Canicules : ce que l’on sait… et surtout ce que l’on ignore encore

Gilles GRANEREAU (*)

(*) Gilles Granereau, spécialiste des questions environnementales et climatiques est ancien chef de projet environnement-tourisme à l’ONF (Office national des forêts), ancien météorologue. Il est l’auteur du livre : L’Affaire Climatique (autoédition) .


Depuis plusieurs semaines, impossible d’y échapper : journaux, radios et chaînes d’information ont fait des épisodes caniculaires de juin et du début juillet 2026 leur sujet favori. Les températures exceptionnellement élevées enregistrées en France ont naturellement suscité de nombreuses interrogations et, très souvent, une même explication est avancée : le « dérèglement climatique ».

Le terme est désormais entré dans le langage courant. Pourtant, derrière cette expression se cache une réalité infiniment plus complexe que ne le laissent parfois entendre les débats médiatiques et politiques. Avant d’attribuer un phénomène météorologique à une cause unique, il est toujours prudent de se poser une question simple : savons-nous réellement pourquoi cette canicule s’est produite ?

Car il existe une différence essentielle entre décrire un phénomène et en expliquer les causes. La première démarche relève de l’observation ; la seconde exige une compréhension approfondie des mécanismes en jeu. En science, ces deux étapes ne coïncident pas toujours. Les chercheurs en savent quelque chose : la nature a cette fâcheuse habitude de ne pas toujours répondre aux questions dans l’ordre où nous les posons.

La France a-t-elle déjà connu de telles chaleurs ?

Contrairement à une idée parfois répandue, les canicules ne sont pas une invention du XXIᵉ siècle. L’histoire climatique de notre pays est jalonnée d’épisodes de chaleur remarquables, parfois accompagnés de sécheresses catastrophiques.

Les remarquables travaux d’Emmanuel Le Roy Ladurie, dans son Histoire du climat depuis l’an Mil, rappellent combien le climat européen a toujours présenté une forte variabilité. Les chroniques anciennes évoquent des vendanges exceptionnellement précoces, des récoltes brûlées par la sécheresse ou, à l’inverse, des hivers si rigoureux que certains grands fleuves étaient pris par les glaces.

Le climat n’a jamais été un long fleuve tranquille ; il ressemble davantage à un organisme vivant, parfois calme, parfois exubérant, rarement monotone.

Pour autant, reconnaître cette variabilité naturelle ne revient absolument pas à nier le réchauffement observé depuis la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Les séries de mesures disponibles montrent une élévation progressive des températures à l’échelle mondiale. Ces deux constats ne sont nullement contradictoires : un climat qui se réchauffe conserve toute sa capacité à produire des situations météorologiques très contrastées.

En réalité, c’est précisément cette coexistence entre une tendance de fond et une variabilité naturelle qui rend l’étude du climat si passionnante… et parfois si déroutante.

Un regard vers le passé

L’histoire récente fournit plusieurs exemples instructifs.

Entre 1937 et 1949, le Sud-Ouest de la France connut plusieurs épisodes de sécheresse particulièrement sévères. Les incendies de forêt qui en résultèrent atteignirent une ampleur rarement égalée depuis.

Pourtant, cette même période fut également marquée par des vagues de froid parfois spectaculaires. Ainsi, le 1ᵉʳ mai 1945 — quelques jours seulement avant l’Armistice — des chutes de neige furent observées à Mont-de-Marsan.

De quoi rappeler avec une pointe d’ironie que l’atmosphère n’avait manifestement pas consulté le calendrier !

Ces contrastes illustrent parfaitement une réalité souvent oubliée : la météorologie affectionne les extrêmes. Elle n’a jamais signé de contrat lui imposant d’être raisonnable.

Que penser des températures moyennes ?

La notion de température moyenne mérite également quelques explications.

En thermodynamique, la température est une grandeur dite intensive. Sa moyenne ne possède donc pas toujours la signification intuitive que l’on lui prête. Cette question fait d’ailleurs l’objet de discussions méthodologiques bien connues des climatologues.

