Haro sur les ruminants

Par Henri Voron, diplômé d’agronomie, ingénieur en chef du génie rural, des eaux et des forets.

La mouvance écologique contre les ruminants

Par les temps présents, on assiste à un incroyable « ruminant-bashing » pour employer ce néologisme franco-anglais. Tout y passe. La viande rouge est cancérogène, les ruminants consomment trop d’eau, trop d’espaces, et surtout, crime suprême, leurs flatulences seraient composées de méthane, un « puissant » gaz à effet de serre.

A contrario, les viandes blanches, porcs ; volailles et œufs auraient toutes les vertus ! Alors qu’ils ne mangent que des aliments concentrés, à base d’amidon ! Donc des produits issus de l’agriculture intensive, tant décriée également. Ceci par opposition à des ruminants qui, pour certains, passent 100 % de l’année dans des prairies naturelles, en France ! Et dont presque 100 % de la nourriture sera de l’herbe verte de nos paysages.

En toute bonne logique, la mouvance écologique devrait chanter le caractère assez naturel de l’élevage de tous les ruminants et dénoncer pour telle ou telle raison la viande blanche forcément industrielle.

Un des « exploits » de l’évolution darwinienne : la digestion de la cellulose par les ruminants[1]

La cellulose est la biomasse naturelle dont la production annuelle mondiale est la plus élevée : au moins 100 milliards de tonnes ! Elle est le constituant principal de toutes les herbes, de l’immense famille des graminées, présente sous tous les climats et tous les continents. A titre d’exemple, cette famille comprend toutes les céréales, blé, maïs, orge, etc. ainsi que toutes les variétés d’herbe courantes sauvages des prés en France métropolitaine : avoine sauvage, fétuque, ivraie, dactyle, paturin, etc…aussi bien en plaine qu’en altitude, en prairies grasses ou en zones pierreuses, montagneuses, sous climat sec ou très humide. Dans la France tropicale, la canne à sucre est aussi une graminée, très productive sous l’effet de la chaleur et de la pluviométrie abondante.

La cellulose est un glucide constitué d’une longue chaîne linéaire de molécules de glucose[2], entre 15 et 15 000 molécules. Le glucose est un sucre en C6 de formule brute C6H12O6. Cette longueur lui donne une bonne rigidité, assurant ainsi leur tenue verticale de toutes les graminées du monde. Elle constitue leur squelette, si l’on peut dire. Et cette molécule est totalement indigeste pour tous les Vertébrés de la création, à savoir poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères ! Qui ne secrètent aucun enzyme susceptible de la digérer [3]

Pas d’enzyme digestif donc pour la cellulose chez la vache, le mouton, la brebis, etc… qui ne mangent que de l’herbe, composée essentiellement de cellulose ! Comment s’explique ce « mystère » ? Par un dispositif tout à fait étonnant, créé par l’évolution darwinienne. En amont de leur « vrai estomac », la caillette,  tous les ruminants disposent de trois autres « estomacs » en amont : le rumen, le réseau et le feuillet. La caillette est le quatrième et véritable estomac, sécrétant des enzymes digestifs. Avec leurs quatre estomacs, on dit que les ruminants sont polygastriques, par opposition aux monogastriques que sont les porcs, les équidés, les oiseaux, etc…

Le rumen des ruminants : décryptage

Le rumenest de loin le plus volumineux des pré-estomacs soit un volume de 100 litres environ chez un bovin adulte pesant de 500 kg. Il présente toutes les caractéristiques essentielles d’un “fermenteur » ou « digesteur » anaérobie.

Les conditions ambiantes de cette fermentation anaérobie sont définies par un milieu riche en eau (85 à 90%), un apport régulier de nutrimentsfournis à la fois par l’ingestion des aliments et par la rumination, ainsi que par le recyclage de l’urée, un pH légèrement acide (6,4 à 7,0), une élimination continuedes produits terminaux de la digestion microbienne vers l’intestin. Et surtout des échanges permanents à travers la paroi du rumen, dont de nombreux nutriments qui passent directement dans le sang. Ces conditions sont propices au développement d’une population de micro-organismes, caractérisée par sa variété et sa densité. On y trouve une population de bactéries, essentiellement des bactéries anaérobiesstrictes, qui constituent plus de la moitié de la biomasse microbienne totale. Soit 10 milliards d’individus par millilitres, ou 10 000 milliards par litre…

Les produits terminaux de la fermentation cellulosique sont desacides gras volatils (A. G. V.)[4]Ils constituent la principale source d’énergie pour le ruminant, à savoir 70 à 80% de l’énergie totale absorbée. Ils vont permettre à l’organisme de la vache de synthétiser glucides et lipides.Issus de la fermentation anaérobie dans le rumen, ces nutriments fondamentaux pour la vie et la production du ruminant, sont absorbés directement dans le sang à travers la paroi du rumen. Et non dans l’intestin. Ainsi, le système digestif « normal » des ruminants, après le rumen, est totalement court-circuité. Ce qui favorise la mise à disposition rapide de ces nutriments dans tout leur corps. Leur performance digestive est donc exceptionnelle. Les nutriments passent directement de l’herbe au sang.

