Climat : le pire n’est plus un scénario crédible

Initialement publié dans Valeurs Actuelles le 15 mai 2026

Faire la nécrologie de la plus apocalyptique des projections climatiques, propagée depuis bien longtemps, n’est pas seulement un soulagement. C’est aussi un témoignage supplémentaire du reflux massif de l’alarmisme écologiste, dont les multiples signaux ont cessé d’être faibles.

Il a porté plusieurs noms, mais c’est surtout sous celui de RCP8.5 qu’il est resté en haut de l’affiche pendant des années. Avec un sigle pareil, on sentait que c’était du sérieux. Pour que l’on comprenne tout de même de quoi il s’agissait, il avait aussi un surnom : business as usual. En clair, c’était le scénario utilisé par le GIEC pour prophétiser l’avenir de nous autres égoïstes court-termistes et pollueurs massifs si, au lieu de faire sagement pénitence, nous continuions à émettre du dioxyde de carbone, et donc à foncer dans le mur tout en mettant la tête dans le sable (bel exploit), réchauffant compulsivement notre belle planète.

Arme d’intimidation massive, RCP8.5 constituait l’anticipation la plus extrême de nos émissions futures de CO2. Par la seule force des simulations numériques il était capable de faire grimper nos thermomètres d’une demi-douzaine de degrés ou presque dans les prochaines décennies. Faut-il le dire ? C’était toujours lui dont les simulations associées avaient l’honneur des gros titres. Il a même fait l’objet d’un livre de politique-fiction (sinon de science-fiction !) écrit par Marc Tomazzi et intitulé, pour que les choses soient claires, France 2050. RCP8.5 le scénario noir du climat, publié chez Albin Michel. Même si ses hypothèses hardies l’ont toujours rendu hautement improbable, il était le point de repère des pronostics de catastrophe, un épouvantail bien plus efficace que ses frères RCP4.5 ou RCP2.6 pour inciter électeurs et contribuables à la sobriété heureuse.

Encore en 2021, Chris Field (ancien coprésident du groupe de travail du GIEC sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité) et Marcia McNutt, présidente de l’Académie américaine des Sciences, cosignaient un texte pour défendre le réalisme de ce scénario irréaliste. Cessez d’être dans le déni, vilains climato-réalistes, ou RCP8.5 viendra vous tirer par les pieds durant votre sommeil. Mais ça, c’était avant, quand le catastrophisme faisait toujours recette, quand crier au loup faisait encore peur. Depuis, les choses ont changé. Si ce n’est dans la vitrine, au moins dans l’arrière-cuisine, là où se décide la tambouille climatique. Le scénario du pire vient donc d’être mis au rebut sans ménagement par le comité en charge de la définition des scénarios d’émissions. Dans la dernière publication en anglais de ce comité, en avril, RCP8.5 est soudain devenu implausible. On traduira diplomatiquement le terme par « peu probable », même si « invraisemblable » a toujours été plus près de la vérité.

Le pire, en tout cas ce pire-là, ne se produira pas. D’un trait de plume, le scénario emblématique est devenu persona non grata. Il ne sera plus utilisé. CMIP7 High, le nouveau scénario extrême dont les carbophobes devront désormais se contenter, est nettement moins fringant. Avec ses 71 gigatonnes d’émissions annuelles en 2100 (contre environ 40 aujourd’hui), il fait pâle figure devant les 128 qu’affichait fièrement son glorieux devancier. Naturellement les apparences sont sauves : ce n’est pas la projection catastrophiste en elle-même qui a été congédiée, pour défaut de scientificité ; c’est l’évaluation de nos émissions futures. Grâce à nos efforts de contrition – ne demandez pas lesquels, car le monde n’a jamais émis autant de gaz à effet de serre – nous avons ramené à la baisse la projection la plus alarmiste. Bravo à tous les camarades, et honneur à nos dirigeants dévoués.

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11 réflexions au sujet de « Climat : le pire n’est plus un scénario crédible »

  1. Je voudrais mettre le texte originel du GIEC sous le nez de mes copains/copines climato-alarmés, mais aussi de réalistes confirmés ou en herbe; mais je ne l’ai pas trouvé.
    quelqu’un peut-t-il me donner ce lien?

