Le dogme climatique contre la démocratie

Quand la peur, la censure et la sanction remplacent le débat

Guillaume de Rouville

Une théorie scientifique solide n’a nul besoin de recourir aux arguments d’autorité, à l’intimidation ou à la peur pour triompher de ses contradicteurs : il lui suffit de répondre aux objections et à la critique avec la force tranquille d’une théorie bien étayée. Lorsqu’elle exige, en revanche, que l’on fasse taire ses adversaires, qu’on les insulte, qu’on les discrédite, voire qu’on les poursuive devant les tribunaux ou les autorités administratives pour leur faire payer l’outrecuidance de leurs questionnements inopportuns, on est en droit de se demander ce qu’elle cherche à protéger (la vérité ou un dogme ?) — et surtout ce qu’elle redoute (la mise en lumière de ses faiblesses, voire de sa profonde vacuité ?).

Nous ne reviendrons pas ici sur les bases scientifiques de la thèse du réchauffement climatique anthropique défendue par le GIEC, que nous avons examinées dans de précédents articles[1]. Nous nous intéresserons plutôt aux moyens par lesquels le Réchauffisme[2] s’impose dans l’espace public. Car la forme et la manière ne sont jamais tout à fait étrangères au fond ; les méthodes employées pour imposer une idée en disent parfois autant sur celle-ci que les arguments censés la soutenir.

Nous montrerons d’abord que les grandes règles de la propagande de guerre sont toutes appliquées, à des degrés divers, par les promoteurs du discours climatique dominant (1). Nous verrons ensuite comment la peur est devenue une méthode de persuasion aux mains des défenseurs du dogme réchauffiste (2), puis comment la censure médiatique a sorti le climat du champ du débat (3). Nous examinerons alors les menaces et les sanctions auxquelles les contradicteurs doivent faire face dès lors qu’ils contestent l’infaillibilité du dogme (4), et constaterons enfin, avec inquiétude, l’érosion programmée des libertés qui sont à la base de notre édifice démocratique (5).

1. Les principes de la propagande de guerre appliqués au climat

Le journaliste belge Michel Collon a consacré une large part de son travail à décortiquer la couverture médiatique des guerres dans les sociétés occidentales : celle du Golfe, de la Yougoslavie, puis de la Libye notamment. Il en a dégagé cinq règles principales.

Reprenons-les une à une et voyons comment elles sont appliquées méthodiquement par la caste Réchauffiste composée des petits soldats du GIEC partis en guerre contre le CO2 et le soleil et ceux qui osent prendre leur défense.

Première règle : cacher les intérêts & se déclarer vertueux

Aucune guerre n’est présentée sous l’angle des intérêts économiques qui la motivent ; on la vend toujours comme une aventure morale nécessaire. Elle est immanquablement défendue et engagée au nom d’une grande et noble cause. La transition énergétique, dont nous avons montré ailleurs[3] qu’elle était une guerre menée contre les peuples (à travers l’arme économique) et la biodiversité (à travers l’obésité extractive des énergies renouvelables), mobilise des milliers de milliards d’euros, sous forme de subventions, de marchés publics, de crédits carbone et de produits financiers « verts ». Cette manne colossale et indécente enrichit une petite caste où se mêlent bureaucrates du climat et capitalistes de la transition, tous épris d’une écologie industrielle qui déverse ses flots d’éoliennes et de panneaux solaires inutiles dans nos belles campagnes. Pourtant, à entendre le discours dominant, seuls les sceptiques auraient des intérêts, nécessairement pétroliers (et sans doute russes ?). Le Réchauffiste, lui, ne défendrait que la planète pour le bien de tous et n’agirait que par altruisme désintéressé.

Deuxième règle : inverser la victime et l’agresseur

Dans le récit climatique, ce sont les Réchauffistes qui se disent assiégés par la « désinformation », alors qu’ils disposent des États, de l’ONU, des universités, des médias publics et des régulateurs qui relayent sans cesse leurs propos (et leurs délires). Le chercheur dissident privé de crédits, l’économiste sanctionné pour une phrase à la télévision (voir la partie 4 ci-dessous) ou l’automobiliste modeste exclu des centres-villes deviennent, par un renversement admirable, les agresseurs, les ennemis, les fauteurs de troubles, les responsables de tous les malheurs présents et à venir.

