesure et qui voulaient réduire lʼinfluence du nucléaire ne cherchent pas vraiment à protéger lʼenvironnement. Ils souhaitent en réalité saboter lʼéconomie. Il y a des écologistes sincères mais lʼécologie politique est très rapidement devenue une idéologie anticapitaliste. Il est donc toujours particulier de voir des gens qui ne remettent pas en cause le capitalisme sʼallier avec des personnes qui veulent précisément le détruire.

Il est difficile de croire quʼEmmanuel Macron nʼait pas vu ce quʼil y a derrière lʼécologie politique, ou quʼil ait fait semblant de ne pas le voir. Nos dirigeants, pourtant très intelligents, semblent avoir des difficultés dans la perception de la réalité.

Il faut néanmoins reconnaître que les racines du sabotage du nucléaire en France remontent à une période antérieure à la présidence Macron. Cela a commencé bien avant. Lʼabandon de Superphénix, par exemple, a entraîné toute la filière des surgénérateurs. Les écologistes ont donc imposé leurs vues bien avant lui.

Ce nʼest donc pas uniquement de sa faute. Mais il était ministre sous François Hollande, et la gauche sʼétait largement ralliée au magistère intellectuel écologiste. Emmanuel Macron a donc baigné dans cet environnement idéologique. Malgré tout, lorsquʼon est aussi intelligent, il devrait être possible de faire la part des choses et de ne pas prendre de mauvaises décisions, comme ce fut le cas pour la filière nucléaire par le passé.

Emmanuel Macron lʼa fait ensuite, puisquʼil a finalement soutenu le nucléaire. Pourquoi ne lʼa-t-il pas compris plus tôt ? Cʼest un grand mystère.

La Convention citoyenne pour le climat constituait lʼun des grands projets dʼEmmanuel Macron durant son mandat. Il avait promis de reprendre les 149 propositions formulées par cette convention. Or, plusieurs mesures ont été abandonnées, repoussées ou fortement édulcorées. Quel a été lʼimpact sur la politique écologique française ? En quoi cela constitue-t-il une erreur dʼEmmanuel Macron en matière de politique environnementale ?

Samuel Furfari : Emmanuel Macron nʼest pas un stratège, cʼest un communicant. Il a donc voulu communiquer avec les Français en affirmant quʼil allait sʼoccuper des questions écologiques. Cʼest dans ce contexte quʼa été organisée la Convention citoyenne pour le climat, que je considère comme une mascarade démocratique.

De nombreux débats ont eu lieu, mais les ONG elles-mêmes nʼont pas été dupes. Elles ont exprimé leur frustration. Emmanuel Macron avait promis de reprendre les 149 propositions de la Convention citoyenne pour le climat, mais plusieurs ONG et observateurs ont ensuite dénoncé un détricotage ou un report dʼune partie des mesures. Plusieurs rapports du Haut Conseil pour le climat ont ensuite souligné lʼécart persistant entre les objectifs affichés et les politiques réellement mises en œuvre.

Cela est notamment lié au fait que lʼon a demandé à des personnes qui ne maîtrisent pas ces sujets, aux citoyens non experts en la matière, de se prononcer sur des questions économiques et industrielles profondément complexes. Si vous demandez aux citoyens français sʼils veulent être riches et en bonne santé, ils répondront évidemment oui. De la même manière, si vous demandez sʼil faut lutter contre le changement climatique tout en conservant une énergie bon marché, les réponses iront dans ce sens.

Ces débats ont souvent pris la forme de discussions de comptoir, alors quʼil sʼagit de sujets extrêmement sérieux. Cela est sincèrement regrettable.

Il nʼest pas possible de débattre de questions aussi stratégiques à travers des consultations citoyennes réunissant des personnes qui ne possèdent pas les connaissances nécessaires en physique, en chimie ou en économie. Il est grave, de la part dʼun chef dʼÉtat, de laisser croire quʼil suffit dʼécouter les citoyens et dʼappliquer directement leurs propositions.

En matière dʼénergie, les décisions ne peuvent pas se prennent ainsi. Sinon, à quoi servirait le Parlement ? Le rôle des parlementaires est précisément de travailler les dossiers, de sʼinformer, dʼécouter les experts et de prendre des décisions éclairées.

