l’AFP réagit à un article étudiant les effets potentiels de l’activité solaire sur le climat

Par Benoît Rittaud

Le toujours intéressant blog belge Science, climat et énergie vient de faire paniquer l’AFP Belgique. En cause : un article de deux scientifiques (dont mon ami Henri Masson) qui propose quelques idées sur les origines solaires de l’évolution actuelle du climat. Un crime de lèse-GIEC qui, apparemment, justifiait le déploiement de l’artillerie lourde, mauvaise foi à l’appui.

Difficile de comprendre ce qui peut justifier que des journalistes soient payés pour rédiger un article aussi long pour s’en prendre à un simple billet de blog. Ce dernier aurait été « relayé 400 fois sur Facebook »… on est quand même encore loin du niveau de la vidéo de Jacline Mouraud qui avait été l’une des étincelles déclenchant le mouvement des Gilets Jaunes.

L’article incriminé contiendrait-il des propos négationnistes ? Des images pornographiques ? Des ragots sur Philippe de Belgique ?
Pire encore : un avis climato-réaliste sur les effets potentiels du soleil sur le climat.

L’idée générale, classique, consiste à étudier la corrélation entre ce que nous recevons du soleil et la température globale. « La diminution récente de l’activité solaire n’a pas produit une diminution sensible de la température, ce quii est un argument utilisé par le GIEC« , expliquent les auteurs avec raison. Ils proposent alors de lisser la courbe du rayonnement solaire, ce qui est un moyen de tenir compte de l’inertie thermique globale. (Ils pensent aux océans.) La corrélation est alors meilleure, et les auteurs lient ce constat à un modèle existant datant de 2011 (Stockwell).
D’autre part, les auteurs proposent une manière de déduire de formules connues et éprouvées (la loi de Henry et la relation de Van’t Hoff) la formule semi-empirique couramment utilisée pour déterminer le forçage radiatif en fonction du CO2 (la formule de Myrhe), c’est-à-dire, pour faire simple, l’intensité avec laquelle chaque augmentation (relative) du taux atmosphérique de CO2 va faire pression sur le système climatique pour en augmenter la température. Cela fait, ils estiment alors que la formule de Myhre n’est donc qu’une conséquence de la loi de Henry, et donc qu’elle n’est pas l’expression d’un « vrai » phénomène (en l’occurrence l’effet de serre) mais juste une écriture obtenue à partir des lois existantes. En fondant l’étude de la relation entre température et CO2 sur la loi de Henry plutôt que la formule de Myhre, ils obtiennent des résultats qui invalident toute idée de fin du monde carbonique prochaine. (Là aussi l’idée n’est pas nouvelle, et a été souvent critiquée. Les auteurs le savent et tentent une réponse.)

Pour commencer, je dois dire que je suis loin d’être en accord avec tout le texte. Échantillons de mes critiques dans différents registres : les auteurs me semblent confondre activité solaire et irradiance ; les liens qu’ils donnent pour démontrer les visées politiques du GIEC sont franchement faiblards (ce ne sont pourtant pas les bons textes qui manquent) ; ils n’étaient pas obligés d’agrémenter leur propos de vacheries sur leurs adversaires du genre « se croyant dans un monde imaginaire où 2 et 2 pourraient faire 5 ». (Soit on fait de la science, soit on fait un édito.)

Mais ce n’est pas ce genre de critiques, scientifiques ou de forme, qui intéresse l’AFP. Ce qui intéresse l’AFP, c’est de dézinguer à tout va sans se préoccuper de dire quelque chose de censé, et avec visiblement pour objectif unique de montrer qu’ils sont de bons défenseurs de la Sainte Parole. C’est en cela que le texte de l’AFP est intéressant : au lieu de centrer son propos sur des critiques rationnelles, il se construit en un texte militant qui se dissimule derrière le masque du « fact-checking ». Et donc il se trouve l’essentiel du temps complètement à côté de la plaque, illustrant une fois de plus la difficulté qu’il y a à discuter normalement sur ces sujets.