Troisième règle : cacher (ou falsifier) l’histoire

La propagande de guerre efface le contexte qui rendrait le conflit intelligible. Le Réchauffisme, lui, ignore, réécrit ou même falsifie l’histoire du climat et les règles élémentaires de la science moderne pour donner raison à sa thèse.

L’exemple le plus célèbre de falsification de l’histoire climatique est la courbe dite « en forme de crosse de hockey », publiée en 1998 et 1999 par le climatologue américain Michael Mann, de l’université du Massachusetts, et ses collègues Raymond Bradley et Malcolm Hughes[4]. Sur le graphique, les températures de l’hémisphère Nord restaient presque stables pendant un millénaire, formant une longue ligne plate semblable au manche d’une crosse de hockey, avant de s’envoler brusquement au XXᵉ siècle, comme la lame recourbée qui la termine. L’Optimum médiéval et le Petit Âge glaciaire, que les historiens documentaient depuis des décennies, y étaient gommés. Il n’y avait pas eu de réchauffement climatique depuis 10 siècles ! Érigée en icône par le troisième rapport du GIEC en 2001, la courbe fut bientôt mise en cause par deux chercheurs canadiens, le statisticien Stephen McIntyre et l’économiste Ross McKitrick, de l’université de Guelph. Ils montrèrent que la méthode statistique employée tendait à produire une forme en crosse de hockey quelles que soient les données de départ[5]. En 2009, des courriels piratés de l’unité de recherche climatique de l’université d’East Anglia furent rendus publics. Dans l’un d’eux, daté du 16 novembre 1999, son directeur Phil Jones se félicitait d’avoir, comme Michaeal Mann, ajouté les températures mesurées aux séries reconstituées afin de « cacher le déclin » d’une série de données issues des cernes d’arbres, qui contredisait le caractère exceptionnel du réchauffement récent[6]. Disparue pendant quelques années des rapports du GIEC, la courbe est revenue sur le devant de la scène dans la dernière mouture des travaux de nos « experts climatiques ».

Les Réchauffistes passent aussi sous silence leur propre histoire, jalonnée de prophéties constamment démenties. Citons quelques exemples parmi des centaines. En 1989, Noel Brown, directeur du bureau new-yorkais du Programme des Nations unies pour l’environnement, déclarait que des nations entières pourraient être rayées de la carte par la montée des eaux si le réchauffement n’était pas inversé avant l’an 2000[7]. En 2007, le GIEC prédisait la disparition probable des glaciers de l’Himalaya d’ici 2035. En décembre 2009, à la conférence de Copenhague, l’ancien vice-président américain Al Gore estimait, en citant des modèles, à 75 % la probabilité que l’océan Arctique soit entièrement libre de glace en été dans les cinq à sept ans. En janvier 2020, le parc national de Glacier, aux États-Unis, dut remplacer les panneaux qui annonçaient la disparition de tous ses glaciers… pour 2020[8]. Chaque échéance manquée est aussitôt remplacée par une autre, plus lointaine, sans que jamais la crédibilité des prophètes de l’apocalypse en soit entamée.

Le Réchauffisme, c’est un mélange de science soviétique et de procès staliniens appliqués au climat et de logique orwellienne où le chaud et le froid, la cause et l’effet deviennent des notions intervertibles, fongibles et soluble dans les nécessités d’une propagande politique avide de procès et de condamnation.

Pour plus d’exemples sur les insuffisances scientifiques (assumées) des partisans du réchauffement climatique anthropique, nous renvoyons les lecteurs vers notre article intitulé La Nature a horreur du GIEC.

Quatrième règle : diaboliser l’adversaire

Le contradicteur n’est pas un savant qui se trompe peut-être ; c’est un « négationniste », un « complotiste », un « marchand de doute », un « ennemi de l’humanité ». Le mot « climatosceptique » lui-même est une trouvaille très orwellienne : il transforme le doute, vertu cardinale de la science, en tare morale. Quant au terme « climato-négationniste », il assimile délibérément une discussion sur la sensibilité climatique au CO2 à la négation de crimes contre l’humanité. On ne réfute plus : on excommunie en disqualifiant.

