Fin du réchauffement… mais non du changement climatique!

Par Brigitte Van Vliet-Lanoe (DR CNRS émérite UMR 6538 ,IUEM Plouzané, France)

Article initialement publié le 1er janvier 2020 sur le site Science, climat et énergie.

Un hiver froid s’annonce : le premier d’une série qui devrait durer au moins jusqu’en 2053 (Youssef et al., 2009 ; Zharkova et al.  2015 ; Van Vliet, 2019), période où les médias nous assènent une disparition de la banquise estivale, des ours polaires et des phoques ! Ceci est favorisé par l’activité solaire réduite depuis 2010 et le minimum solaire actuel (Fig.1). Le cycle solaire suivant (n°25) devrait aussi être faible. Nous sommes entrés dans un minimum d’activité aussi profond que celui de Dalton (1790-1830) qui a présidé à la « Bérézina ». 

Fig. 1: Intensité des cycles solaires depuis 1975 et la prédiction du cycle 25 (calculés avec le nombre de taches solaires  2018 * ANRPFD ).  B) évolution de l’extension en km2 des banquises arctique et antarctique depuis 1978 par rapport à la déviation standart 1981-2010 (NSDIC).

En fait le soleil se met au repos après une très forte activité pendant les années 1960 (cycle 19) et une décharge énergétique puissante sous la forme de vents solaires (van Vliet, 2019, Fig.2).

Fig.2: Anomalie des températures sur les pôles, (image  https://climate.copernicus.eu/sites/default/files/)   accentuée par un rôle majeur des perturbations atmosphériques en zones polaires  liées aux vents solaires en 2019 (HN) selon He et al.,2020. 

La banquise antarctique continue son extension amorcée pendant les années 1970 (Fig.3.1). La banquise arctique progresse plutôt, sauf dans le secteur nord européen jusqu’à l’Oural-Nouvelle Zemble (Fig.3.1), en relation avec une branche de la dérive Nord Atlantique ou DNA (Fig.3.2). 

Une des conséquences de l’activité solaire est le stockage thermique dans l’océan austral qui augmente la température de surface de l’océan et son transfert à nos latitudes par le Gulf Stream et sa continuation vers l’Arctique, la DNA (voir Van Vliet-Lanoë, 2020).

Fig.3.1. : Extension de la banquise le 1er décembre 2020 par rapport à sa position moyenne entre 1981-2010 (ligne jaune) (ressources satellitaire Nasa) Source NSDIC.
Fig.3.2: Etat actuel des températures de surface de l’océan et des écoulements de surface avec un Arctique en fort refroidissement et une transgression superficielle des eaux froides et douces (pointillé bleu) issues de la fonte de la banquise arctique 2017-2019 transférées par le courant Est groenlandais. L’anomalie d’extension de la banquise 2020 est lié à la propagation d’eaux tièdes le long la côte N de l’Arctique russe (flèche rouge) (image Earthforthenull).

Une image thermique de l’Atlantique nord permet de comprendre la bascule qui est en train de s’opérer. Le Gulf Stream est beaucoup moins chaud aujourd’hui que ces dernières années. On voit parfaitement grâce à sa température de surface la persistance d’une langue de chaleur au NE de l’Europe (flèche rouge), ici de la DNA. Cette anomalie est particulièrement flagrante sur la carte des anomalies de surface de température attestant d’un Gulfstream encore relativement chaud et de l’anomalie thermique persistante sur l’Arctique européen. Néanmoins le courant est-groenlandais a pris beaucoup de puissance, alimenté par les eaux de fontes des années 2017-2018, des périodes de fort réchauffement arctique lié au vent solaire (van Vliet, 2019). Ses eaux froides ont repoussé le GS vers le sud et le courant d’Irminger (au sud de l’Islande) ne rejoint plus la mer d’Islande comme en 1943 et en 2000 (Fig. 4b). Une telle situation a été observée en 1883.

Fig.4: A) anomalie actuelle des températures de surface de l’océan par rapport à la moyenne 1981-2010. B Reconstitution des courants marins autours de l’Islande en 1883 (période froide, Mohn, 1887) et en 1943 (période chaude : carte US Army). Eaux de surface tièdes en rouge, froides en bleu.
Fig.5: Une Niña puissance va de pair avec un refroidissement après des Niños puissants. Anomalie des températures de surface océaniques, NOAA.