Les personnes qui travaillent toute la journée et participent ensuite, le soir, à un débat public organisé par lʼadministration française ou par le président lui-même nʼont pas forcément le temps ni les connaissances nécessaires pour juger de sujets aussi complexes. Selon moi, cette convention citoyenne relevait donc dʼune forme de manipulation et constituait une mascarade démocratique.

Comment Emmanuel Macron peut-il défendre son bilan écologique alors que la Convention citoyenne pour le climat a été largement vidée de ses propositions ?

Marcel Kuntz : Cette Convention citoyenne pour le climat est vraiment une construction idéologique. Jʼappelle cela le postmodernisme. Lʼidée consiste à faire croire que lʼon crée une forme de pseudo-démocratie, alors que la vraie démocratie ce nʼest pas cela.

Dans lʼidéologie postmoderne, la démocratie représentative est mal vue. Il faut donc inventer une prétendue participation directe des citoyens. Les participants ont été tirés au sort, donc cela serait parfaitement neutre et représentatif. En réalité, ce nʼest pas vrai. Les membres de la Convention citoyenne sur le climat ont été tirés au sort au départ, mais ensuite certains ont accepté de participer et dʼautres ont refusé. Ceux qui acceptent ont souvent déjà des préconceptions sur le sujet.

Les profils les plus idéologisés sont donc favorisés dans ce type de dispositif. Le processus est également biaisé parce que les personnes chargées de former souvent ces citoyens sont elles-mêmes des idéologues. Elles présentent donc les choses sous un angle très particulier.

Finalement, cette Convention citoyenne est une manière de manipuler la démocratie plutôt que de la faire fonctionner réellement. Si lʼon veut décider, alors il faut faire voter le Parlement. Mais tous les militants écologistes savent quʼils nʼobtiendront pas gain de cause par une véritable démocratie, alors ils inventent une forme de démocratie biaisée, plus facile à contrôler et à manipuler. Et là encore, Emmanuel Macron est représentatif de cette tendance. Il a organisé plusieurs conventions citoyennes. Il y a eu celle sur le climat et celles sur la fin de vie mais aussi des grands débats pour sortir de la crise des Gilets jaunes. Cela devait être un débat, mais cʼest surtout lui qui parlait. Cela était assez révélateur.

Tout cela sʼapparente à des artifices démocratiques : soit vous avez un président qui monopolise la parole, soit, comme dans la Convention

citoyenne sur le climat, il y a un cadre entièrement orienté qui tend vers le résultat idéologique recherché.

Les ZFE, proposées initialement pour réduire la pollution urbaine, ont progressivement été perçues comme des mesures socialement injustes, touchant dʼabord les ménages modestes dépendants de leur voiture.

Comment expliquer cet échec politique, alors même que plusieurs millions de véhicules étaient potentiellement concernés par les restrictions

CritʼAir ? Emmanuel Macron nʼa-t-il pas commis une erreur politique dans la manière avec laquelle il a appliqué cette mesure ?

Samuel Furfari : Selon les données du Service des données et études statistiques, près de 20 % des voitures des métropoles de Paris et Lyon relevaient encore début 2025 des catégories CritʼAir 3 ou plus, potentiellement concerné par les restrictions les plus fortes.

Plusieurs médias ont également évoqué plusieurs millions de véhicules potentiellement touchés par les restrictions CritʼAir dans les grandes métropoles françaises, alimentant les critiques sur une mesure jugée socialement injuste.

Les ZFE sʼinscrivent dans la même logique que celle utilisée par Emmanuel Macron avec la Convention citoyenne. Les écologistes ont une hostilité profonde envers lʼautomobile, pour deux raisons principales. Dʼabord, lʼautomobile représente le succès de lʼéconomie de marché. Celle-ci a permis à chacun dʼavoir accès à une voiture. Cela constitue un progrès considérable pour les citoyens, qui peuvent ainsi se déplacer plus facilement, aller travailler sans dépendre de transports publics parfois aléatoires, notamment dans certaines zones périurbaines ou rurales. Cela constitue une amélioration importante de la qualité de vie que les décroissants (alias les écolos) insupportent.