Cela ne signifie pas que les températures moyennes soient inutiles. Elles constituent au contraire des indicateurs précieux lorsqu’elles sont interprétées avec les précautions nécessaires. Elles permettent de mettre en évidence des tendances générales, mais elles ne résument pas à elles seules toute la complexité du système climatique.

Autrement dit, une moyenne est un excellent résumé… à condition de ne pas la prendre pour le roman entier !

Les îlots de chaleur urbains

Une autre question revient régulièrement dans les discussions scientifiques : celle des îlots de chaleur urbains (ICU).

Les grandes agglomérations emmagasinent davantage d’énergie solaire que les espaces ruraux. Béton, asphalte, bâtiments et faible végétation favorisent une accumulation de chaleur qui peut conduire à des températures localement supérieures de plusieurs degrés.

Or, un certain nombre de stations météorologiques sont implantées dans des environnements urbanisés ou à proximité de ceux-ci. Depuis plusieurs décennies, les réseaux météorologiques s’efforcent de prendre en compte cet effet afin de garantir la meilleure homogénéité possible des séries de mesures. L’ampleur exacte de cette influence continue néanmoins d’être étudiée.

Là encore, la prudence reste la meilleure alliée du scientifique : lorsqu’une question fait encore l’objet de recherches, reconnaître ce que l’on ignore n’est pas un aveu de faiblesse, mais une preuve d’honnêteté intellectuelle.

C’est précisément cette distinction entre ce que nous savons avec certitude et ce que nous cherchons encore à comprendre qui constitue le cœur de la démarche scientifique.

Quand l’atmosphère décide de faire du surplace

Après ce détour par l’histoire du climat, revenons à la France de l’été 2026. Une question s’impose naturellement : pourquoi cette canicule s’est-elle installée aussi durablement ?

La réponse tient essentiellement à la circulation de l’atmosphère. Les températures exceptionnelles ne sont pas apparues spontanément ; elles résultent d’une configuration météorologique bien connue des prévisionnistes : le blocage anticyclonique.

Rassurez-vous, derrière cette expression un peu solennelle ne se cache aucune sorcellerie atmosphérique. Il s’agit simplement d’une situation où un vaste anticyclone décide… de ne plus bouger.

Un anticyclone qui prend ses quartiers d’été

En règle générale, sous nos latitudes, les perturbations atlantiques défilent d’ouest en est. Elles apportent leur lot de nuages, de pluie, parfois un peu trop au goût des vacanciers, mais elles ont aussi une vertu souvent oubliée : elles brassent l’atmosphère et limitent les excès de température.

Lorsqu’un puissant anticyclone s’installe durablement sur l’Europe occidentale, cette mécanique bien huilée se dérègle. Les dépressions sont contraintes de contourner cette véritable forteresse atmosphérique, parfois en passant très au nord de l’Europe, parfois en plongeant vers la Méditerranée.

La France se retrouve alors sous un vaste « couvercle » de hautes pressions.

Le Soleil continue de chauffer le sol jour après jour, les nuits deviennent de moins en moins efficaces pour évacuer la chaleur accumulée, et les températures grimpent progressivement.

Autrement dit, l’anticyclone semble avoir trouvé l’endroit agréable. Comme certains vacanciers particulièrement satisfaits de leur location estivale, il repousse chaque matin la date de son départ.

C’est précisément ce que résume la figure 1.

À cette situation s’ajoute souvent un flux de sud ou de sud-ouest qui transporte des masses d’air déjà très chaudes en provenance de la péninsule Ibérique ou de l’Afrique du Nord. L’association de ces deux phénomènes constitue une combinaison particulièrement efficace… du moins si l’on apprécie les thermomètres ambitieux.

L’adiabatisme : un mot impressionnant pour une idée toute simple

À ce stade apparaît un terme qui pourrait décourager les plus courageux : l’adiabatisme.

Je vois déjà certains lecteurs jeter un regard discret vers la cafetière. Qu’ils se rassurent : le phénomène est beaucoup plus simple que son nom.

