Canicule en France : les dômes de chaleur sont-ils vraiment nouveaux ?

La canicule qui touche la France rappelle une réalité souvent oubliée : de très fortes chaleurs ont déjà frappé l’Europe dans le passé. Ce qui change aujourd’hui, c’est moins l’existence du phénomène que son intensité dans un climat plus chaud.

Des canicules bien avant le réchauffement moderne

Les « dômes de chaleur » désignent des situations de hautes pressions durables, qui bloquent l’atmosphère et piègent l’air chaud. Ces configurations ne sont pas nouvelles. Des travaux d’histoire du climat, notamment ceux d’Emmanuel Le Roy Ladurie, ont documenté de grandes chaleurs en France entre le XVe et le XVIIIe siècle, à partir des dates de vendanges, des chroniques, des récoltes ou de la mortalité (1).

Le CO₂ n’était pas alors le marqueur principal

Ces grandes canicules anciennes se sont produites dans un climat où les concentrations de CO₂ étaient bien plus faibles qu’aujourd’hui. Elles s’expliquaient d’abord par la variabilité naturelle du climat : anticyclones persistants, sécheresses prolongées, sols surchauffés, flux de sud, absence de pluie. Autrement dit, un épisode de chaleur extrême peut exister sans que le CO₂ soit le facteur déclencheur principal.

1540, 1718-1719 : des précédents marquants

L’année 1540 reste l’un des grands cas historiques européens : les travaux de Wetter et Pfister décrivent une chaleur et une sécheresse exceptionnelles, possiblement supérieures à 2003 en Suisse et en Europe centrale (2). Emmanuel Le Roy Ladurie a aussi mis en avant les étés très chauds de 1718-1719, associés à une forte surmortalité, dans un contexte sanitaire et hydrique très différent du nôtre (3).

Ce qui change aujourd’hui

La nouveauté n’est donc pas le blocage anticyclonique lui-même. Ce qui change, c’est le « socle thermique » sur lequel il se produit. Dans une atmosphère plus chaude, à situation météo comparable, les maximales montent plus haut, les nuits baissent moins et les records deviennent plus faciles à atteindre (4).

Une lecture climato-réaliste

Il serait donc excessif de dire que les dômes de chaleur sont une invention récente. Mais il serait tout aussi réducteur d’ignorer le rôle du réchauffement actuel. Les canicules du passé montrent la puissance de la variabilité naturelle ; celles d’aujourd’hui montrent comment cette variabilité peut être amplifiée par un climat de fond plus chaud.

Un enjeu concret pour la France

L’épisode actuel s’inscrit dans cette double lecture : une configuration météo connue, mais des températures, une durée et des nuits chaudes qui changent l’échelle du risque. Le phénomène est ancien ; son intensité actuelle devient plus problématique.


Notes et références
(1) Emmanuel Le Roy Ladurie, Canicule, fraîcheurs, vendanges — France, XVe-XIXe siècles, Comptes Rendus Biologies, 2005 : https://comptes-rendus.academie-sciences.fr/biologies/item/10.1016/j.crvi.2005.01.010.pdf
(2) Oliver Wetter et Christian Pfister, Why summer 1540 was likely warmer than 2003, Climate of the Past, 2013 : https://cp.copernicus.org/articles/9/41/2013/
(3) Emmanuel Le Roy Ladurie et Daniel Rousseau, Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, La Météorologie, 2009 : https://lameteorologie.fr/admin/api/public/api/meteo/website/downloadArticlePDF/meteo_2009_64_43/false
(4) GIEC, AR6, chapitre 11 : hausse observée des extrêmes chauds et des vagues de chaleur sur la plupart des terres émergées : https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/chapter/chapter-11/

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6 réflexions au sujet de « Canicule en France : les dômes de chaleur sont-ils vraiment nouveaux ? »

  1. Dingue. Je crois que c’est la première fois que je lis sur ce site un texte qui ne soit pas complètement faux de A à Z.

    J’ai cependant peu d’espoir que vous continuerez sur cette voie, après ce petit premier pas timide.

  2. Pour les médias français relayés par des experts de plateaux, il n’y a qu’un seul et unique responsable : le CO2 anthropique! Étrange tout de même pour un pays dont l’énergie est l’une des plus décarbonées au monde et où l’on observe récemment une baisse significative du CO2 !

    • Non. On observe une baisse des émissions en France. Les émissions globales commencent à se stabiliser, mais elles augmentent toujours.

      Et la concentration augmente encore. Et elle est plus ou moins la même partout – le CO2 est bien mélangé dans l’atmosphère, vu « la durée de vie » du CO2 (*). Donc ce n’est pas parce que les émissions en France diminuent qu’on devrait voir un ralentissement du réchauffement particulier en France et pas ailleurs.

      C’est un peu comme la baignoire. Les émissions, c’est le robinet. La concentration, c’est le niveau dans la baignoire. Tant que le robinet est ouvert, le niveau dans la baignoire augmente. Bon, évidemment la comparaison n’est pas parfaite, j’en conviens. Mais au niveau des climato-réalistes, ça le fait.

      * (Et oui, je sais qu’une molécule individuelle reste environ 5 ans dans l’atmosphère…)

  3. Que le réchauffement soit anthropique ou pas, les effets sont effrayant en France : c’est en effet le pays d’Europe de l’ouest le plus touché par les vagues de chaleur avec sont emplacement géographique. On voit récemment que les épicentres de la chaleur sont très souvent en France. Actuellement on est a environ 1,4 degrés au dessus de la moyenne depuis le XIX eme siècle, et c’est déjà la deuxième vague de chaleur de l’année et on bat des records ! Avant les années 2000 les canicules étaient d’environ 1 fois tout les 10 ans, et depuis les années 2020 c’est plusieurs fois dans l’année et des températures remarquables. Jusqu’où cela va aller ? tout cela ne présage rien de bon, j’aimerais bien savoir ce que les membres de l’association des climato-réalistes ayant certain recul scientifique peuvent m’éclairer ? Doit on s’attendre a un climat aride en France dans 3-4 ans ? La France va t’elle devenir invivable ? Est ce seulement un « mauvais passage » et ça redescends dans les années a venir ? L’agriculture sera t’elle encore possible demain ? Si vous pouvez me renseigner j’en serais infiniment reconnaissant
    Merci

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