Ensuite, les voitures fonctionnent principalement grâce au pétrole, lequel symbolise également le capitalisme et lʼéconomie de marché. Développer une industrie pétrolière nécessite des investissements colossaux et une organisation industrielle lourde. Ce nʼest pas une activité artisanale. Tout le monde ne peut pas devenir producteur de pétrole. Cette industrie représente donc, selon eux, lʼéconomie de marché quʼils abhorrent.

Sous couvert de lutte contre la pollution atmosphérique locale, certains écologistes ont ainsi cherché, selon leur propre expression, à « mater lʼautomobiliste ». Emmanuel Macron a voulu adopter cette posture écologiste sans comprendre que lʼautomobile nʼest pas un loisir destiné à des circuits comme celui des 24 Heures du Mans. La voiture est avant tout un outil indispensable à la vie quotidienne et à lʼactivité professionnelle.

Vouloir pénaliser lʼautomobile constitue donc une erreur stratégique majeure. Les citoyens ont besoin de se déplacer. Tout le monde ne vit pas dans les centres-villes où il est possible de se contenter des trottinettes électriques et des transports en commun. Ce nʼest pas la réalité du pays.

La décision récente du Conseil constitutionnel dʼannuler la modification de bon sens qui avait été votée pour ne pas imposer aveuglément ces zones est donc profondément regrettable.

Les ZFE (Zones à Faibles Émissions) ont-elles été une autre faille de la politique écologique dʼEmmanuel Macron ? Comment expliquer que cette mesure ait été assimilée à lʼécologie punitive et finisse par pénaliser surtout les classes populaires ?

Marcel Kuntz : Je pense que les dirigeants et les hauts fonctionnaires à lʼorigine de cette mesure se moquent complètement de la vie des classes populaires. Cela ne leur est même pas venu à lʼesprit que ces mesures allaient pénaliser les personnes les moins favorisées, qui nʼont pas les moyens dʼacheter une voiture électrique. Cela montre la déconnexion du chef de lʼEtat.

Lʼidée de départ pouvait sembler louable : limiter la pollution dans les villes, qui est un vrai problème. Mais réinventer une forme de péage médiéval reste assez particulier.

Il est vrai quʼil existe un problème de pollution. Mais il faut aussi tenir compte du fait que les voitures polluent aujourdʼhui moins quʼautrefois, notamment les véhicules diesel pour certains polluants. Le problème est donc progressivement en train de se résoudre grâce au progrès technique.

Mais il faut aussi voir quʼil existe une volonté dʼimposer certaines visions idéologiques. Et puis il y a également un travers très français : celui des hauts fonctionnaires à qui lʼon donne la possibilité dʼinventer des dispositifs absurdes. Ils sont satisfaits de produire ce type de mesures, car cela justifie leur fonction et leur rémunération.

Je pense que si les Français savaient ce que coûtent les hauts fonctionnaires qui rédigent des rapports inutiles et produisent sans cesse de nouvelles normes, ils seraient scandalisés. Une fortune est engloutie là-dedans. Il

faudrait vraiment quʼun jour quelquʼun mène une enquête précise sur ce que cela coûte au pays, car ces personnes sont très bien rémunérées. Sont-ils davantage payés s’ils produisent plus de rapports et de normes? En tout cas, je ne vois rarement leur utilité concrète

Soit ils sont inutiles, et dans ce cas ils ne devraient pas être payés avec lʼargent public ; soit on leur donne des missions réellement concrètes. Mais dans le domaine agricole, il y en a beaucoup dont le rôle paraît très flou.

Bientôt, il y aura bien plus de fonctionnaires au ministère de lʼAgriculture que dʼagriculteurs dans le pays. Voilà la réalité. Et je nʼexagère pas tant que cela.

Après une baisse importante liée en partie au ralentissement économique après la crise du Covid, la diminution des émissions françaises de COa nettement ralenti, alors que la France accuse déjà des retards sur plusieurs objectifs climatiques, notamment dans les transports, le logement ou la rénovation thermique. Peut-on encore parler de réussite écologique du macronisme sur la diminution des émissions françaises de CO? Et où en est la France dans ses perspectives ?