Cinquième règle : monopoliser l’information

Les médias de guerre ne donnent la parole qu’aux « sources et experts acceptables », c’est à dire, dans notre cas, à ceux et seulement à ceux qui (i) confirment le rôle prépondérant de l’homme dans les changements climatiques, (ii) ne voient dans ces changements que des catastrophes et (iii) n’attribuent ces changements qu’aux particules de CO2 émises par nos civilisations modernes (avec celles des autres gaz équivalents).

Tous les autres sont exclus et méprisés. Qu’ils soient climatologues et doutent de la sensibilité du climat au CO2, physiciens et s’interrogent sur le rôle du soleil ou des nuages, ou économistes et contestent le coût exorbitant des politiques de transition, les dissidents se voient refuser le titre d’expert, quels que soient leurs travaux et leur réputation. On les présente comme des propagandistes à la solde des lobbies pétroliers, quand on ne les réduit pas à leurs supposées accointances politiques (Russes encore ?). On refuse de les écouter sous prétexte que leur donner la parole reviendrait à légitimer leurs thèses, à semer la confusion dans l’esprit du public, voire à se rendre complice d’une désinformation mortelle pour la planète, l’ours polaire ou la marmotte grise du Juras. L’argument a l’avantage de dispenser de toute réfutation : on ne discute pas avec un hérétique, on l’écarte. Ainsi se referme le cercle des « experts acceptables », dont la parole fait autorité précisément parce qu’aucune autre n’est admise à la contredire.

2. La peur comme méthode de persuasion

Toutes les propagandes commencent par instiller la peur, car un esprit effrayé ne raisonne plus ; il obéit.

L’un des leviers de la peur passe par le choix du vocabulaire. On ne parle pas seulement de réchauffement, mot trop rassurant pour un climat qui s’adoucit, mais de « dérèglement », de « crise », « d’urgence », de « chaos », « d’effondrement ». En juillet 2023, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, décrétait que « l’ère du réchauffement climatique est terminée » et que « l’ère de l’ébullition mondiale est arrivée ». L’hyperbole n’a pas pour fonction de décrire : elle a pour fonction d’effrayer.

Au choix des mots s’ajoute la répétition inlassable des messages terrifiants et angoissants, qui finit par installer la peur au cœur même de la vie quotidienne. Canicules, incendies, inondations, fonte des glaces, espèces menacées : il n’est guère de journée où les journaux, les écrans et les réseaux sociaux ne nous annoncent une nouvelle catastrophe, présentée comme le signe avant-coureur d’un désastre plus grand encore. Gustave Le Bon l’avait observé dès 1895 dans Psychologie des foules : l’affirmation, la répétition et la contagion suffisent à imposer une idée, quelle que soit sa vérité. Martelée sans relâche, l’alerte agit comme un poison lent qui paralyse ses proies et les prive peu à peu de leur sens critique. Car un esprit maintenu en état d’alarme permanente ne cherche qu’à être rassuré, et se range docilement derrière ceux qui prétendent détenir le remède.

Les effets de cette stratégie sur les esprits, en particulier chez les plus jeunes, sont mesurables. En 2021, une enquête publiée dans The Lancet Planetary Health auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans dans dix pays révélait que 75 % d’entre eux jugeaient « l’avenir effrayant » et que 56 % pensaient que « l’humanité est condamnée »[9]. On a inventé un mot pour cela, l’éco-anxiété, que l’on traite comme une pathologie alors qu’elle est le produit direct d’un conditionnement. En 2019 à Davos, Greta Thunberg lançait aux dirigeants du monde : « Je veux que vous paniquiez. » Jamais propagande n’avait formulé son objectif avec une telle candeur.