Imaginons une masse d’air qui s’élève dans l’atmosphère. Au fur et à mesure qu’elle monte, la pression diminue. L’air se dilate et, ce faisant, sa température baisse. À l’inverse, lorsqu’une masse d’air redescend, la pression augmente, l’air est comprimé et il se réchauffe. Ce mécanisme ne nécessite aucune source supplémentaire de chaleur. C’est uniquement la compression qui provoque cette élévation de température.

Nous avons tous observé ce phénomène sans forcément nous en rendre compte. Après avoir regonflé un pneu de bicyclette ou un ballon avec une pompe manuelle, avez-vous déjà touché le cylindre métallique ? Il est souvent devenu tiède, voire franchement chaud. Ce n’est pas parce que la pompe travaille beaucoup ; c’est simplement la physique qui fait consciencieusement son métier.

L’atmosphère obéit exactement aux mêmes lois.

Sous un anticyclone, l’air descend lentement sur plusieurs kilomètres, ce que l’on nomme subsidence. Durant cette descente, il se comprime progressivement et se réchauffe (1°C par 100 mètres, soit 10 ° C par kilomètre). Ce réchauffement contribue à assécher l’air, à dissiper les nuages et à renforcer encore l’ensoleillement.

Le système s’entretient ainsi lui-même : davantage de Soleil réchauffe davantage le sol, qui réchauffe davantage les basses couches de l’atmosphère. Les météorologues parlent alors d’une rétroaction positive, non parce qu’elle serait bénéfique, mais parce qu’elle amplifie le phénomène initial.

Une mécanique remarquablement efficace

Lorsque l’on réunit ces différents ingrédients — blocage anticyclonique, apport d’air chaud méridional, compression adiabatique et fort ensoleillement — il devient beaucoup plus facile de comprendre comment une canicule peut s’installer. Finalement, la recette est presque décevante de simplicité.

Il ne manque qu’un seul ingrédient : le mouvement. Or c’est précisément lui qui fait défaut. L’atmosphère semble figée. Les cartes météorologiques évoluent à peine d’un jour à l’autre, comme si quelqu’un avait appuyé sur le bouton « pause ».

Naturellement, l’atmosphère ne connaît ni télécommande ni bouton d’arrêt. Mais l’image traduit assez bien ce que ressentent les prévisionnistes lorsqu’ils observent, jour après jour, une situation quasiment immobile.

Nous savons donc expliquer avec une assez grande précision comment une canicule se développe.

La question la plus passionnante reste pourtant entière. Pourquoi ces situations de blocage apparaissent-elles ?

C’est ici que les certitudes s’estompent progressivement et que commence l’un des domaines les plus actifs de la recherche climatique contemporaine.

Le grand puzzle climatique

Nous savons désormais comment une canicule peut se mettre en place. Le blocage anticyclonique, l’arrivée d’air chaud venu du sud, le réchauffement lié à la compression de l’air et l’ensoleillement quasi permanent constituent une mécanique parfaitement identifiée.

Mais une question demeure : pourquoi cette mécanique s’est-elle mise en route précisément en juin 2026 ? C’est ici qu’apparaît toute la différence entre la météorologie et la climatologie.

Le météorologue explique pourquoi il fait chaud aujourd’hui.

Le climatologue cherche à comprendre pourquoi certaines situations météorologiques semblent varier au cours des décennies.

Les deux disciplines parlent de la même atmosphère, mais elles ne travaillent pas à la même échelle de temps.

Le « pourquoi » reste largement ouvert

Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous savons souvent beaucoup mieux expliquer le fonctionnement d’un phénomène que son déclenchement. Prenons un exemple.

Nous savons parfaitement pourquoi une voiture avance lorsque son moteur fonctionne. En revanche, expliquer pourquoi un embouteillage apparaît à un endroit précis, à un instant donné, est une tout autre affaire : des dizaines de facteurs interviennent simultanément.