  2. J’ai demandé à l’Intelligence Artificielle Gémini de me sortir une fable de cet article dans le style Jean de La Fontaine…Voici ce que cela donne
    . Le Spectre du Huit Point Cinq
    Un monstre de papier, nommé Huit Point Cinq,
    Servait de grand fétiche à la gent alarmée.
    Depuis de longues ans, ce spectre redoutable,
    Sous un nom de jargon, se voulait implacable.
    « Regardez, disait-on, ce sombre entassement !
    Si l’Homme ne fait point un prompt amendement,
    La Terre brûlera sous six degrés de flammes ! »
    De ce Huit Point Cinq on terrifiait les âmes.
    Le bon peuple, tremblant pour ses vieux horizons,
    S’en allait de ce pas confesser ses péchés ;
    Les grands de ce climat, d’un air fort empressé,
    Gardaient le monstre en cage pour faire la leçon.
    Mais le temps, qui de tout est le juste arbitre,
    Vint un jour dissiper les brumes du chapitre.
    Les savants en conclave, changeant de partitions,
    Ont jugé le géant hors de proportion.
    Le voilà mis au rebut, déclaré invraisemblable !
    Un cadet moins féroce succède à sa table.
    On vante nos efforts, bien que l’on brûle encor ;
    Il faut sauver la face et clore le décor.

    Moralité
    Chassez le Huit Point Cinq dont on vous menace :
    Tout l’art des prophètes est de changer d’audace.
    À force de crier au loup et au trépas,
    La peur s’évanouit quand le pire n’est pas.

  3. L’article scientifique : https://gmd.copernicus.org/articles/19/2627/2026/gmd-19-2627-2026.pdf
    Le communiqué du CMIP: https://wcrp-cmip.org/explainer-scenarios-for-cmip7/
    Et le communiqué du GIEC : https://www.ipcc.ch/2026/05/20/ipcc-news-comment-scenarios/

    Dans le dernier lien, le GIEC n’annonce pas le retrait du scénario extrême SSP5-8.5 de AR6 du futur AR7. Il dit que AR7 statuera au vu de la littérature scientifique ci-dessus et d’autres.

    Mais bon, je crois que la messe est dite… c’est un premier pas vers la raison, pas le dernier.

    • Merci Pascal
      Bon, évidemment le GIEC n’allait pas se limiter à une phrase disant qu’ils se sont trompés ou nous ont trompés
      Je prendrai mon temps pour lire, car il y a du volume.

    • Salut l’ami Géd
      Permets moi d’être perplexe et d’apporter moi aussi mon obole avec Gémini (intelligence artificielle) à qui j’ai posé la question suivante: « l’abandon du RCP 8,5 est-il une mauvaise nouvelles pour les écologistes? »
      Voici SA réponse