La peur, enfin, a un avantage politique décisif : elle justifie l’exception. Une « urgence » ne se discute pas, elle se gère. On a vu, pendant la crise sanitaire, avec quelle facilité des libertés séculaires pouvaient être suspendues au nom de l’urgence. L’urgence climatique a ceci de remarquable qu’elle est permanente : elle ne finit jamais, puisque chaque échéance apocalyptique non advenue est aussitôt remplacée par la suivante.

Le Réchauffisme, c’est l’état d’urgence perpétuel !

3. La censure, ou l’art de sortir le climat du débat

Le 29 août 2022, Radio France présentait son « Tournant environnemental ». Le service public de l’audiovisuel, financé par tous les contribuables, y proclamait : « Nous nous tenons résolument du côté de la science, en sortant du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine. Elle est un fait scientifique établi, pas une opinion parmi d’autres. »[10]

Relisons lentement cette déclaration, et arrêtons-nous sur sa formule centrale : « sortir du champ du débat la crise climatique ». Une radio publique décide, par simple communiqué, qu’une question scientifique encore discutée dans les revues spécialisées (la sensibilité du climat au CO2, la part de la variabilité naturelle, le rôle des nuages, la fiabilité des modèles) ne sera plus discutée à l’antenne. Ce n’est pas la science qui a tranché : c’est une direction éditoriale. Et la phrase mêle habilement deux choses très différentes : l’existence d’un réchauffement, que personne ne conteste sérieusement, et son ampleur, ses causes exactes et ses conséquences, qui font précisément l’objet du débat. En fusionnant les deux, on interdit le second au nom du premier.

Radio France n’a pas inventé la méthode. En septembre 2018, la BBC diffusait à ses journalistes une note interne : « Le changement climatique étant accepté, vous n’avez pas besoin d’un « négationniste » pour équilibrer le débat. »[11] Elle comparait ensuite le contradicteur à quelqu’un qui nierait que Manchester United a gagné 2-0 samedi dernier. La complexité du système climatique terrestre est ainsi réduite à un score de football ; on mesure ici la profondeur de la réflexion épistémologique.

En France, d’autres rédactions ont suivi (Vert, Reporterre, Politis ou Socialter, parmi des dizaines d’autres), notamment en signant la « Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique » (2022)[12]. Dans ce sillage, le débat contradictoire, pilier du journalisme, y est qualifié de « faux équilibre ». Un concept ingénieux : il permet de présenter la censure comme une exigence de rigueur.

C’est là que l’on retrouve la cinquième règle de la propagande de guerre : monopoliser l’information, ne donner la parole qu’aux « sources et experts acceptables ». Le « consensus » affiché n’est donc pas le constat d’un accord supposé ; il est aussi un instrument pour le produire.

Le philosophe des sciences Karl Popper rappelait qu’une théorie n’est scientifique que si elle accepte d’être réfutée. Une théorie que l’on protège de la réfutation en interdisant aux contradicteurs de s’exprimer sort, par définition, du champ de la science pour entrer dans celui de la doctrine. En « sortant le climat du débat », Radio France n’a pas défendu la science ; elle l’a suspendue et niée.

Au sein du Réchauffisme, le climat ne se débat pas, parce que c’est un dogme.

4. Intimider, poursuivre, sanctionner

Après la peur et le silence vient la troisième étape : la punition.

Le 8 août 2023, dans l’émission Punchline Été sur CNews, l’économiste Philippe Herlin qualifie le réchauffement climatique d’origine humaine de « mensonge », « d’escroquerie » et de « forme de totalitarisme ». Les propos sont vifs. Ils relèvent pourtant de l’opinion, exprimée par un invité sur un plateau de débat. Saisie, l’Arcom inflige à la chaîne, le 10 juillet 2024, une amende de 20 000 euros. Le motif : avoir laissé diffuser des propos contraires au consensus scientifique sans qu’aucun contradicteur ne vienne les réfuter, en violation de l’obligation « d’honnêteté de l’information ». Le 6 novembre 2025, le Conseil d’État rejette le recours de CNews et confirme la sanction[13].

L’association QuotaClimat, à l’origine de la procédure, s’en est félicitée comme d’une première mondiale : jamais un régulateur de l’audiovisuel n’avait sanctionné financièrement une chaîne pour « désinformation climatique ». Le message adressé aux rédactions est limpide : inviter un sceptique est désormais un risque juridique et financier.