L’atmosphère fonctionne un peu de la même manière. Les lois de la physique sont bien connues ; en revanche, leurs interactions produisent parfois des configurations extrêmement complexes. Le système climatique ressemble davantage à un gigantesque orchestre qu’à un mécanisme d’horlogerie. Chaque instrument joue sa partition, mais personne ne dirige l’ensemble avec une baguette magique.

Les grands chefs d’orchestre du climat

Parmi les phénomènes susceptibles d’influencer la circulation atmosphérique figurent plusieurs oscillations naturelles bien connues des climatologues.

L’oscillation nord-atlantique (NAO), par exemple, modifie la trajectoire habituelle des perturbations sur l’Atlantique Nord.

La circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC) joue un rôle majeur dans les échanges de chaleur entre les basses et les hautes latitudes.

À l’échelle du Pacifique, les épisodes El Niño et La Niña redistribuent eux aussi d’immenses quantités d’énergie et influencent, parfois plusieurs mois durant, la circulation atmosphérique mondiale.

À ces phénomènes s’ajoutent les interactions entre les océans, les continents, la banquise, la vapeur d’eau, les aérosols, le rayonnement solaire et bien d’autres paramètres encore.

Autrement dit, dans le temps, le climat n’est pas une équation à une inconnue ; de même, au quotidien, la météorologie n’est pas moins complexe. C’est plutôt un immense système où plusieurs centaines de variables dialoguent en permanence… sans toujours nous prévenir de leurs intentions.

Où se situe le rôle du CO₂ ?

La concentration atmosphérique en dioxyde de carbone augmente de manière régulière depuis de nombreuses décennies. Il convient de rappeler que le principal gaz à effet de serre de l’atmosphère terrestre est la vapeur d’eau (H2O). Son abondance et sa variabilité en font un acteur majeur des échanges radiatifs. Le rôle exact du CO₂ dans les évolutions climatiques récentes, ainsi que l’importance respective des rétroactions associées à la vapeur d’eau, continuent d’alimenter les travaux de recherche et les discussions scientifiques. En conséquence, attribuer au seul gaz carbonique la mise en place d’un blocage anticyclonique ou d’une situation météorologique de blocage, est une question beaucoup plus incertaine.

Les situations météorologiques résultent avant tout de la dynamique de l’atmosphère : déplacements des masses d’air, contrastes de pression, circulation générale et interactions avec les océans. Autrement dit, le CO₂ ne « fabrique » pas un anticyclone comme on appuie sur un interrupteur. Associé principalement à la vapeur d’eau et à d’autres gaz à effet de serre, il semble contribuer modestement à la modification du contexte énergétique dans lequel évolue l’ensemble du système climatique.

La distinction est importante. Confondre ces deux niveaux d’explication reviendrait à dire que le seul CO2 conduit à une hausse des températures, alors qu’il n’est pas le seul candidat potentiel à l’effet de serre, tant en quantité, qu’en efficacité.

La science avance… par étapes

Cette prudence n’est pas un aveu d’ignorance. Elle constitue au contraire l’une des forces de la démarche scientifique. Les chercheurs savent reconnaître ce qui est solidement établi, ce qui est probable, ce qui demeure discuté et ce qui reste encore à découvrir. Cette hiérarchie des connaissances est indispensable. Sans elle, la science se transformerait rapidement en une succession de certitudes provisoires, remplacées quelques années plus tard par d’autres certitudes tout aussi provisoires.

Albert Einstein résumait cette situation avec son humour habituel : « La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. » et rajouté : « ici, on a associé théorie et pratique : rien ne fonctionne et personne ne sait pourquoi ». Naturellement, cette formule relève davantage d’une certaine ironie que de la démarche scientifique.

Elle rappelle néanmoins une réalité essentielle : la nature ne se sent nullement obligée de répondre à toutes nos questions. Et c’est probablement ce qui rend son étude si passionnante.

Ainsi, la véritable interrogation n’est peut-être pas de savoir si une canicule est compatible avec le réchauffement climatique constaté — elle l’est évidemment — mais de comprendre pourquoi certaines configurations atmosphériques favorisant ces épisodes semblent, aujourd’hui, se produire plus souvent ou persister davantage.