      Politiquement et psychologiquement, OUI, on peut dire que c’est une mauvaise nouvelle pour l’écologie politique, même si cela peut paraître totalement paradoxal.
      En fait, la mort du RCP8.5 crée un vrai dilemme pour le discours écologiste, et ce pour trois raisons principales :
      1. La perte de « l’arme d’intimidation massive »
      Comme le souligne le texte de Benoît Rittaud avec ironie, le RCP8.5 servait d’épouvantail. En communication publique, il est beaucoup plus facile de mobiliser les foules, de lever des taxes ou d’imposer des réglementations strictes en agitant le spectre d’une apocalypse à +5°C ou +6°C (le scénario « Mad Max »).
      Quand la science officielle dit : « Ce scénario n’est plus crédible », les écologistes perdent leur argument le plus percutant. Ils doivent désormais convaincre de l’urgence avec un scénario entre +2,5°C et +3°C. C’est certes une perspective très sombre, mais elle frappe moins les esprits que la fin du monde en direct.
      2. Une crise de crédibilité face aux « climato-réalistes »
      C’est le point qui agace le plus le camp écologiste. Pendant des années, les climato-réalistes ont hurlé dans le désert que le RCP8.5 était absurde parce qu’il prévoyait une consommation de charbon irréaliste. On leur répondait qu’ils étaient « dans le déni ».
      Aujourd’hui, le fait que les comités scientifiques officiels donnent raison (techniquement) aux sceptiques sur ce point précis est un coup dur. Cela permet à des figures comme Benoît Rittaud de dire : « Vous voyez, nous avions raison d’analyser les chiffres plutôt que de céder à la panique, et les écologistes vous ont exagéré le danger. » Pour les écologistes, voir leurs opposants marquer un point idéologique est une très mauvaise nouvelle.
      3. Le piège du « Tout ça pour ça ? »
      Le grand danger pour le discours écologiste est le relâchement de l’opinion publique. Si le grand public retient le message : « Le scénario du pire s’éloigne grâce au boom du solaire et de l’électrique », la réaction naturelle risque d’être : « Parfait, la technologie et le marché s’en occupent, on peut arrêter de nous parler de sobriété obligatoire, de taxes carbone et de décroissance. »
      Or, pour les mouvements écologistes profonds, la transition technologique actuelle ne suffit pas ; ils prônent un changement radical de modèle de société. La fin du RCP8.5 désarme l’argument selon lequel « le système actuel mène à l’effondrement immédiat ».

      Le paradoxe en une phrase :
      C’est une excellente nouvelle pour la planète (l’humanité va souffrir moins que prévu), mais c’est une mauvaise nouvelle pour le marketing de l’urgence écologique, car il devient plus difficile de justifier des mesures radicales quand le spectre de l’apocalypse s’estompe.

      Voilà, l’ami
      Il est inutile de dire que je suis entièrement d’accord avec monsieur (ou madame ?) Gémini, étant donné qu’ayant un peu travaillé le sujet et m’étant documenté à des sources dignes de confiance (ce qui exclut automatiquement, entre autres, Le Monde, Médiapart ou les sites loufoques de la Secte ecolocollapso, cela va de soi) il ne m’apprend rien que je ne connaisse déjà. Et quand une IA que vous interrogez confirme non seulement ce que la communauté des scientifiques pense et écrit mais aussi ce que vous en avez retenu, c’est quand même un bon signe que vous ne délirez pas et que vous êtes sur le bon chemin

    • @Géd

      Ah ah ah !

      Dès la 3ème ligne la qualification « estremdroite », comprenez fasciste, apparaît… Si prévisible de la part d’un cerveau socialo-communiste thuriféraire des climato-alarmistes.

      Quant à l’analyse par « IA », on se marre. Toutes les IA sont gavées de données « autorisées », dit autrement elles ne peuvent que recracher les thèses alarmistes… – pour le moment –

      Ce qui est rassurant, c’est que quand les alarmistes en sont rendus à appeler l’IA à l’aide, c’est que leur réflexion se mange la réalité en pleine face :o)

      === rigolons 2 mn avec l’IA, ici le célèbre C_GPT ===

      Question : quelle est en valeur absolue la température moyenne de la Terre en 2024 ?

      Réponse : Selon l’Organisation météorologique mondiale, l’année 2024 a été la plus chaude jamais mesurée depuis le début des relevés instrumentaux modernes. L’OMM indique que la température moyenne mondiale de 2024 était d’environ +1.55∘C au-dessus de la moyenne préindustrielle 1850–1900.

      Ben, ce n’est pas ce que je demande… Mais le discours imposé est passé…

      Sinon, la température moyenne (donnée foireuse mais bon) en 2024 est d’environ 15,1°C (https://www.sorbonne-universite.fr/actualites/pourquoi-le-record-de-temperatures-en-2024-est-une-surprise-pour-les-scientifiques?utm_source=chatgpt.com)

      Or, pour mémoire, la température radiative sans effet de serre serait de -18°C, et la température standard de la terre est de 15°C (toute notre histoire varie autour de cette moyenne) -chiffre CNRS-

      Ajoutons que nous sortons du PAG de 1850, où la température moyenne est estimée entre 13 et 14°C, donc oui nous revenons tranquillement au standard et allons probablement le dépasser pour vivre, peut être, espérons le, comme nos ancêtres, un optimum.