L’ironie de l’affaire mérite d’être soulignée. On reproche à CNews l’absence de contradicteur face à un sceptique. Mais nul n’a jamais exigé de Radio France qu’elle invite un contradicteur face aux climatologues alarmistes. Le pluralisme est donc devenu à sens unique : obligatoire pour le doute, facultatif pour le dogme. Et Philippe Herlin, en parlant de « forme de totalitarisme », a reçu la meilleure démonstration possible de son propos : une sanction d’État pour une opinion.

Les scientifiques eux-mêmes ne sont pas épargnés. En juillet 2023, le Fonds monétaire international annule, quatre jours avant la date prévue, la conférence de John Clauser, prix Nobel de physique 2022, intitulée « Jusqu’à quel point peut-on faire confiance aux prévisions climatiques du GIEC ? ». Quelques semaines plus tôt, Clauser avait déclaré publiquement : « Je ne crois pas qu’il y ait une crise climatique. » Un prix Nobel peut donc être déprogrammé pour avoir posé une question. En Australie, le physicien Peter Ridd[14], ancien directeur du département de physique de l’université James Cook et spécialiste reconnu de la Grande Barrière de corail, a payé plus cher encore sa liberté de ton. Pour avoir mis publiquement en doute la fiabilité des travaux alarmistes sur l’état du récif, il a fait l’objet de deux ans de procédures disciplinaires, puis a été licencié en 2018 pour manquement au code de conduite de l’université. Un premier jugement, en 2019, lui a donné raison, le juge reprochant à l’université de n’avoir « pas compris le concept même de liberté intellectuelle ». Mais cette décision a été annulée en appel, et la Haute Cour d’Australie a définitivement validé son licenciement en 2021. Aux États-Unis, la climatologue Judith Curry[15], qui dirigeait l’école des sciences de la Terre et de l’atmosphère du Georgia Institute of Technology, a démissionné en 2017. Elle expliquait ne plus savoir comment conseiller ses étudiants pour qu’ils traversent sans dommage la « folie » qui s’était emparée de sa discipline, où toute déviation du consensus pouvait briser une carrière.

Combien de chercheurs, observant ces exemples, choisissent de se taire pour préserver leur carrière, leurs crédits et leurs publications ? Personne ne le sait, et c’est précisément le problème.

La démonisation fait le reste : « Climatosceptique », « climato-négationniste », « complotiste », « marchand de doute », « idiot utile des pétroliers » : l’étiquette dispense de l’argument. C’est la logique de la propagande de guerre appliquée à la lettre : celui qui doute est un traître. On ne lui répond pas, on le disqualifie. On ne le réfute pas, on le sanctionne.

5. L’érosion programmée des libertés

La sanction de CNews n’est pas un accident. Elle est une étape dans la construction méthodique d’un appareil juridique destiné à encadrer la parole sur le climat.

Au niveau européen, le règlement sur les services numériques (Digital Services Act, 2022) oblige les très grandes plateformes à identifier et à atténuer les « risques systémiques » liés à la désinformation. Qui décide de ce qui relève de la désinformation ? Les autorités, et les « signaleurs de confiance » qu’elles agréent.[16]

Au niveau mondial, la COP30 de Belém a adopté en novembre 2025, pour la première fois dans l’histoire des COP, une Déclaration sur l’intégrité de l’information en matière de changement climatique. Douze États l’ont signée d’emblée, dont la France. Ils s’y engagent à « combattre » la désinformation climatique et à démanteler ses réseaux. Le Brésil a doté d’un premier million de dollars un fonds mondial consacré à cette cause[17].

Au niveau national, l’Assemblée nationale a adopté le 12 janvier 2026 une résolution « visant à garantir l’intégrité de l’information sur le changement climatique face à la désinformation climatique et aux ingérences étrangères ». Le titre est à lui seul un programme : le doute climatique y est rangé dans la même catégorie que les manipulations de puissances étrangères. Le sceptique n’est plus seulement un ignorant ; il devient un agent de l’ennemi. On reconnaît là, une fois encore, le vocabulaire de la propagande de guerre.