L’article de l’AFP commence par réciter fort longuement et fort consciencieusement (zoli dessin à l’appui) le bréviaire du GIEC. Sans doute histoire qu’on comprenne bien que la fin du monde nous guette, ou peut-être pour qu’on n’ait aucun doute sur l’allégeance des journalistes.

Quand on se dit qu’on va enfin en venir pour de bon au texte du blog à critiquer, on commence par se voir infliger une présentation tendancieuse du CV d’Henri, destinée à le discréditer d’emblée par quelques insinuations. (Ils n’ont rien trouvé de solide, ils ont fait ce qu’ils ont pu.)

Première critique précise : l’article du blog aurait faussement indiqué que le GIEC fait des modèles (alors qu’il reprend les résultats de ceux existants). En réalité Roland et Henri écrivent que le GIEC « utilise » des modèles. Il aurait donc fallu dire qu’il « utilise les résultats » des modèles. On mesure la gravité de la faute. Quand on en est d’emblée à ce genre de pinaillage, c’est qu’on a du galérer pour trouver à redire.

Autre critique du même niveau (qui, elle aussi, a mobilisé la bonne parole d’un chercheur interviewé pour l’occasion) : l’emploi du terme « statique » pour qualifier les modèles du GIEC (pardon : des modèles dont le GIEC reprend les résultats). Ce terme serait impropre parce que lesdits modèles « évoluent dans le temps (sic)« . Un bien beau pléonasme comme on les aime, et qui ne veut strictement rien dire en la circonstance, un modèle statique n’étant pas un modèle dans lequel le système modélisé ne change pas.

Pour se défendre de l’accusation de politisation du GIEC, on a ensuite droit à une contre-vérité factuelle de la part du chercheur interrogé, qui affirme que le GIEC est « sans autre mandat ou objectif que de rassembler des preuves examinées et publiées par des pairs sur le changement climatique« . Or le mandat du GIEC est

d’évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation (…)

Il ne s’agit donc pas de « rassembler des preuves sur le changement climatique », mais de comprendre les risques (donc posés comme avérés) liés au changement climatique d’origine humaine (donc excluant les phénomènes naturels). C’est quand même un peu différent…

Critique suivante : Roland et Henri ne sourcent pas leurs données. Sur ce point l’AFP semblait pourtant avoir pris connaissance de la première phrase de l’article, qui précise qu’il s’agit d’une synthèse d’une étude plus complète à venir. Qu’il n’y ait pas tout dans cette synthèse est regrettable pour les impatients, mais il n’y a aucuun sens à reprocher ce genre de choses pour un texte qui annonce quelque chose qui doit venir plus tard.
C’est là une façon typique de faire de la science l’instrument d’une censure : même un texte de blog résumant un travail en cours est considéré comme inacceptable s’il ne suit pas tous les canons de la science institutionnelle. (Une interdiction à géométrie variable, les communiqués de presse alarmistes sur des études qui ne paraissent qu’après coup ne suscitant jamais les hauts cris.)

On passera rapidement sur la réflexion d’un chercheur au CNRS qui indique que « La seule chose qui est correcte dans cet article c’est le nom des auteurs ». Cette blague aussi neuve que celle du fou qui repeint son plafond est au moins l’occasion ici d’indiquer que ma critique du « 2+2=5 » de Roland et Henri s’applique tout autant à l’AFP.

C’est seulement ensuite que l’on commence enfin à entrer dans le fond du sujet. Et même là ils arrivent encore à répondre à côté. En s’engouffrant dans la confusion faite entre irradiance et activité solaire ils s’épargnent d’avoir à répondre sur la seconde ; ils évacuent le lissage proposé en le prétendant arbitraire alors que l’explication des auteurs est détaillée en annexe… Les critiques plus sérieuses, il faut vraiment les attendre. Je pense que l’AFP sait pertinemment que la plupart des gens auront déjà plus ou moins décroché avant, ou du moins qu’ils ne liront pas la suite. (Tel est souvent le destin des articles longs, surtout quand leur difficulté augmente au fil de la lecture.)