Cette question demeure l’un des grands sujets de recherche de la climatologie contemporaine.

Une canicule française… mais qu’en est-il du reste du monde ?

La canicule qui a frappé la France durant les mois de juin et de juillet 2026 a naturellement marqué les esprits. Lorsqu’un pays connaît plusieurs semaines de chaleur intense, il est tentant d’imaginer que l’ensemble de la planète traverse simultanément un épisode comparable.

La réalité est plus nuancée.

Le climat est un système mondial, mais il s’exprime localement à travers une multitude de situations météorologiques parfois très différentes, des climats très diversifiés. Pendant qu’une région connaît une chaleur exceptionnelle, une autre peut enregistrer des températures proches de la normale, voire inférieures aux moyennes saisonnières.

C’est pourquoi il est toujours utile de compléter les observations locales par une vision globale.

La figure 3 présente l’évolution des températures mesurées par satellite dans la basse troposphère, à partir des données de l’Université de l’Alabama à Huntsville (UAH), analysées notamment par Roy Spencer et John Christy.

Que montre ce graphique ? Il rappelle tout d’abord une évidence souvent oubliée : le climat mondial n’évolue pas de manière linéaire. Les températures montent, redescendent, connaissent des plateaux, puis repartent à la hausse. Cette succession de fluctuations s’inscrit dans une tendance générale qui ne saurait être résumée par une seule année, ni même par un seul mois.

Le mois de juin 2026 apparaît ainsi comme un mois chaud à l’échelle planétaire, mais il ne constitue pas, selon cette série satellitaire, une anomalie exceptionnelle comparable aux plus fortes valeurs observées depuis le début des mesures.

Autrement dit, une canicule majeure en France ne signifie pas nécessairement une situation identique à l’échelle du globe.

Les échelles de temps ne racontent pas la même histoire

Cette distinction est essentielle.

La météorologie s’intéresse aux événements de quelques jours ou quelques semaines.

La climatologie, elle, travaille sur plusieurs décennies.

Confondre ces deux approches revient un peu à vouloir déduire l’état de santé d’une personne à partir d’une seule prise de température. Celle-ci apporte une information précieuse… mais elle ne suffit pas à établir un diagnostic complet. Les séries longues sont donc indispensables pour distinguer les fluctuations naturelles des évolutions durables.

Le climat : un système d’une remarquable complexité

L’une des grandes leçons de la climatologie moderne est précisément que le système climatique résulte de l’interaction permanente de nombreux phénomènes. Les océans redistribuent continuellement une immense quantité d’énergie. L’atmosphère transporte chaleur et humidité autour de la planète. Les glaces polaires modifient l’albédo. Les nuages réfléchissent ou retiennent une partie du rayonnement. La vapeur d’eau, principal gaz à effet de serre naturel, varie fortement dans le temps et dans l’espace, tandis que d’autres gaz interviennent également dans le bilan radiatif selon des mécanismes dont les effets relatifs continuent d’être étudiés.

À ces processus s’ajoutent les grandes oscillations océaniques et atmosphériques — AMOC, NAO, ENSO (El Niño et La Niña), entre autres — qui influencent profondément la circulation générale de l’atmosphère.

Face à une telle complexité, il serait surprenant qu’un seul paramètre (le CO2) puisse, à lui seul, expliquer l’ensemble des variations observées. La nature est généralement moins simple… mais infiniment plus intéressante.

Une invitation à poursuivre les recherches

La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir s’il fait plus chaud aujourd’hui qu’hier. Les observations montrent qu’une évolution est en cours.

La question la plus stimulante est de comprendre pourquoi certaines configurations atmosphériques semblent désormais se reproduire plus fréquemment ou persister plus longtemps, favorisant ainsi des épisodes caniculaires parfois remarquables. Les réponses seront probablement multiples.

Elles feront intervenir la dynamique de l’atmosphère, les échanges avec les océans, les rétroactions liées à l’humidité, les oscillations naturelles du système climatique et, sans doute, d’autres mécanismes encore insuffisamment compris. La recherche doit progresser précisément en confrontant les hypothèses aux observations. Elle avance rarement en ligne droite, mais elle avance.