Samuel Furfari : Les émissions françaises de gaz à effet de serre ont baissé de près de 5 % en 2023 selon les données du Citepa relayées par la presse, soit la plus forte baisse observée depuis plusieurs années hors période Covid.

Toutefois, plusieurs organismes indépendants, dont le Haut Conseil pour le climat, ont averti que cette baisse restait insuffisante pour garantir le respect des objectifs climatiques de 2030.

Il est important de transcender votre question. À quoi cela sert-il de vouloir obliger les Français à faire de la rénovation de lʼhabitat avec un coût énorme et non récupérable alors que le reste de la planète, notamment lʼInde et la Chine, continue à augmenter leurs émissions de CO₂ ? Il nʼest pas raisonnable de faire croire aux gens quʼils vont sauver la planète en rénovant leur bâtiment. Il faut prendre une vue dʼensemble et non détailler les émissions de CO₂ par secteur. Il est toujours possible de trouver un secteur où les émissions de CO₂ sont plus fortes quʼailleurs ou bien où elles ne diminuent pas, et ensuite en tirer des conclusions hâtives et en faire toute une politique.

Les émissions de CO₂ dans le monde ont augmenté de 66 % depuis que les gouvernements et les instances environnementales prétendent quʼil faudrait les diminuer. Cela ne sert donc à rien dʼaller fignoler sur des chiffres. Je le répète, tout cela relève de la manipulation, parce quʼil est toujours possible

de trouver un secteur qui nʼa pas fait assez dʼefforts. Pointer du doigt ces secteurs est devenu la spécialité des écologistes, qui prétendent que chacun doit faire sa part sans se rendre compte de la futilité de certaines mesures. Cela conduit toujours à vouloir contraindre davantage les citoyens pour améliorer ce que les écologistes souhaitent. Ils militent activement pour la décroissance. Et Emmanuel Macron est tombé dans le piège dans sa politique écologique.

Peut-on parler dʼéchec écologique pour Emmanuel Macron quand la baisse des émissions de COralentit malgré les promesses répétées du gouvernement ?

Marcel Kuntz : A lʼéchelle mondiale, la France nʼémet pas des quantités considérables de gaz carbonique, notamment grâce au nucléaire. Nous ne sommes pas non plus une économie comparable à celles des États-Unis ou de la Chine. Même si lʼon imaginait que la France parvienne à ne plus produire du tout de gaz carbonique — absolument zéro — cela nʼaurait aucun impact sur le climat mondial, puisque nous représentons environ 1 % des émissions. Passer de 1 % à 0 % nʼaurait donc, selon moi, aucun effet significatif sur le climat.

Or, dans lʼidéologie dominante, on entend constamment que « la France doit sauver le climat ». Mais cela nʼa pas de sens : quoi que fasse la France, cela nʼaura quʼun impact limité sur le climat mondial.

Et là, jʼen reviens à Emmanuel Macron. Je ne peux pas croire quʼil ignore cela. Il est suffisamment intelligent pour comprendre rapidement un dossier de ce type. Mais il nʼose pas le dire parce que cela irait à lʼencontre de la doxa, de lʼidéologie dominante imposée par les écologistes : lʼidée quʼil faudrait « sauver le climat ». Or, il ne sera pas possible de sauver le climat à lʼéchelle de la France seule.

Pour réellement agir, il faudrait plutôt investir dans de nouvelles technologies : des voitures consommant moins, des centrales nucléaires, ou dʼautres solutions techniques. Mais il existe aujourdʼhui une conception très idéologique de lʼécologie, largement relayée dans les médias. Beaucoup de grands médias comme Libération ou Le Monde portent ce discours dominant, et aller à contre-courant représente un risque politique.

Emmanuel Macron doit probablement se dire quʼil nʼaurait aucun bénéfice politique à sʼopposer à cette ligne dominante, et quʼil se ferait immédiatement attaquer. Il préfère donc sʼaligner sur cette doxa et tenter dʼen tirer quelques avantages politiques. De toute façon, aujourdʼhui, il ne récupérera plus beaucoup dʼopinions favorables : politiquement, cʼest terminé pour lui.