Les matières azotées, protéiques ou non, ingérées par le ruminant, sont soumises également à l’action protéolytique des microbes du rumen (bactéries, protozoaires et champignons). A partir de tous ces produits azotées, la vache pourra produite des protéines, notamment la caséine du lait. Le rumen digère donc aussi très bien les protéines contenues dans l’herbe. Ou bien celles qui sont apportées sous forme d’aliments concentrés.

Les besoins quantitatifs d’une vache laitière produisant 15 litres de lait par jour[5]

La bonne herbe d’une bonne prairie, d’une région à vocation laitière de France comme la Bretagne ou la Normandie suffit à fournir 100 % de tous les besoins d’une ? produisant 15 litres par jour… En glucides, protéines et lipides ! Manque à la recette gastronomique de la vache une pincée de sel, qu’elle trouvera sous forme d’un bloc à lécher. De l’herbe broutée, puis ruminée, puis digérée directement sans intervention humaine lourde, si ce n’est la traite.

Au-delà des 15 litres de lait par jour, une alimentation complémentaire est nécessaire sous forme de luzerne, ou de concentrés alimentaires à base de maïs, de tourteaux ou autres. Des rendements en lait de 10 000 litres de lait par lactation de 10 mois, voire plus, sont alors possibles, grâce à la riche alimentation et à une sélection qui a conservé tous les gènes laitiers en fonction des performances laitières des animaux depuis vingt, ou trente générations.

Les besoins quantitatifs des races à viande comme le Charolais ou le Limousin.

L’éleveur laisse faire la nature toute seule ou presque. Le vêlage se fait librement. Le veau boit le lait de sa mère tant qu’elle en a, c’est-à-dire assez peu, puis il passe à l’herbe, entre trois et six mois. Au bout de deux ou trois ans passés, presque exclusivement dans son pré, le taurillon pèse 500 kg et est bon pour l’abattoir. Sa consommation d’aliments concentrés a été nulle ou très réduite. Un supplément de foin ou autre est parfois nécessaire en plein hiver. La « consommation » d’eau a été nulle, puisque c’est la pluie qui a fait pousser l’herbe.

Ce modèle extensif est général dans le monde, dans tous les pays où la prairie domine. Dans le Far West avec ses vachers, pardon, ses cowboys. En Amérique latine, Brésil et Argentine, dans tout le continent africain, en Inde, dans les semi-déserts asiatiques, etc… Le même modèle vaut également pour les petits ruminants comme les chèvres et les moutons, espèces très rustiques, valorisant également des broussailles comme les ronces, ou autres, dans des reliefs pentus, caillouteux, inaccessibles. La chèvre transforme en lait et viande les rares ressources végétales, souvent inaccessibles par l’homme, des paysages les plus ingrats du monde.

Les civilisations de la vache et du mouton

Peut-on imaginer une France où l’on aurait interdit l’élevage des ruminants ? Cela signifierait la disparition des 10 millions d’hectares de prairie qui font la beauté de ses paysages. Et son bonheur dans le pré. Que diraient les savoyards, les valaisans ou les éleveurs du canton des Grisons sans leurs vaches ? Et des citoyens qui n’auraient ni lait au petit déjeuner, ni beurre, ni fromage, ni crème. Ni viande bovine. Ni gigot d’agneau.

Comment oser vouloir la disparition des civilisations « bovines » de centaines d’ethnies du continent africain dont la vie, les coutumes, la passion, la vision du monde tournent exclusivement autour de l’élevage des ruminants. Peuhls, Touaregs et leurs chameaux, innombrables ethnies d’Ethiopie, du Soudan, Masaïs du Kenya et de Tanzanie, Yaks des Tibétains, buffles des civilisations du riz, etc. Sans parler des argentins ou brésiliens de la pampa. Des civilisations qui ont fait des bovins leur dieu. Bœuf apis des Egyptiens, veau d’or des Hébreux, vaches sacrées en Inde, tauromachie en Crête sous la civilisation minoenne, etc. Et comment imaginer une France sans ses 400 fromages ?