Comme le rappelait le physicien Richard Feynman : « La science est la croyance dans l’ignorance des experts ». La formule est volontairement provocatrice, mais elle traduit une idée essentielle : aucune théorie scientifique n’est figée. Chaque nouvelle observation peut conduire à confirmer, préciser ou parfois remettre en question les modèles existants.

C’est cette capacité à douter, à vérifier et à corriger qui fait la force de la démarche scientifique.

En définitive, les canicules de 2026 auront eu au moins un mérite : rappeler que l’atmosphère demeure un formidable laboratoire à ciel ouvert. Nous savons aujourd’hui expliquer avec une précision croissante les mécanismes qui conduisent à ces épisodes extrêmes. En revanche, les raisons profondes qui favorisent certaines configurations de circulation atmosphérique restent, pour une part, un domaine de recherche ouvert.

Et c’est finalement une excellente nouvelle.

Une science qui n’aurait plus de questions à se poser ne serait plus une science… seulement un livre d’histoire.

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19 réflexions au sujet de « Canicules : ce que l’on sait… et surtout ce que l’on ignore encore »

  1. Je constate que vous n’évoquez pas les programmes de « modification régional et temporaire » du climat tels que HAARP…
    Pourtant, la récente concomitance entre la destruction de complexe radar dans les Emirats (en début d’année durant le premier épisode de la guerre israélo-américaine contre l’Iran) et la subite modification du régime des pluies (principalement en Iran et en Irak) pourrrait questionner sérieusement!
    Enfin, ce serait du complotisme, hein?
    Et puis, comme chacun sait, le programme HAARP n’a jamais existé…

  2. Merci pour cet article clair et presque complet.

    Pour le grand public, il manque peut-être un chapitre sur la modélisation et l’attribution (probabilités) car cet argument d’autorité est beaucoup utilisé dans les médias.

  3. Je lis:
    « Or, un certain nombre de stations météorologiques sont implantées dans des environnements urbanisés ou à proximité de ceux-ci. Depuis plusieurs décennies, les réseaux météorologiques s’efforcent de prendre en compte cet effet afin de garantir la meilleure homogénéité possible des séries de mesures. »

    J’ai déjà écrit une fois au moins que les 30 stations météo servant à définir l’ITN , Indice Thermique National, si j’en crois la liste donnée sur: https://www.infoclimat.fr/climato/indicateur_national.php#2026;,1981-2010,1,-3.65,368.65,,y,desc,-1292712408000,1813351608000
    Ces 30 stations, dis-je, ont été « sélectionnées » (on se demande sur quels critères…) en 1947 et sont TOUTES sans exception situées en zone urbaine, périurbaine et/ou à proximité des pistes bétonnées surchauffées d’un aérodrome, où « l’effet ICU (ilot de Chaleur Urbain) » se fait sentir le plus, et cette situation n’a pas du s’arranger depuis 1947 avec l’accroissement exceptionnel des surfaces urbanisées, alors que l’emplacement desdites stations n’a pas bougé d’un centimètre, tandis que le trafic aérien a explosé.
    La station la plus emblématique de cet état regrettable est la station du Parc Montsouris à Paris, l’endroit de France où l’effet ICU est le plus important, plus de 10°C d’écart à la hausse par rapport à la lointaine campagne environnante en période de canicul !
    Alors on nous dit que oui, c’est vrai, la localisation de ces stations météo n’est pas idéale mais que les spécialiste de la question en sont conscients et procèdent à des homogénéisations et des corrections.
    Au lieu de bidouiller les données ne serait-il pas plus éclairant sur l’ITN réel de la France de créer un ITN bis qui se baserait sur 30 stations impérativement TOUTES très éloignées de tout centre urbain ???
    Est-ce trop demander ?

