Les climatistes indifférents aux réalités géopolitiques et aux souffrances humaines 

Par Robert Girouard

Alors que la guerre fait rage au Moyen-Orient et en Ukraine, que les missiles et les drones font de nouvelles victimes chaque jour et que l’ordre mondial est menacé avec toutes les conséquences que cela suppose en termes de misère humaine, une étrange persistance hante les salons feutrés de certains coins reculés de l’Occident, bien au chaud et à l’abri de la tourmente. Une partie de nos élites, obnubilée par la quête de la carboneutralité, semble en effet incapable de détourner le regard de ses tableurs Excel pour contempler le drame humain qui se déroule sous ses yeux.

Dans un article intitulé « Quand la guerre fait grimper les GES » paru récemment dans La Presse Plus, le journaliste Éric-Pierre Champagne pose la question qui obséderait les climatistes : « Les conflits armés comme ceux en Iran, en Ukraine ou à Gaza font grimper les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais cette pollution est-elle significative ou marginale ? Bref, la guerre nuit-elle à nos efforts pour atteindre la carboneutralité ? » Dans son savant exposé où moult experts sont consultés, pas un seul mot sur les coûts économiques et humains engendrés par ces conflits ; seule la comptabilité carbone a de l’importance.

Il y a quelque chose de profondément déroutant, sinon de moralement suspect, à voir des experts s’interroger sur l’« empreinte carbone » d’une invasion ou d’un bombardement. Cette attitude révèle une dérive de la raison sans précédent : l’élévation d’un indicateur technique — la molécule de CO2 — au rang de divinité absolue, devant laquelle toute autre réalité, même la plus atroce, doit s’incliner.

La morale exige une hiérarchie des urgences. Or, l’idéologie de la carboneutralité opère une mise à plat de toutes les valeurs. Comment en sommes-nous arrivés à ce stade d’anesthésie émotionnelle où la survie d’une nation ou l’agonie d’une population civile est passée au filtre d’une comptabilité de gaz à effet de serre ? Prioriser la « neutralité carbone » alors que le monde bascule dans la brutalité géopolitique n’est pas de la prévoyance ; c’est une forme de narcissisme totalement déconnecté des réalités géopolitiques et des souffrances humaines. C’est l’obstination de celui qui, voyant sa maison brûler et sa famille piégée, s’inquiéterait de savoir si les pompiers utilisent un camion électrique.

La guerre devrait être un cri d’alarme. Elle devrait nous rappeler que la chaleur, l’électricité et la capacité de se défendre ne sont pas des options négociables au nom de la vertu climatique, mais les fondements mêmes de la civilisation. Même l’Allemagne, championne de la transition énergétique, ne s’est pas gênée de rouvrir ses mines de charbon pour ne pas geler en hiver, ayant soudainement redécouvert, dans la douleur, la hiérarchie des besoins de Maslow.

Ceux qui continuent de placer la décarbonation au-dessus de la sécurité élémentaire et de la dignité humaine font preuve d’une absence de moralité qui se cache derrière le paravent de la « science ». En refusant de voir que la paix et la liberté sont les prérequis de toute politique environnementale, ils condamnent les sociétés à l’impuissance.

La quête insensée de la carboneutralité à tout prix, déconnectée des besoins du vrai monde, est devenue une dérive idéologique qui nous aveugle. Il est temps de dénoncer cette indécence. Une tonne de carbone évitée ne vaudra jamais une vie sauvée. Un monde libéré des énergies fossiles mais asservi ou détruit par la violence n’est pas un progrès ; c’est un cimetière écologique. La véritable raison consiste à admettre qu’il existe des réalités plus grandes, plus urgentes et plus sacrées que le thermostat de la planète. La guerre nous force à regarder l’horreur en face. Ayons au moins la décence de ne pas lui demander son bilan carbone.

Partager

2 réflexions au sujet de « Les climatistes indifférents aux réalités géopolitiques et aux souffrances humaines  »

  1. Très bel article empreint d’un humanisme devenu si rare.
    Les chroniqueurs de plateaux TV flanqués de leurs généraux d’opérette commentent des images de destruction de bâtiments civils en estimant la capacité de la bombe sans jamais faire preuve de la moindre empathie pour les innocents qui ont perdu la vie. C’est la même chose pour les « décarbonistes » lobotomisés qui n’ont comme seul crédo que la réduction du Co2 anthropique.

  2. ils veulent même battre la Russie avec des chars électriques, le problème, comment ils vont les recharger sur le champ de bataille ?

Répondre à Massinissa Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

captcha