Tout dans cet article de l’AFP montre que l’objectif n’était pas de présenter une critique carbocentriste à un texte clmato-réaliste. Il s’agissait de réciter le bréviaire et de faire flèche de tout bois avec quelques éléments sans contenu mais percutants : le cv des auteurs, les critiques de détail qui permettent de convaincre à bon compte un public non averti, une punchline méprisante… La science, elle, n’a pu se faire une place qu’en toute dernière partie. C’est déjà ça, peut-on se dire pour garder un peu d’optimisme. Après tout, un verre vide aux neuf dixièmes est également plein au dixième.

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14 réflexions au sujet de « l’AFP réagit à un article étudiant les effets potentiels de l’activité solaire sur le climat »

  1. Cet article de l’AFP est tellement militant, cerveau-lavé et consternant d’idées éculées qu’il apparaît totalement inutile de chercher à argumenter. A quoi bon perdre son temps à discuter avec des perroquets croyants. Il suffira d’attendre le futur et le réel, par exemple le minimum de Eddy. Le comble c’est qu’ils ne viendront pas s’excuser mais qu’ils seront même capables de dire que le refroidissement sera dû à leur action !! Bien pire, attendons-nous après l’échec du communisme et de la religion climatique à renverser la société capitaliste, leur objectif réel, ils trouveront bien une autre idée catastrophiste pour nous contrôler: une invasion extraterrestre, l’approche d’une comète géante, l’explosion du Yellow Stone, la sécheresse dans le monde, un nouveau virus…. ? Les paris sont ouverts. J’arrête là pour ne pas leur donner des idées…

  2. La vulgarisation scientifique est un des exercices les plus difficiles, hors de portée de chercheurs non expérimentés.
    Le vrai problème est là : des journalistes ignares en sciences s’imaginent aptes à faire des synthèses scientifiques.
    Il suffit alors qu’un domaine récent (30 ans), politisé, utilise sans aucune éthique les médias pour assurer l’avenir de ses financements : tout débat scientifique, toute étude contradictoire deviennent interdits.
    Mais ce n’est plus de la science.
    Comment les climatologues peuvent ils se regarder en face le matin ? Je pense qu’ils sont religieusement convaincus du bien fondé de leur croisade politique ; l’éthique scientifique passe bien après.

    • entièrement d’accord avec vous ; je me souviens d”un ” journaleux” qui avait écrit que les neiges du Kilimandjaro avaient fondu parce que la température au sommet de celui-ci était passée de -7 ° à -5 ° !

  3. Bonjour,
    Le dernier paragraphe de l’article de Benoit résume tout :”Tout dans cet article de l’AFP montre que l’objectif n’était pas de présenter une critique carbocentriste à un texte climato-réaliste. Il s’agissait de réciter le bréviaire et de faire flèche de tout bois…”
    En clair, l’article de l’Agence “Fausse ou Farce” Presse française est vide mais il aurait du être titré : Évangile de l’AGW selon Saint-GIEC Chapitre 1 Verset 1.
    Bien cordialement.

  4. J’ai du mal à comprendre comment la température moyenne de l’atmosphère terrestre de la Terre qui n’est que la mesure de la vitesse moyenne de translation des molécules la composant (selon 1/2 mv2 = 5/2kT) pourrait être réchauffée de plusieurs degrés par l’absorption du rayonnement IR par les molécules de CO2 aux pics de 4,5 et 15µ qui font vibrer les 2 atomes d’oxygène longitudinalement ou en torsion de part et d’autre de l’atome de carbone à l’intérieur de chaque molécule de CO2. Pour que cette énergie de vibration puisse être transférée aux autres molécules de gaz, il faudrait des chocs inélastiques entre molécules qui ne sont possibles que si les molécules sont beaucoup plus distantes les unes des autres qu’elles ne sont dans la basse et moyenne atmosphère ; ceci ne devient possible qu’à des pressions très faibles qu’on ne rencontre qu’à des dizaines de kilomètres d’altitude.