  4. L’explication du mécanisme de la canicule présenté ici est simpliste et inexacte.
    Les températures les plus élevées de l’épisode de chaleur sont atteintes lorsque les pressions de surface sont les MOINS élevées ! En début d’épisode, c’est l’inverse.
    Il faut regarder ce mécanisme sous l’angle de la mécanique des AMP (anticyclones mobiles polaires) et ça devient plus clair.
    En premier lieu, l’air chaud africain, en altitude, vient coiffer notre pays par un à plusieurs puissants flux de sud associés à autant de descentes plein sud de plusieurs AMP sur le proche atlantique. Sur notre pays, l’air de surface réchauffé par le soleil n’arrive pas à s’élever en raison de l’air chaud d’altitude (effet thermodynamique).
    Mais le pire intervient lorsque un AMP vient finir lentement sa course à proximité de notre pays, sur lequel le rafraichissement de surface ne parvient pas mais la hausse de pression, si, par propagation mécanique horizontale. Dans ce cas, les basses couches deviennent encore plus transparentes (air limpide) et se réchauffent d’autant plus que le « barrage » anticyclonique dure. Barrage entre guillemets car rigoureusement tout bouge, il n’y a pas de blocage, mais localement (sur une région ou un pays), le vent peut être nul durant des jours.

  5. Voilà un remarquable article, mesuré et non idéologique, vraiment scientifique.
    Je m’empresse de le partager et de le publier dans mon portail, merci. Une version pdf aurait été bienvenue.

    Récemment dans un commentaire j’avais signalé que la température était plus basse que la normale au Tamil Nadu (Inde du Sud) où l’été se termine. Il se trouve que depuis une semaine elle est remontée d’environ 4°C pour atteindre 38°C le jour, 27°C la nuit. J’avais remarqué depuis quelques années que la saison chaude semblait décalée, en avance de plusieurs semaines, voire un mois, tandis que les autres ne bougeaient pas, autrement dit l’été ou les fortes chaleurs étaient de plus en plus longues, de début ou mi-mars jusqu’à fin juillet, voire mi-août, particulièrement le jour, car la nuit la température commence à tomber de quelques degrés dès la fin juillet, du coup on a des étés qui durent presque 6 mois, c’est très long. Cette année, on a particulièrement souffert de la chaleur, qui malgré tout n’a jamais atteint 40 ou 42°C, parce qu’il n’y avait pas le moindre brin d’air, pas de vent. La pluie est annoncée à partir du 21 juillet, on est très nombreux à l’attendre.

  6. Merci pour cet article intéressant. Effectivement le CO₂ n’est pas le seul à contribuer à un effet de serre, mais, si je ne me trompe, il a la particularité de s’accumuler et ne pas disparaître facilement, et c’est l’argument utilisé par les tenant de la décarbonation.

    Ce qui me frappe est la fixation obsessionnelle de la presse et des politiques sur ce gaz, alors que l’on sait par exemple que le forçage radiatif lié aux traînées de condensation (H₂O) des avions contribue deux fois plus à l’effet de serre que celle de leurs émissions de CO₂, du fait de la diffusion de ces trainées qui causent fréquemment des ciels uniformément laiteux dès les milieux de matinée. Or régler le problème des trainées de condensation est trivial – il suffit de modifier légèrement l’altitude de la trajectoire des avions pour se faire, au prix de moins de 1% (le premier rapport donnait 0,17%) de consommation. Cf. https://www.isae-supaero.fr/wp-content/uploads/2025/11/synthese_referentiel_isae-supaero.pdf . Une telle modification de trajectoire peut facilement être imposée localement (au-dessus de l’espace aérien français ou européen) sans aucun besoin de consensus de tous les pays, et elle aurait l’avantage de redonner à nos ciels leur beau bleu naturel.

    Le fait que les politiques ignorent ces pistes simples à impact immédiat me fait douter de leur capacité à réfléchir (sans jeu de mot).

  7. La CANICULE est un moment astronomique comme les équinoxes ou les solstices, sa date est autour du 20 juillet .
    En se moment nous sommes en pleine Canicule , quelque soit la température du jour de la nuit !