Parmi les autres erreurs dʼEmmanuel Macron en matière environnementale, nʼy a-t-il pas lʼagriculture ? Entre les normes environnementales, la crise du pouvoir dʼachat agricole et la colère exprimée, Emmanuel Macron nʼa-t-il pas échoué à concilier transition écologique et viabilité économique du monde agricole ? Sa stratégie nʼa-t-elle pas échoué pour protéger lʼagriculture ?

Samuel Furfari : Selon les données reprises par le Haut Conseil pour le climat, lʼagriculture représente environ 20 % des émissions françaises de gaz à effet de serre. Les écologistes trouvent toujours un secteur où il faut faire plus dʼefforts. Les écologistes ont également considéré que lʼagriculture nʼen faisait pas assez. Emmanuel Macron a voulu faire plaisir aux écologistes de tous les partis pour se montrer suffisamment vert et engagé dans la transition écologique. Il a donc pénalisé lʼagriculture. Cʼest inadmissible. Que représentent les émissions agricoles dans le monde ? Elles sont absolument marginales, mais cela complique la vie des agriculteurs. Au lieu dʼaider ce secteur vital pour notre vie quotidienne, pour la qualité de vie et pour protéger les zones non urbaines, ce secteur fait face à des contraintes liées à des calculs dʼapothicaire sur les émissions de CO₂. Lʼagriculture consiste à nourrir la population et à gérer les paysages. Ce secteur est vital.

Un autre échec dʼEmmanuel Macron nʼa-t-il pas été sa politique agricole et son impossibilité dʼapporter des solutions pour les agriculteurs ?

Marcel Kuntz : Les solutions pour lʼagriculture consisteraient déjà à arrêter dʼécraser les agriculteurs sous les normes et les contraintes, à cesser les contrôles permanents par satellite pour vérifier sʼils ont bien laissé telle ou telle parcelle en jachère, etc.

Il faudrait simplement arrêter de compliquer leur quotidien. Comme le disait Pompidou lorsquʼun haut fonctionnaire venait lui proposer une nouvelle réglementation, il faut « arrêter dʼemmerder les Français ». Cette phrase devrait presque figurer sous la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » sur le fronton des mairies.

La Cour des comptes, le Haut Conseil pour le climat et plusieurs organismes indépendants ont régulièrement pointé les retards français sur la rénovation énergétique, les transports ou lʼadaptation climatique. Emmanuel Macron nʼa-t-il pas surtout privilégié des annonces et des objectifs à long terme au détriment de résultats concrets dans sa politique écologique ?

Samuel Furfari : Oui, cʼest un fait. Plusieurs rapports du Haut Conseil pour le climat et de la Cour des comptes ont souligné des retards importants dans la rénovation énergétique des logements et dans la trajectoire française de réduction des émissions. Mais il nʼy a pas que la France qui est concernée par ce phénomène. Cʼest ainsi dans tous les pays. Toutes les nations font des annonces, mais au final il ne se passe pas grand-chose, car cela coûte extrêmement cher et certaines mesures sont inutiles et risquent de mécontenter beaucoup de monde. Les résultats tardent donc à venir. La Cour des comptes européenne et la Cour des comptes allemande pointent du doigt les promesses dʼengagements et lʼabsence de résultats, tout en rappelant les milliards dépensés pour atteindre tel ou tel objectif. Tout cela relève dʼeffets dʼannonce. Lʼécologie punitive ne donne jamais de résultats. Les citoyens veulent vivre comme ils le souhaitent avec le moins de contraintes possibles, car ils ont intégré quʼil nʼy a pas de catastrophe climatique et que ce que peut faire la France ou lʼUnion européenne est dérisoire. La Cour des comptes rédige ses rapports, mais ils nʼentraînent aucune réaction.

Au regard des objectifs européens en matière environnementale, et surtout de certains chiffres, y a-t-il quelques exemples qui montrent que la France a du retard en matière de politiques environnementales ou écologiques et qui témoignent à nouveau des failles dʼEmmanuel Macron et de sa politique en la matière ?

