Au sommet sur l’avenir du Pôle Nord, Ségolène Royal ambassadrice chargée des Pôles répand de fausses nouvelles

Ségolène Royal, ambassadrice chargée des Pôles, s’est rendue le week-end dernier (20 et 21 octobre) en Islande à l’Artic Circle de Reykjavik, un sommet annuel étudiant l’avenir du Pôle Nord confronté au réchauffement climatique. Dans  un discours, rapporté par lefigaro.fr, Madame Royal a déclaré :

« le jour où on a vu des ours faméliques dériver sur des morceaux détachés de la banquise, alors l’opinion publique mondiale a commencé à réagir ».

 Il est pour le moins regrettable, pour ne pas dire scandaleux, que des personnalités politiques continuent de véhiculer ce qu’il est convenu dorénavant d’appeler des fake news.

D’abord, Madame Royal mélange deux photos, l’une où un ours polaire en parfaite santé se laisse dériver sur un morceau de glace, l’autre où l’on voit effectivement un ours famélique se déplacer sur la terre ferme. Dans les deux cas, les légendes qui avait accompagné cette photo étaient fausses comme l’avait déjà relaté cet article. Dans la première, il était indiqué que l’ours, perché sur son morceau de glace, allait vers une mort certaine. Cette photo émane d’un rapport publié en 2005 par l’IUCN, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, qui indiquait que 30% de la population des ours polaires disparaîtrait dans les 35 à 50 ans à venir. En réalité, il s’agit d’une technique de pêche. L’ours polaire n’a en effet aucune chance d’attraper un phoque dans l’eau, donc il attend sur son glaçon que les phoques remontent pour se reposer. Et ainsi les attraper plus facilement, avant de rentrer sur la banquise ou la terre ferme. Les ours polaires sont en effet d’excellents nageurs et sont même considérés par certains spécialistes comme des animaux semi-aquatique : ils peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres à la nage.

Une précision : comme l’indique cet article, les ours blancs se portent fort bien. Le PBSG (Polar Bear Specialist Group) estime leur nombre entre 20 000 et 25 000 (données 2005). Ce nombre semble relativement stable, le dernier recensement de 1999 donnait une évaluation semblable. La biologiste Susan Crockford estime que le nombre d’ours polaire est sous-évalué : elle va même jusqu’à affirmer qu’ils  sont plus nombreux aujourd’hui qu’il y a 40 ans.

La seconde image est pire encore : la photo (ainsi qu’un film) a été prise par le photographe Paul Nicklen pour le compte de la célèbre revue National Geographic, qui a notamment « posté » le film sur You Tube avec ce titre « voilà à quoi ressemble le changement climatique ». Problème, quelques mois plus tard, de nombreux éthologues (spécialistes  du comportement animal) se sont émus, expliquant que l’ours malade pouvait l’être pour tout un tas de raisons comme une mâchoire brisée, un virus, une plaie à la patte, mais ne pouvait être victime du réchauffement climatique, car aucun autre ours n’avait été découvert dans un cet état dans les environs. Paul Niklen a d’ailleurs reconnu dans une interview au Washington Post qu’il n’avait pas la preuve que l’animal était victime du réchauffement. De son côté, National Geographic s’est certes excusé : « nous avons été trop loin en faisant un lien définitif entre le changement climatique et le cas d’un ours en train de mourir », mais à contrecœur car la revue précise que « la photo a sans doute fait plus pour la sensibilisation au réchauffement climatique qu’aucun autre reportage [1] ». Une déclaration reprise presque mot pour mot et à son compte par Mme Royal.

Ce n’est pas malheureusement pas tout. Madame l’ambassadrice des Pôles a rappelé qu’un porte-conteneur avait emprunté la voie maritime du Pôle Nord cet été, preuve selon elle de la fonte des glaces. Et d’expliquer que le chemin était 4 500 km plus court que la route classique et que cela économisait du carburant. Madame Royal ne précise malheureusement pas que le navire était dans les traces d’un brise-glace russe (certes à propulsion nucléaire). Pour une raison simple : la banquise a beaucoup moins diminué en 2018 que lors des années précédentes se classant devant 2016, 2012 et 2012, ex aequo avec les années 2017, 2015 et 2011 qui sont indiscernables (selon les données fournies par le National Snow  & Ice data center).


[1] https://www.nationalgeographic.com/adventure/features/adventurers-of-the-year/2018/cristina-mittermeier-paul-nicklen-photographers-scientists/

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