    • J’ai du mal à comprendre comment la température moyenne de l’atmosphère terrestre… …pourrait être réchauffée de plusieurs degrés par l’absorption du rayonnement IR par les molécules de CO2…

      Rassurez-vous, aucun physicien sérieux ne prétend que l’effet de serre consiste à chauffer l’atmosphère grâce aux GES. Les vulgarisations bancales cherchant à justifier la pataphysique giecienne sont à l’origine de cette étrange croyance. L’effet de serre est un mécanisme assez simple, les GES bloquent partiellement le refroidissement radiatif de la surface ce qui provoque une élévation de sa température moyenne. Pour l’atmosphère, c’est l’inverse car les GES sont pratiquement seuls à pouvoir la refroidir. Cas purement théorique, notre atmosphère serait beaucoup plus chaude sans GES, la convection puis la conduction lui assurerait alors une température uniforme proche de la température maximale de surface.

      Dans la troposphère, quelque soit la pression, les chocs assurent que les GES conservent toujours le niveau énergétique correspondant à leur environnement. Le flux de chaleur va donc toujours de la masse atmosphérique chauffée par convection aux GES et des GES à l’espace froid.

  5. La longueur de l’article est stupéfiante. Est-ce le rôle de l’AFP de se livrer à l’exégèse “scientifique” d’un post de blog ?
    Il a été souligné qu’AR6 ne recense sérieusement aucun article sur les modèles solaires. Cet axe de recherche semble tabou.

  6. Bonjour,

    Pouvez-vous indiquer d’où vient la citation du mandat du GIEC ? Je ne la trouve pas.

    Le mandat initial est accessible sur https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2019/06/MOU_between_UNEP_and_WMO_on_IPCC-1989.pdf et ne fait pas apparaitre que le champs des recherches est limité au caractère anthropique du réchauffement climatique (même si de facto, cela se ressent à travers tous leurs écrits puisqu’aucune autre piste n’est sérieusement évaluée).

    En vous remerciant pour votre réponse

    Man0bye

  7. je ne suis pas un scientifique de formation, mais j’essaie de comprendre .
    quelqu’un peut-il répondre à cette question :
    Peut-on accorder quelque crédit à l’ouvrage d’Emmanuel Leroy-Ladurie, historien qui, dans son ouvrage : “Histoire du climat depuis l’an mil” ‘ed. Flammarion 1967), met en évidence l’apparition, du 8ème au 13ème siècle de ce qu’il appelle “l’optimum climatique médiéval” , période qui a connu un réchauffement tel que le vignoble européen était cultivé plus de cinq cent kilomètres au-delà de sa limite septentrionale actuelle, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, phénomène qui disparaitra à partir des années 1350 ? Phénomène qui s’est développé alors même que la production de CO2 par l’industrie humaine était sinon nulle, du molns négligeable!
    N’est-il pas intéressant de constater que cet épisode a été suivi d’un “petit âge glaciaire” entre la fin du 16ème siècle où l’on a vu les glaciers des Alpes descendre de plus en plus bas dans les vallées, jusqu’à un reflux qui a commencé vers 1850?

    • Vidalenc
      Vous pouvez accorder toute confiance à l’ouvrage de E. Leroy-Ladurie, qui est une référence incontestée. Les deux séries d’évènements climatiques que vous mentionnez (optimum climatique, petit âge glaciaire) sont en effet bien connus et très documentés. Les périodes relativement “chaudes” ont aussi été marquées par une prospérité qui a laissé des traces matérielles, comme par exemple les grandes cathédrales.
      Malheureusement de nos jours la science officielle semble avoir oublié ces leçons de l’histoire.
      Bien à vous
      MD

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