Pendant des millénaires, la richesse des uns et des autres était mesurée par le nombre de têtes de bétail. La tête, capita en latin, qui a donné capital, par dérivation. Et son impôt de « capitation » par tête d’homme ! Donc, sans bétail, l’humanité n’aurait plus de capital ! Ce serait un paradis ou un enfer, selon le dieu que l’on sert ou le penseur politique auquel on se réfère. Bref, depuis la révolution néolithique les ruminants auront fourni aux hommes, à partir de végétaux pauvres et immangeables par d’autres, de la force physique, donc du travail pour le transport et les façons culturales, de la viande, du lait et ses produits dérivés et de la laine dans le cas des moutons. Cette laine qui a habillé des milliards d’hommes et de femmes au cours des siècles, le lin ou la soie étant réservés aux riches ou aux très riches, dans tous les pays où le coton ne pousse pas.

L’imposture de la consommation en eau des ruminants

Les chiffres les plus délirants circulent ici ou là pour estimer combien il « faut » de litres d’eau pour faire un kilo de bifteck. 15 000 litres, 700 litres, 50 litres ou 700 grammes. Pour situer les ordres de grandeur du raisonnement, rappelons qu’un Européen utilise en moyenne 150 litres d’eau par jour, soit 50 m3 par an. « Utilise » donc, et non pas « consomme » car un être humain pas plus qu’un animal ne « consomme » de l’eau. Car H2O est une molécule indestructible. Il en est a fortiori de même des bovins et notamment des races à viande, qu’elles soient charolaises ou limousines, le plus souvent élevées de manière extensive. La prairie reçoit la pluie qui vient du ciel. Si le veau se nourrit du lait de sa mère, l’adulte mâle ou femelle consomme exclusivement de l’herbe, jusqu’à 80 kilos par jour, herbe qui peut contenir jusqu’à 80 % d’eau. Par ce biais, la vache trouve effectivement 64 litres d’eau par jour dans son alimentation courante, en outre, dans chaque pâturage, un point d’eau va lui permettre de boire (mare naturelle, abreuvoir alimenté par l’éleveur avec un camion-citerne, ou autre), mais la quasi-totalité de l’eau ainsi « consommée » est rendue immédiatement et sur place au milieu naturel par les urines et les déjections.

L’eau de pluie qui avait servi à la pousse de l’herbe est certes passée par l’animal, mais elle revient dans le pré et ce « mini cycle » local ne change rien au niveau du bassin versant. Il n’impacte pas son débit. Il n’a absolument aucun impact sur la ressource en eau. Le pourcentage d’eau de pluie qu’on retrouve dans les rivières ou dans les aquifères, est inchangé, qu’il y ait des vaches dans les prés ou qu’il n’y en ait pas.

Pour les pays plus secs, notamment ceux de la bande sahélienne, la pluviométrie varie de 100 à 500 mm par an et est concentrée sur la courte saison de juin à septembre. N’y a-t-il pas alors concurrence entre l’homme et l’animal ? L’herbe, d’abord verte, sèche sur pied ; mais les ruminants se nourrissent principalement de cellulose et mangent indifféremment les végétaux cellulosiques verts ou secs. Un fétu de paille de cinq ans est un régal pour une chèvre ou un mouton. C’est l’eau d’un forage, d’une source, ou d’une oasis qui va abreuver ces ruminants extensifs : bovins mais aussi ovins, caprins, chameaux… Les gros ruminants boivent jusqu’à cinquante litres d’eau par jour, les petits ruminants une dizaine de litres. Eux aussi vont rendre au milieu naturel 100 % de l’eau, bue ici ou là. Les urines pourront faire repousser l’herbe par endroits en apportant un peu d’azote (l’urée). Il n’y a, en la matière, aucune concurrence pour l’eau entre l’homme et l’animal, bien au contraire car l’animal permet à l’homme de vivre dans ces écosystèmes fragiles : l’élevage optimise l’usage de la ressource en eau. La viande, la laine, le lait, voire le sang de ces animaux permettent aux hommes de se nourrir toute l’année, de se vêtir et de traverser la saison sèche.

Combien de jeunes urbains savent-ils que, pour trouver le lait de petit déjeuner, une vache a donnée naissance à un veau après une gestation de neuf mois, et que sa mère a pu le nourrir car elle a brouté et ruminé de l’herbe, ceci sans aucune « consommation » d’eau ? Quant aux 700 grammes d’eau contenus dans notre kilo de viande, lui aussi, en passant par nous, il retournera d’une façon ou d’une autre dans la nature, ils n’auront pas été « consommés » !

Et les ruminants sauvages ?

