Par Arthur Corentin
Début septembre, le magazine INNOVATION News Network présentait un article [1] consacré à l’ouverture de la plus grande usine de capture et de stockage du CO2 en Hollande. A l’origine, cette usine produit de l’ammoniac. Cette production se traduit par un dégagement de CO2. Une nouvelle installation permet de le préparer en vue d’un stockage géologique permanent en mer. Ce projet est conçu pour en capturer et liquéfier jusqu’à 800 000 tonnes par an. Les émissions capturées sont ensuite transportées par bateau vers la Norvège, où l’installation « Northern Lights » les injecte à environ 2 600 mètres sous les fonds marins de la mer du Nord en vue d’un stockage géologique permanent. Les concepteurs espèrent ainsi capter et stocker environ 12 millions de tonnes de CO₂ sur une période de 15 ans. Pour information, à titre de comparaison, rien que sur l’année 2024 la Chine a émis 13,1 milliards de tonnes de CO₂ (30 % des émissions mondiales) soit plus de mille fois plus.
Alors, pourquoi un tel investissement (dont le prix n’est pas mentionné dans l’article) ? Afin tout simplement d’éviter d’avoir à délocaliser cette production hors d’Europe suite au règlement Net-Zero Industry Act (NZIA), dicté par Commission Européenne en juin 2024, qui en plus définit le captage et le stockage de ce gaz comme une option stratégique clef pour l’atteinte de la neutralité carbone à horizon 2050. Ce cadre prévoit ainsi le développement de 50 millions de tonnes de capacité annuelle de stockage géologique de CO₂ au sein de l’Union européenne d’ici 2030, ce qui correspondrait à la production annuelle de CO₂ du Portugal selon le site du Ministère de l’écologie et de la transition énergétique [2].
Et en France, où en est-on ? La chasse aux subventions est ouverte ! Le gouvernement français a lancé en 2024 un appel à manifestation d’intérêt pour identifier les industriels intéressés par le développement d’une chaîne de captage et séquestration du carbone en France dès 2025. 113 manifestations d’intérêt ont été reçues venant d’entreprises souhaitant mettre en œuvre des solutions de captage de leurs émissions, d’autre pour mettre en œuvre des solutions innovantes, des solutions de transport ou proposer leur expertise.
Afin de situer l’impasse voire le désastre économique et scientifique dans laquelle l’Europe s’engouffre et dont Samuel Furfari s’est déjà fait l’écho dans un article du 25 aout 2026 [3], il est bon de rappeler quelques chiffres sur les émissions annuelles de différents pays. Le graphique suivant issu du site Our World in Data en fait un résumé très parlant. En France, au Royaume uni et en Allemagne les émissions sont faibles et déjà en décroissance, alors que pour la Chine elles suivent une croissance exponentielle depuis les années 50.

Pour enfoncer le clou, selon le Global Energy Monitor [4], la Chine compte presque 50 % des centrales à charbon actives dans le monde, avec 3269 centrales sur 6559. 354 sont en construction. 430 sont à un stade compris entre l’annonce et le permis accordé. 80 % des centrales charbon chinoises ont moins de 20 ans et depuis les accords de Paris, la Chine a augmenté sa puissance-charbon de 35 %, pendant que l’Europe cherche à enterrer ses misérables émissions ! Dans ce bond en avant, la Chine n’est pas seule. L’inde, l’Indonésie, le Vietnam font de même, toute proportion gardée.
Pour tenter de cacher ce désastre (vu d’Europe), des articles de presse sortent régulièrement pour vanter la capacité solaire installée en Chine, qui dépasserait celle des centrales au charbon, ou la croissance fulgurante des installations d’énergies renouvelables, tandis que la part du charbon dans le mix énergétique diminuerait légèrement ces dernières années. S’il est vrai que les puissances d’EnR installées ont augmenté de façon remarquable, les chiffres des 12 derniers mois concernant la production d’électricité restent sans appel : charbon 53,7 %, éolien 10,6 %, solaire 6 %, solaire autoconsommé 5,8 % [5]. La Chine (dont le régime dictatorial ne peut être que dénoncé) investi pour son avenir économique et le bien-être matériel de ses habitants quand l’Europe, qui pensait devenir une puissance en axant ses actions sur le climat comme le souligne Samuel Furfari dans son dernier article [7], investi dans l’utopie de la décarbonation pour le profit de quelques lobbys, au mépris de ses citoyens contribuables. Les Etats-Unis, que l’on pense orientés uniquement vers le pétrole et les gaz de schiste, ont récemment alloué 99 millions de Dollars pour financer des projets innovant d’exploitation de la géothermie [6]. Leur savoir-faire en termes de forage et d’exploitation du sous-sol est probablement mis à profit.
Avec ces chiffres, les directives européennes que nous sommes sommés de suivre et les investissements qui en découlent, on comprend un peu mieux pourquoi tout débat concernant l’origine du réchauffement et notre avenir énergétique est interdit sur les chaînes de télé et les radios de grande écoute. L’Europe et son meilleur élève, la France, joue donc les Tartuffes. Cependant, cacher la réalité ou refuser de la voir n’est jamais une bonne chose car celle-ci fini toujours par nous rattraper. Espérons qu’elle nous rattrape avant qu’il ne soit trop tard !
Références :
[3] – https://www.climato-realistes.fr/le-masochisme-industriel-de-leurope-verte/
[4] – https://globalenergymonitor.org/projects/global-coal-plant-tracker?popup=2628
[5] – https://lowcarbonpower.org/fr/region/R%C3%A9publique_Populaire_de_Chine
[6] – https://www.innovationnewsnetwork.com/21-geothermal-energy-projects-receive-99m-us-funding/74166/