L’érosion des libertés ne touche pas que la parole. Elle touche aussi la vie quotidienne, au nom d’une urgence qu’il est interdit de questionner. Les zones à faibles émissions ont fermé l’accès des centres-villes aux véhicules les plus anciens, c’est-à-dire à ceux des plus modestes. Les réglementations sur la performance énergétique ont rendu des logements interdits à la location. Et l’on voit déjà circuler, dans les cercles de réflexion, l’idée d’un « quota carbone individuel », c’est-à-dire d’un rationnement de la vie de chacun. Liberté de circuler, liberté de se chauffer, liberté de se loger, liberté de s’exprimer : toutes reculent au nom du même impératif. Certains vont même jusqu’à évoquer, sans paraître s’en émouvoir, l’idée de « confinements climatiques » : limitation de l’usage des véhicules particuliers, mesures drastiques d’économie d’énergie, sur le modèle de ceux que nous avons connus pendant la crise sanitaire[18] !

C’est ici que l’analogie avec la propagande de guerre prend tout son sens. La propagande de guerre ne sert pas seulement à faire accepter la guerre ; elle sert à faire accepter ce que la guerre permet : les sacrifices, les restrictions, la mise au pas de l’opinion. La « guerre contre le réchauffement » fonctionne exactement ainsi. L’ennemi est invisible, la menace est totale, le front est partout et la mobilisation est permanente.

Pour conclure

Une démocratie repose sur quelques fondements simples, parmi lesquels la libre circulation des idées, le droit de contester les vérités officielles, le pluralisme de l’information, l’égalité des citoyens devant la parole publique. Or ces fondements s’érodent dramatiquement sous nos yeux : un régulateur sanctionne une chaîne pour une opinion, un service public décrète ce qui peut être débattu, des États s’engagent à « combattre » les idées non conformes, et l’on menace de retirer à chacun, au nom de l’urgence climatique, la liberté de circuler, de se chauffer ou de se loger comme il l’entend.

La question climatique n’a pas engendré ce délitement démocratique ; elle en est, cependant, l’un des symptômes les plus évidents, et peut-être même le laboratoire. Car ce que l’on accepte aujourd’hui au nom de la planète, on l’acceptera demain au nom de n’importe quelle autre urgence décrétée par ceux qui détiennent le monopole de la parole légitime.

Le Réchauffisme ne veut pas de contradicteurs. Il veut des croyants. Il ne veut pas des citoyens qui réfléchissent et se posent des questions. Il veut des consommateurs éco-anxieux qui obéissent et s’abreuvent d’apocalypses renouvelables à l’infini.

Le Réchauffisme n’est pas une science, ni une conscience.

Il n’est qu’un dogme et ruine de l’âme.


[1] Voir nos articles « La Nature a horreur du GIEC » et « Petit catalogue raisonné des folies écolo-climatiques ».

[2] Écologiste monothéiste pour qui le CO2 anthropique est le diable, le réchauffement climatique est l’enfer, et la décroissance est le paradis. Tout le reste est hérésie.

[3] Promenade dans les abysses écologiques: Les tribulations d’un écolo-réaliste à la COP 28 de Dubaï

[4] Michael E. Mann, Raymond S. Bradley et Malcolm K. Hughes, « Global-scale temperature patterns and climate forcing over the past six centuries », Nature, vol. 392, 1998, p. 779-787 ; et « Northern Hemisphere temperatures during the past millennium », Geophysical Research Letters, vol. 26, 1999, p. 759-762. La courbe figure dans le Résumé pour décideurs du troisième rapport d’évaluation du GIEC (2001).

[5] Stephen McIntyre et Ross McKitrick, « Hockey sticks, principal components, and spurious significance », Geophysical Research Letters, vol. 32, 2005.

[6] Courriel de Phil Jones à Michael Mann, Raymond Bradley et Malcolm Hughes, 16 novembre 1999, rendu public en novembre 2009 : https://www.burtonsys.com/FOIA/CG2/3451.txt. Les enquêtes britanniques ultérieures ont conclu à l’absence de fraude, tout en reprochant à l’unité de recherche son manque de transparence.