Enfin, si ce raisonnement avait un quelconque fondement, il faudrait aussi s’intéresser aux ruminants sauvages[6] dont la « water footprint[7] » (l’empreinte hydrique) est, avec ce type de raisonnement, calamiteuse. En plaine des pays tempérés, vivent les cervidés grands ou petits : les cerfs, les chevreuils, les daims ; en montagne, les chamois, les isards, les mouflons et les bouquetins. En savanes tropicales pâturent des millions de gnous, d’antilopes, de gazelles, suivis les élans, les buffles, les girafes, ruminants elles aussi. En remontant vers le Nord, on doit ajouter d’autres ruminants : les bisons, les caribous, les élans, les orignaux, les rennes, les bœufs musqués et, pour faire bonne mesure, les yaks tibétains et les chameaux des steppes asiatiques. Sans oublier les lamas et alpagas des Andes. Va-t-on-les éliminer parce qu’il leur « faudrait » de 1 000 litres à plus de 10 000 litres d’eau pour « produire » un kilo de ces proies futures pour alimenter uniquement leurs prédateurs ? On attend qu’un écologiste suggère l’extermination de tout ou partie des ruminants sauvages de la planète, pour faire des « économies d’eau » et surtout, pour que cesse la prétendue production massive de méthane par les ruminants sauvages, qui seraient désastreuse en matière « d’effet de serre » !

Le rôle de la production de méthane par les ruminants, sur le climat : info ou intox ?

Le méthane est très peu abondant l’atmosphère. Son unité de mesure est la partie par milliard, soit une molécule de méthane pour un milliard de molécules d’azote, oxygène, argon, etc…soit 0,0001%. Il est donc évident que cette très faible teneur en méthane de l’atmosphère puisse jouer un rôle important.[8] Même si son « pouvoir réchauffant », une notion controversée, serait plus important que celui du dioxyde de carbone CO2, mille fois plus abondant.

Quant aux causes de la présence du méthane dans l’air, il est d’abord naturel, car il existe un peu partout des fuites « naturelles » de ce gaz « naturel » qu’est le méthane. Y compris au fond des océans. Par ailleurs, l’exploitation massive de ce gaz dans le monde entier multiplie obligatoirement les fuites anthropiques de ce combustible fossile. En allumant votre gazinière, s’il vous faut une seconde allumette, vous avez rejeté du méthane dans l’air. En février 2022, des observations satellitaires ont montré de gigantesques gaspillages de ce gaz, liés à son exploitation et à son transport, un peu partout dans le monde. Enfin et surtout, il n’est pas stable dans un air formant un milieu chimiquement très oxydant, car il contient 20 % d’oxygène. Le principal « puits à CH4 » est le radical hydroxyle OH-• contenu dans l’atmosphère, car il contribue à 90 % de la disparition de CH4[9]. Contrairement au CO2, il ne s’agit pas d’un « puits » de stockage provisoire, mais bien d’une destruction totale de la molécule de CH4. Qui libère des ions H+, s’unissant au radical OH-• pour donner de l’eau. Enfin, pour corser le tout, les mesures de CH4 à l’observatoire du Mona Loa en Hawaï, montrent une stabilisation des teneurs en méthane depuis une vingtaine d’années ![10]

Retour sur l’élevage bovin en France : production et consommation française

Sully disait déjà sous Henri IV « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». Près de 500 après, cette vérité n’a rien perdu de sa pertinence ! Le pâturage des près par les ruminants reste l’une des deux grandes mamelles de la France. Et de ses paysages. Et de sa gastronomie. Et de son art de vivre. Tout cela mis à mal par une mouvance écologiste qui influence Etats et Union Européenne, qui prennent des décisions à la fois graves et infondées.

Quelques chiffres pour donner un panorama les seules productions de lait et de viande bovine : La population bovine française compte un total de 19 millions de têtes. Les vaches en production (c’est-à-dire les femelles de plus de deux ans) représentent 7,7 millions de têtes réparties comme suit :

– 4,2 millions de vaches à viande, dont le lait est bu directement par le veau. Principalement de race charolaise et limousine.  

 – 3,5 millions de vaches laitières, principalement de race Prim’Holstein de robe pie noire et blanche, réparties dans 90 000 exploitations soit une moyenne 40 à 50 vaches par unité de production. La France est ainsi le deuxième pays producteur de lait en Europe après l’Allemagne, avec 25 millions de tonnes de lait par an. Le français moyen consomme environ 1 litre de lait par jour.

Par ailleurs, les Français consomment 26 kg de viande bovine par an, loin devant la moyenne européenne, qui s’établit à 17,5 kg. Partout en Europe, la tendance est, à une baisse légère mais continue de la consommation de viande bovine.


[1] Selon la grande encyclopédie Larousse, les ruminants domestiques comprendraient : 1 milliard 400 millions de bovins, un milliard 500 millions d’ovins, 430 millions de caprins, 140 millions de buffles et 15millions de chameaux.

[2] Le glucose produit dans la biosphère provient essentiellement de la photosynthèse réalisée par les plantes. Ce processus convertit l’eau et le CO2 en glucose sous l’effet de l’énergie lumineuse. Le glucose n’est généralement pas libre dans les cellules mais on le trouve sous forme de polymères, à savoir deux sucres en C6, tels que le lactose (glucose–galactose) du lait de vache, le saccharose (glucose–fructose) de la canne à sucre et de la betterave sucrière. Le saccharose, c’est le sucre commun, qu’on met dans son café ou ailleurs.