Samuel Furfari : Nos voisins européens ne sont pas plus avantagés. Les gouvernements ont inventé des objectifs quʼils ne sont pas en mesure de tenir et respecter alors que des montants financiers gigantesques ont été dépensés pour bâtir des projets qui ont eu peu dʼimpact pour la planète et pour soutenir lʼéconomie.

Toute la politique européenne est à cette image, et ce nʼest pas simplement la France qui est dans cette situation. Emmanuel Macron est un plus grand communicant que les autres dirigeants européens.

Mais cela mʼamène à une autre réflexion. En fait, même si lʼUE sʼoccupe de changement climatique depuis les années 1990 (moi jʼen ai été un des acteurs avant a COP 1), la frénésie climatique est née avec la Commission von der Leyen. Lʼécologisme depuis une bonne vingtaine dʼannées avait pris du pouvoir. Mais Ursula von der Leyen a sublimé toute cette espérance de changer le monde avec une politique écologique extrême et punitive en adoptant notamment le Green Deal.

Emmanuel Macron a une part de responsabilité dans cette politique, car il a contribué à mettre Ursula von der Leyen en poste pour la présidence de la Commission. Il a donné le coup de pouce final pour quʼelle soit nommée.

Manfred Weber, du même parti quʼAngela Merkel et von der Leyen, qui avait mené les élections européennes en 2019 et de ce fait aurait dû être président de la Commission. Mais Emmanuel Macron ne voulait pas de ce candidat. Il a donc fait le nécessaire pour que Ursula von der Leyen soit propulsée en avant et puisse déployer sa politique du Green Deal. Emmanuel Macron a donc été lʼun des artisans du Green Deal. La France doit désormais sʼinscrire dans lʼobjectif européen de réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre de 55 % dʼici 2030 dans le cadre du paquet européen Fit for 55. Tout ce qui va mal dans lʼUE est lié au Green Deal. Emmanuel Macron porte donc une lourde responsabilité.

A la suite des erreurs que nous venons dʼévoquer, le bilan dʼEmmanuel Macron en matière de politique environnementale et écologique nʼest-il pas globalement négatif ? Ne devrait-il pas faire une forme de mea culpa concernant sa politique ?

Marcel Kuntz : En théorie, oui. Il devrait faire son mea culpa sur beaucoup dʼaspects de son quinquennat. Emmanuel Macron a tout raté en réalité. Il a perdu le contact avec le peuple français. Il a échoué à réformer lʼÉtat pour maîtriser les finances publiques. Honnêtement, jʼai du mal à trouver des réussites marquantes. Je ne dis pas cela avec plaisir. Jʼaimerais pouvoir dire quʼil a réussi certaines choses, ne serait-ce quʼà maîtriser la dépense publique afin de stopper lʼendettement. Dʼautant plus quʼil était présenté comme un surdoué de lʼéconomie. Mais même sur ce terrain-là, Emmanuel Macron et sa politique sont un échec.

François Hollande était jusque-là le plus mauvais président. Je pensais quʼil serait difficile de faire pire. Pourtant, il a été dépassé par Emmanuel Macron. Malheureusement pour la France, cela est consternant.

Lorsquʼun président jeune, dynamique et intelligent arrive à lʼElysée, la plupart des Français envisageaient quʼil puisse réussir à accomplir quelque chose. Mais en regardant lʼensemble de son action, le constat est très négatif.

Sur les questions environnementales, il est possible dʼévaluer les choses scientifiquement, de mesurer ce qui est pertinent ou non. Sur dʼautres sujets, cela est plus complexe comme sur la question de la réduction de la dette publique. Mais sur les sujets scientifiques et liés à la politique environnement, nous disposons de données objectives. Et même là, selon moi, le résultat de la politique dʼEmmanuel Macron est un fiasco complet.

Jʼaimerais pouvoir être positif au sujet de la France, mais, en lʼétat, cela est impossible au regard de la politique menée par Emmanuel Macron sur ces enjeux liés à lʼenvironnement et lʼécologie.

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