[7] Dépêche Associated Press du 29 juin 1989. Voir l’analyse de Snopes, qui confirme l’attribution : https://www.snopes.com/fact-check/nations-vanish-global-warming/

[8] « Glacier National Park to remove « all glaciers will be gone by 2020 » signs », 8 janvier 2020 : https://www.wxyz.com/news/national/glacier-national-park-to-remove-all-glaciers-will-be-gone-by-2020-signs

[9] Caroline Hickman et al., « Climate anxiety in children and young people and their beliefs about government responses to climate change: a global survey », The Lancet Planetary Health, décembre 2021. https://doi.org/10.1016/S2542-5196(21)00278-3

[10] Radio France, dossier de presse « Le Tournant », 29 août 2022 : https://www.radiofrance.com/sites/default/files/2022-08/rentree_2223_dp_Le_Tournant_Radio_France_29082022.pdf

[11] Carbon Brief, « Exclusive: BBC issues internal guidance on how to report climate change », 7 septembre 2018, qui reproduit la note interne de la BBC : https://www.carbonbrief.org/exclusive-bbc-issues-internal-guidance-on-how-to-report-climate-change

[12] La « Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique » a été lancée le 14 septembre 2022 à l’initiative du média Vert. Elle avait alors été signée par plusieurs centaines de journalistes et des dizaines de rédactions, dont Politis, Reporterre et Socialter. Elle compte treize principes, dont l’un invite les journalistes à révéler les stratégies destinées à semer le doute dans l’opinion. Voir Politis, « Climat : les journalistes face à leurs responsabilités », septembre 2022 : https://www.politis.fr/articles/2022/09/climat-les-journalistes-face-a-leurs-responsabilites-44810

[13] Arcom, décision du 10 juillet 2024 ; Conseil d’État, décision du 6 novembre 2025. Voir QuotaClimat : https://quotaclimat.org/actualites/conseil-etat-sanction-cnews-propos-climatosceptiques/

[14] Voir la notice consacrée à Peter Ridd : https://en.wikipedia.org/wiki/Peter_Ridd. Jugement de première instance (Federal Circuit Court) du 16 avril 2019, annulé par la Cour fédérale en juillet 2020 ; dernier appel rejeté par la Haute Cour d’Australie le 13 octobre 2021.

[15] Judith Curry, « JC in transition », billet publié sur son blog Climate Etc., 3 janvier 2017 : https://judithcurry.com/2017/01/03/jc-in-transition/

[16] Règlement (UE) 2022/2065 du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques (Digital Services Act), art. 22 (signaleurs de confiance) et art. 34-35 (évaluation et atténuation des risques systémiques) : https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2022/2065/oj. En France, c’est l’Arcom, coordinateur pour les services numériques, qui attribue le statut de signaleur de confiance ; neuf organismes l’avaient obtenu en mai 2026 : https://www.arcom.fr/en/your-services-by-media/public-consultations/arcoms-contribution-european-commissions-public-consultation-guidelines-trusted-flaggers

[17] Déclaration sur l’intégrité de l’information en matière de changement climatique, COP30, Belém, novembre 2025. Signataires initiaux : Allemagne, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Danemark, Espagne, Finlande, France, Pays-Bas, Suède, Uruguay. Voir UNRIC : https://unric.org/fr/cop30-la-lutte-contre-la-desinformation-sorganise/

[18] Mariana Mazzucato, « Avoiding a Climate Lockdown », Project Syndicate, 22 septembre 2020 : « Sous un « confinement climatique », les gouvernements limiteraient l’usage des véhicules particuliers, interdiraient la consommation de viande rouge et imposeraient des mesures extrêmes d’économie d’énergie, tandis que les compagnies d’énergies fossiles devraient cesser de forer. » L’économiste présente ce scénario comme une issue à éviter par une transformation radicale de l’économie, mais aussi comme une perspective plausible si cette transformation n’a pas lieu : https://www.project-syndicate.org/commentary/radical-green-overhaul-to-avoid-climate-lockdown-by-mariana-mazzucato-2020-09

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