[3] Dit en termes plus savants : les vertébrés ont tous des « amylases » à savoir une enzyme ou diastase digérant l’amidon, mais aucun ne dispose de « cellulase ». En revanche de nombreux insectes digèrent très bien la cellulose.  

[4] Les acides gras volatils sont : l’acide acétique, en C2, présent dans le vinaigre de formule CH3-CO-OH, l’acide propionique en C3 de formule CH3-CH2-CO-OH et l’acide butyrique en C4, proche du beurre, de formule CH3-CH2-CH2-CO-OH

[5] Ce qui représente environ 3 000 litres de lait pour une lactation de 10 mois. Avant la naissance du prochain veau.

[6] On ne dispose d’aucun chiffre donnant précisément, globalement ou espèce par espèce le nombre de ruminants sauvages, ni leur nécessaire besoin en de l’eau (utilisée mais non « consommée », bien entendu), ni leur production de méthane (comme l’affirme Wikipédia pour ce dernier point). Sur une biomasse totale de 100 %, les ruminants d’élevage représenteraient 60 % et les ruminants sauvages 40 %. Source Wikipédia.

[7] En traduction de l’anglais, stricto sensu, « la trace de pas de l’eau », en général traduit (mal ?) par empreinte (écologique) hydraulique. En français, l’empreinte, c’est celle des doigts ou des pieds, c’est l’empreinte digitale. Passons.

[8] Une nouvelle loi en Irlande du Nord fixe un objectif de zéro émission nette d’ici 2050, et la BBC rapporte que la législation comprend une proposition de réduction de 46 % des émissions de méthane. The Guardian a récemment rapporté :« L’Irlande du Nord devra perdre plus d’un million de moutons et de bovins pour atteindre ses nouveaux objectifs légalement contraignants en matière d’émissions climatiques. « Plus précisément, quelque 500 000 bovins et environ 700 000 ovins devraient « être perdus pour que l’Irlande du Nord puisse atteindre les nouveaux objectifs climatiques ». Source : article de Contrepoints du 13 mai 2022

[9] L’oxydation du méthane atmosphérique en fait disparaitre environ 515 Mt/an. Source Wikipédia.

[10] Source : Wikipédia.

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19 réflexions au sujet de « Haro sur les ruminants »

  1. Remise au point fortement interessante. Merci.

    Quelques précisions svp sur le dernier chapitre car j’ai du mal synthétiser :
    19 million de bovins et 7,7 millions de vaches laitières et allaitantes. Que sont les 10,3 millions d’autres ??

    Aussi juste une petite précision que vous avez omise : les soit-disant flatulences, sont en fat des eructations 😉

    Merci bien

    • Les autres sont des juvéniles élevés pour devenir des vaches laitières ou allaitantes ou pour être mangés sous forme de veaux ou de taurillons .

      « À peine le temps d’apprendre, il est déjà trop tard ! »

      Très bel article, bien documenté, merci

    • Bonjour Joprchacabri, bonjour à tous

      J’ai donné les chiffres les plus récents concernant l’hexagone. La France compte 19 millions de bovins dont 7,7 millions de vaches laitières et allaitantes.

      Un lecteur du site ACR me demande, à juste titre ; « Que sont les 10,3 millions d’autres ? ». C’est une bonne question. La nécessaire brièveté de mon papier, exigée par Marie-France SUIVRE m’a empêché d’aller plus loin dans le détail.

      Réponse

      Tous les troupeaux du monde ont une structure dans laquelle les vaches en production laitière représentent environ 40 % du total. Ce qui est le cas de la France : 7,7/19 = 40,5 % .

      1°) La carrière d’une vache

      A peu près tous les troupeaux de bovins du monde comporte environ 40 % de vaches laitières. Donc toutes vaches ayant déjà mis bas pour un premier veau. Et qui continuent normalement à donner naissance à un veau par an, jusqu’à leur réforme, entre 10 et 12 ans.

      Les jeunes génisses sont mises au taureau ou à l’insémination entre 18 mois et deux ans, et la gestation est de neuf mois. Donc une vache laitière commence sa carrière entre deux ans et demi et trois ans. Ceci s’applique aussi bien aux vaches « laitières », c’est-à-dire traites pour leur production de lait, ou pour les vaches dites « allaitantes » qui laissent leurs veaux boire tout leur lait. C’est le cas dans tous les élevages extensifs, dont l’objectif est la production de viande et seulement de viande. Attention à ne pas faire de confusion entre vache « laitière », qui fait du lait pour le marché, et la vache « allaitante », sous-entendu dont tout le lait est exploité par son veau.