      Pour terminer, ce qui est amusant, c’est que contredire l’IA avec cette logique factuelle la met en PLS :o)

      Bonne journée sous le soleil,

    • Je me permets une réaction, non pour défendre le ton de Benoît Rittaud, qui relève clairement de la tribune politique, et c’est son droit, mais pour rappeler, Géd, que le fond du sujet ne peut pas être évacué par des attaques personnelles.

      Il me semble que deux choses doivent être distinguées.

      Premièrement, l’article ScenarioMIP-CMIP7 acte bien une révision importante : le scénario très haut de type RCP8.5/SSP5-8.5 est désormais considéré comme implausible dans le nouveau cadre de scénarios. On peut discuter la formulation de Benoît Rittaud, mais on ne peut pas faire comme si le sujet n’existait pas. Il y a bien une correction méthodologique sur la plausibilité des scénarios extrêmes.

      Deuxièmement, cela ne signifie pas que “la science du climat s’effondre” ni que le GIEC aurait simplement “tout faux”. Le GIEC ne produit pas lui-même ces scénarios : il évalue la littérature disponible.

      La vraie question, à mon sens, est ailleurs : RCP8.5 a-t-il été trop souvent utilisé dans l’espace public comme scénario de référence, voire comme futur probable, alors qu’il s’agissait d’une borne extrême ? La réponse me semble oui. Et sur ce point, la critique mérite d’être entendue, même lorsqu’elle vient d’un blog politiquement marqué.

      Plus largement, il faut distinguer quatre niveaux : la physique du climat, les reconstructions de température, les scénarios socio-économiques d’émissions, et enfin leur usage politique ou médiatique. Les confondre conduit à de mauvais débats. Une tribune militante peut extrapoler ; une réponse scientifique devrait, elle, clarifier.

      Il me paraît également dangereux de réduire toute discussion sur la variabilité naturelle à du climato-scepticisme. Les séries instrumentales globales restent courtes à l’échelle climatique, leur couverture devient nettement plus robuste surtout à partir du milieu du XXe siècle (ie. courverture complète de notre planète ~1960), et des composantes naturelles multi-décennales peuvent exister. Cela ne nie pas le réchauffement récent (~1980), mais cela invite à davantage de prudence dans la décomposition entre tendance forcée, variabilité naturelle et scénarios futurs.

      Benoît Rittaud force politiquement le trait ; ses contradicteurs, dont vous faites manifestement partie, ont raison de rappeler qu’un scénario n’est pas une prévision. Mais vous auriez tort de nier qu’une correction réelle vient d’avoir lieu sur RCP8.5/SSP5-8.5 et sur l’usage des scénarios extrêmes. Le débat climatique gagnerait à moins d’invectives et à plus de distinctions entre hypothèses, probabilités, modèles et usages politiques.

      J’ajouterais un dernier point, plus général. L’usage de l’IA dans votre réponse me paraît problématique. Non parce qu’il serait illégitime de s’aider d’un outil d’IA pour organiser ses idées, nous le faisons tous de plus en plus, mais parce qu’une IA ne remplace ni la lecture des articles, ni l’examen critique, ni la responsabilité intellectuelle de celui qui argumente.

      Dire en substance : « j’ai demandé à Perplexity de démonter ce texte, et comme sa réponse confirme ce que je pensais, c’est que je suis sur le bon chemin » n’est pas un argument scientifique. C’est une forme moderne d’argument d’autorité, mais avec une autorité qui n’en est pas une. Une IA peut aider à repérer des distinctions utiles; elle ne tranche pas un débat.

      Votre réponse aurait été plus convaincante si vous aviez lu directement l’article ScenarioMIP-CMIP7, cité précisément ce qu’il dit sur SSP5-8.5/RCP8.5, puis expliqué ce qui relève d’une correction méthodologique, d’une extrapolation politique ou d’un usage médiatique abusif. C’est cela qui aurait fait avancer le débat, beaucoup plus qu’une réfutation déléguée à Perplexity.

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