    La Canicules est le moment où le soleil dans son mouvement apparent se situe au dessus de la constellation du Petit Chien ( Canis Minor ou Caniculum)

    Chien ,Canidé , Canines, Canin , Canicule….

      • La Canicule est une période de l’année, autour du 20 juillet, pas une température !
        En général il fait chaud à la Canicule car le Soleil était au plus haut dans l’hémisphère Nord depuis le 20 juin.
        Depuis la mi juin le soleil a bien chauffé l’atmosphère et donc à la fin juillet il fait chaud.

        La Canicule est une période de l’année chaude normalement dans l hémisphère Nord et donc par analogie quand il fait chaud le mot Canicule est employé.

  8. La vapeur d’eau est effectivement le gaz à effet de serre le plus abondant. Mais sa concentration dépend principalement de la température. Le CO₂, lui, constitue un forçage : son augmentation modifie le bilan radiatif, puis l’atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau, qui amplifie ensuite le réchauffement. C’est précisément pour cette raison que le CO₂ joue un rôle déterminant malgré une concentration beaucoup plus faible

    • Selon le BDM Alpins Glamos
      La vapeur d’eau dépend m achlaeur atmosphérique … Mais aussi et surtout du refroidissement oceanique par vent intertropicaux … Soit le transfert Nino / Nina
      Augmentant les précipitations hivernales magistralement … Transferts ENSO pilotés par les cycles Rieger Schwabe et Hale … Dr Leamon et la corrélation a 4999/5000 cyclique entre 3x Dip Nina et Terminator Hale/Sch

      Corrélation Nina et Terminator SCH

      Corrélation Nina et allongement période / diminution intensite Rieger

      Les glaciers et océans ne mentent pas
      Au revoir l anthropisme carbono centre
      Vive l heliologie et pulsations magnétiques pour interactions turbo et troposphère terredtre

  9. L’intention est louable mais beaucoup trop de tournures de phrases viennent de l’IA. Exemple : « ’L’une des grandes leçons de la climatologie moderne ». C’est typique de CaatGPT…. Quel est le ratio IA/Humain de l’article ?

    S’en aider pour faire des recherches c’est OK selon moi. Et encore faut-il vérifier ensuite…. Ce qui n’a peut-être pas été fait au vu des commentaires précédents. Par contre lui dédier des parties de la rédaction d’un article long n’est plus du tout OK selon moi.

    Cela retire beaucoup de crédibilité au fond de l’article. C’est dommage. C’est quand même bien de l’avoir indiqué sur les schémas.

  10. Article intéressant et réactions également.
    Ce qui est toujours plus ou moins occulté est la valeur – même approximative – du réchauffement dont on doit concéder absolument l’existence faute d’excommunication.
    Je ne saisis pas bien quel est le poids d’une tendance à +1 ou 1,5 degrés en 150 ans… oui ça semble se réchauffer mais cela reste modeste…
    Et il est bien facile de parler de 2100 et de 8 ou 10 degrés…
    Mon argument ne va pas plus loin: réchauffement si on veut mais ne pas oublier de rappeler les valeurs exposées…

  11. Rappelons aussi les deux canicules consécutives de 1718 et 1719 qui auraient fait entre 700 et 800000 morts, rien qu’en France: On ne PEUT donc PAS dire que les canicules récentes sont « sans précédent » comme la politicomédiasphère a coutume de l’affirmer sur un ton péremptoire !!!
    Et SURTOUT il faut faire remarquer que ce double épisode caniculaire s’est produit au plus fort du PETIT AGE GLACIAIRE, ce qui est encore plus déroutant pour les climatologues !!!

  12. Je rentre chez moi à Toulouse après quelques semaines d’absence. Sur la « station météo de mon balcon » (un simple thermomètre maxi-mini posé là, à l’ombre depuis des années), je m’attendais à lire des températures phénoménales vu les records claironnés partout dans les médias. Un malheureux 35°C s’y affichait. J’ai failli casser ce thermomètre qui « nie la science du climat ». Mais quoi de mieux pour se faire une opinion qu’un lieu, qu’un instrument qu’on connait depuis des (dizaines) années…

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