      Rappelons une évidence que trop « d’urbains » ignorent. La production de lait est liée à la naissance d’un veau. Chez les vaches laitières, la durée de la lactation après naissance du veau est de 10 mois ou 300 jours environ. C’est plus court chez les vaches « allaitantes » car le veau se sèvre tout seul à six mois environ. En revanche, les deux catégories de vaches mettent bas environ un veau par an, ce qui suppose une monte naturelle ou une insémination très exactement trois mois après une mise bas.

      Au cours de sa carrière, la vache aura donc donné entre huit et dix veaux,, qui se répartissent statistiquement entre quatre ou cinq veaux mâles et quatre ou cinq velles ou veaux femelles, ou génisses. En fin de carrière, la vache deviendra du « bœuf » chez votre boucher. D’où il ressort que la viande bovine est très largement un sous-produit du lait.

      2°) La gestion du renouvellement des femelles

      Comme indiqué ci-dessus, il faut entre deux ans et demi et trois ans pour qu’une jeune génisse puisse vêler pour la première fois et donc commence à donner du lait. Ce qui suppose, en « allaitantes » comme en « laitières », trois génisses pour dix vaches en production, et ceci en permanence.
      Dans la pratique, presque toutes les génisses sont conservées pour renouveler le troupeau. Ceci pour tenir compte des accidents, mortalités, ou infertilités ou maladies de vaches adultes. Il vaut donc mieux avoir top de génisses que pas assez. Or une vache ne laisse qu’une descendance de trois ou quatre génisses….
      Bref, les génisses, de quelques jours à trois ans représentent presque la moitié du troupeau de vaches « actives ». Donc il faut toujours 4°avoir une génisse « d’avance » pour deux laitières.

      3°) La gestion des mâles

      A l’exception des taureaux reproducteurs, dans les centres d’insémination ou dans les exploitations en monte libre dans les troupeaux extensifs, dont les effectifs, sont très faibles, leur carrière est variable et beaucoup plus courte.

      Le mâle atteint son poids maximum (entre 500 et 700 kg) vers trois ans. Mais on peut l’abattre avant pour la production de viande de veau.

      Plusieurs cas se présentent donc.

      En élevage laitier « pur » les veaux sont gênants, ils boivent le précieux lait et on ne sait pas trop ou les mettre… donc ils partent vers diverses destinations : les éleveurs spécialisés dans le veau « blanc » qui leurs donnent des substituts végétaux du lait. Ceci jusqu’à six mois environ. De nombreux veaux partent vers l’Italie, qui manque de viande, et où ils seront poussés jusqu’à 3 ans et donc 500 kg ou plus. Bref, en élevages laitiers « purs », les veaux mâles dégagent très vite. Entre le lait et le veau, il faut choisir, ce n’est pas le même métier.

      C’est très différent en élevage extensif. Les veaux et les génisses sont tous gardés. Les veaux sont poussés jusqu’à 3 ans et 500 à 700 kg. Idem pour les femelles, dont une partie servira à renouveler le troupeau, exactement comme pour les laitières.
      Les pâturages seront séparés pour mâles et femelles, pour éviter des reproductions indésirables, trop précoces, ou autres. Les autres partiront en boucherie, vers 3 ans également. Ou vendues à d’autres éleveurs extensifs, souhaitant agrandir leur cheptel.

      4°) Conclusion

      Sans pouvoir donner tout le détail de la structure du troupeau de la maison « France » dans toutes les classes de prix et d’âges, il ressort de la nécessité biologique de la reproduction chez les bovins que ce dernier comprend environ 40 % de vaches laitières, vraies laitières ou « allaitantes » et 60 % d’autres bovins.
      Ceci est une constante qu’on observe à peu près dans le monde entier.

  2. Merci pour toutes ces données très intéressantes, malheureusement inaudibles pour les fanatiques anti tout.
    Il faut dire aux bobos citadins que sans élevage il n’y aurait sans doute pas de pistes de ski, ce qui serait tout de même ennuyeux pour tous ces hypocrites bien décidés à sauver le climat à condition que ça n’empiète pas sur leurs loisirs.
    Je fais beaucoup de vélo, aussi bien en plaine qu’en montagne, et la vue des vaches me met en joie, j’ai parfois l’impression qu’elles m’encouragent…

  3. Il me semble que les approximations et affabulations dans le domaine des émissions de gaz “dits” à effet de serre sont hallucinantes. Voir par exemple cet article récent : https://www.connaissancedesenergies.org/methane-les-emissions-des-mines-de-charbon-allemandes-184-fois-superieures-aux-estimations-240426

    Pour ce qui est du méthane dégagé par les ruminants, je vais régulièrement sur Copernicus https://atmosphere.copernicus.eu/charts/packages/cams/products/methane-forecasts?base_time=202405080000&layer_name=composition_ch4_totalcolumn&projection=classical_europe&valid_time=202405080300
    et quelque chose m’a frappé.
    Si on prend les régions de France où l’élevage bovin est le plus répandu, globalement surtout le nord ouest de la France, et plus modestement le nord est et l’Auvergne, on devrait y voir une permanence des émissions de méthane au sol du moins dans la mesure où les bovins en sont les grands responsables.
    Or dans les périodes sèches, par exemple la sécheresse 2023, ces régions n’émettent plus de méthane. Les vaches partent-elles massivement en vacances dans d’autres régions d’Europe où les émissions de méthane s’élèvent parfois brusquement ?
    Je pense que les vaches ont bon dos et que les émissions de méthane proviennent essentiellement des sols humides dans des conditions météorologiques chaudes ou douces. Voir par exemple les émissions de méthane dans les zones de rizières d’Asie, va t’on interdire la culture du riz ?

    Pour ce qui est des troupeaux bovins en France, ces cartes des émissions de méthane mériteraient une étude par quelqu’un de plus qualifié que moi, je ne suis pas dans mes domaines de prédilection mais j’ai voulu soulever une interrogation.

    Dans tous les cas, sans engrais, que ceux ci soient d’origine animale (le fumier s’analyse aussi en NPK et minéraux, c’est aussi de la chimie ! ) ou produits par l’industrie chimique, l’agriculture retombera à des niveaux de rendements pitoyables.
    Et les assolements complexes dont certains prétendent qu’ils peuvent suffire en l’absence d’engrais, ont une efficacité limitée, il faut arrêter de rêver. En outre si on veut varier considérablement ses cultures, il faut faire des investissements coûteux en terme d’équipements en machines ou disposer à proximité de son exploitation d’entreprises de travaux agricoles pour externaliser certaines opérations.
    Dans le domaine agricole, on constate tous les jours que les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

  4. @hbsc xris
    J’avais pu consulter une autre carte, mondiale celle là, qui montrait de très fortes concentrations de méthane en Asie. J’ai su par la suite que les rizières sont de très grosses productrices de méthane. Mais nos écolos préfèrent focaliser sur les ruminants européens plutôt que sur le riz chinois, tout comme ils focalisent sur les émissions de CO2 de la France pour ne pas avoir à parler des centrales au charbon chinoises…
    Ceci dit, je me pose avec angoisse des questions sur la volonté de Bruxelles de réduire voire même supprimer toute activité agricole en Europe, au risque de ne plus être en mesure de nourrir les européens en cas de conflit majeur en Europe.
    Les plus anciens se souviennent que la France agricole occupée pendant 4 ans avait encore assez de ressources et de bras pour nourrir (mal) la population française et plutot bien l’armée d’occupation allemande en depit de ses réquisitions énormes.
    Si un conflit majeur éclatait prochainement en Europe, une hypothèse qui n’est plus du domaine de l’impossible, je me demande bien ce que nous aurions à croûter, nos exploitations agricoles de 1940 ayant pour la plupart disparu à plus de 80%

  5. 15mn de Jancovici pour les climato simplistes … ca fait peur .. c’est grave vu la mediatisation du personnage
    https://youtu.be/9YSxd0aCbpk?t=588

    mais la c’est facile non ?
    Ca merite un debug des climato realistes non ?

    1) le CO2 … ?
    effet IR saturé du CO2 / augmentation concentration CO2 minime / Ridicule comparé au 5/10% H20
    5% du CO2 total est anthropique .. sans connaitre tous les flux du CO2

    2) Les ballons sonde depuis 1970 .. irrefutable …mdr
    La stratosphere refroidit ? irradiation magnetique du soleil / Cycle solaire Minima 1700 .. prochain 2050

    3) Notre ere glaciaire, notre epoque interglaciaire
    La prochaine epoque de glaciation de 100Kan ds 20Kans
    Le prochain Petit Age Glaciaire dans 50 à 100 ans
    le pic de froid de 1700 , les optimums Chaud tous les 600 / 800 ans de periode
    Cycles de 300 / 400 ans alternant Froid / Chaud depuis l’holocene et le debut de notre interglaciaire
    A la fin de l’holocene toute la glace a fondu quasiment
    le dernier interglaciaire avant le WURM a vu une temperature augmenté de 3 à 4° à l’actuel … c’est sans doute la finalité de ces cycles d’ici 20/30K an et le rebasculement pour 100 K ans de glaciation jusqu’ à LYON

    • Je ne sais pas s’il est pertient d’augmenter les vues Youtube du business man Jancovici.

      Je n’ai rien contre les entrepreneurs qui font de la com et du marketing pour gagner de l’argent, tant que cela n’est pas nuisible à la société. Concernant Jancovici, son action est désastreuse du point de vue de l’intérêt général, notamment parce que des milliards d’euros sont détournés de causes sociales pour être ré-alloués au délires sur le climat.

    • Les mesures réalisées depuis 60 ans présentent un total désaccord avec les points exprimés par Jancovici. Quand il y a désaccord entre mesures et théories, les mesures ont toujours raison. La théorie doit être réexaminée.

      1/ Les gaz à effet de serre absorbent effectivement le rayonnement infrarouge. Mais ils le relâchent en haut de l’atmosphère. Nous mesurons au sommet de l’atmosphère par satellite 4 W/m2 supplémentaires depuis 1960, alors que nous mesurons au sol 1° de plus (source mesures NOAA). Ce qui signifie que l’atmosphère dans l’ensemble ne réduit pas le flux de rayonnement infrarouge venant du sol.

      La chaleur n’est pas confinée au sol. Le réchauffement de 1 °C est dû à d’autres causes.

      2/ Par ailleurs, le CO2 ne déforme pas le cycle de l’eau. C’est l’homme ou la nature qui le déforment. Le cycle de l’eau corrige le blocage créé par le CO2 en émettant plus d’infrarouges au sommet de l’atmosphère. La vapeur d’eau apparaît 100 fois plus présente que le CO2 ; elle corrige les effets du CO2.

      3/ La très haute atmosphère a-t-elle chauffé sous l’action d’une émission plus importante d’ultraviolets ? Elle a chauffé de 1960 à 1990 avec la diminution de la couche d’ozone. Elle s’est refroidie depuis 1990, avec la réduction des CFC. La stratosphère a augmenté sa température de 1960 à 1990 de 6 °C (de — 48 °C à — 43 °C). Elle a reperdu ces 6 °C entre 1990 et 2023 pour revenir à —48 °C, au niveau de 1960. Les deux fortes périodes d’émission UV (1960 et 2023) correspondent aux périodes les plus froides (— 48 °C) de la stratosphère. L’absorption/émission des UV par l’ozone n’ont pas réchauffé la stratosphère : les plus forts refroidissements de la stratosphère à –50 °C ont été observés, lors des plus fortes émissions solaires !

      4/ L’écart de température entre le sol et le haut de la troposphère se révèle le même qu’il y a 60 ans.
      L’humidité en haute altitude a diminué de 1960 à 1990, pour revenir aujourd’hui au niveau de 1960, rendant les phénomènes plus violents dans cette période, car la vapeur d’eau disposait de moins de hauteur dans l’atmosphère pour s’exprimer.

      Pourquoi ne peut-on assister à un débat scientifique dans les médias sur les mesures réelles ?

      • C’est trop compliqué pour les médias.
        On émet du CO2, il fait chaud, donc il faut réduire nos émissions de “gazaëffed’ser”, point à la ligne.
        Personne n’y comprend rien, à part quelques scientifiques qui s’expriment sous couvert d’anonymat et quelques quidams ordinaires, dont je suis, qui essaient de comprendre, et qui voient bien que cette histoire ne tient pas debout.
        Les réchauffistes ont leur catéchisme bien rôdé, et aucun argument, même le plus évident, ne peut les faire reculer.

        Maintenant que c’est devenu politique et idéologique, c’est fichu pour la science.

  6. La principale source anthropique de méthane serait le nombre exagéré de fuite de gaz au puit ou de transport…
    Pourtant parfaitement bien identifiées par satellite, mais personne n’a l’autorité ou la volonté de sanctionner les fautifs !!!
    Oups, je l’ai pas dit, le gaz c’est green green green.

    • En quoi y aurait-il des fautifs ou des sanctions puisque, en dehors de leurs propriétaires qui perdent bêtement du chiffre d’affaires, on se fout totalement des fuites de gaz sans le moindre effet sur le climat ou la composition de l’atmosphère ? Prétendre sanctionner un crime fictif sans victime va être compliqué à justifier. Peut-être souhaitez-vous sanctionner la bêtise, comme d’autres criaient “mort aux cons” ? Vaste programme !

      Cependant, si vous cherchez sincèrement un coupable, allez voir du côté des USA qui ont récemment provoqué la plus importante fuite de méthane de l’histoire en perpétrant un acte de guerre contre l’Europe. Bon chance et n’oubliez pas d’armer vos missiles !

      PS : compte tenu des fuites de méthane, les obsédés de l’hydrogène feraient bien de réfléchir aux conséquences des fuites infiniment plus dangereuses si jamais on faisait ce choix absurde.

  7. Quid des flatulences humaines (99 % de méthane et le reste en divers gaz soufrés puissamment malodorants).? L’expérience du briquet allumé prés du pantalon est spectaculaire.

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