Ceci veut dire qu’avec l’évolution à la baisse de l’apport thermique lié à l’activité solaire (Youssef et al., 2009 ; Zharkova et al., 2015 ; Van Vliet, 2020) et des phénomènes El Niño puissants, le refroidissement amorcé par la baisse de l’activité solaire en 2010 va prendre de l’ampleur assez rapidement, comme le montre l’intensité du phénomène La Niña actuel (Fig.5), ce malgré l’inertie thermique de la masse océanique. L’apport d’eau de fonte du bassin arctique via le courant Est Groenlandais, est actuellement en train de tamponner l’impact d’un Gulfstream encore chaud, mais déjà affaibli, et, va favoriser comme par le passé une ré-extension de la banquise arctique, à la grande joie de l’ours Nanouk ! Un autre changement climatique s’installe. 

Références

He S., Huijun H.,  Li F.,  Li H., Wang C. 2020 Solar-wind–magnetosphere energy influences the interannual variability of the northern-hemispheric winter climate National Science Review, Volume 7, Issue 1, January 2020, Pages 141–148, https://doi.org/10.1093/nsr/nwz082

Van Vliet Jean 2019. Les-vagues-de-chaleur-mondiales-récentes-sont-correlées-a-un-cycle-solaire-exceptionnel Science-Climat-Energie

Van Vliet Jean, 2020. Le-20eme-siécle-a-été-anormalement-chaud-mais-le-21eme-siècle-revient-à-la-normale-1-2/ Science-Climat-Energie, https://www.science-climat-energie.be/2020/08/14/le-20eme-siecle-a-ete-anormalement-chaud-mais-le-21eme-siecle-revient-a-la-normale-1-2/ xxxx http://www.science-climat-energie.be/2020/08/22/le-20eme-siecle-a-ete-anormalement-chaud-mais-le-21emesiecle-revient-a-la-normale-2-2/ Science-Climat-Energie

Van Vliet-Lanoë B., 2020 : Déluge et changement climatique (1/2) https://www.science-climat-energie.be/2020/11/20/deluge-et-changement-climatique-1-2/ Science-Climat -Energie

Yousef S. , SM. Amin, W. Abdel-Sattar 2009. The Shrinking of the Heliosphere Due to Reduced Solar Wind, DOI: 10.1012/S120027852019

Zharkova VV, Shepherd SJ, Popova E, et al. 2015  Heartbeat of the sun from principal component analysis and prediction of solar activity on a millennium timescale. Sci Rep. 2015;5:15689. Disponible sur : https://www.nature.com/articles/srep15689 [Crossref], [PubMed], [Web of Science ®], [Google Scholar]

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14 réflexions au sujet de « Fin du réchauffement… mais non du changement climatique! »

  1. Donc, cet hiver froid, simple accident ou prélude à la Berezina des réchauffistes ?
    On me pardonnera d’espérer le second, comme antidote aux délires économiques des conventions citoyennes sur le climat, ces quolifichets politiques pré-électoraux. Etant sceptique, ou plutot réaliste, je ne devrais pas faire partie des “citoyens“, pauvre de moi.

    • Je pourrais partager votre avis, la bérézina des réchauffistes est assez jouissive . Sauf que toutes les décisions prises par ces allumés du cigare si le refroidissement se confirme risque de ne pas être du gout de tout le monde . L’éolien et le solaire ne pourront pas compenser l’augmentation de la consommation et les délires des kmers verts risquent fort de coûter cher à tout le monde . L’énergie n’est pas seulement nécessaire pour eviter de crever de froid ou de chaud, elle est aussi indispensable à l’activité économique . Imaginez une seconde que le déficit de production électrique oblige à réduire l’activité des usines ou autres producteurs de richesses et de croissance, bel avenir qui se profile pour les générations futures . Combien de temps faudra-t-il pour inverser la situation,? dix ans? plus? Tout ça pour faire plaisir à 5% de tarés et obtenir leurs votes au profit d’abrutis avides d’un pouvoir qu’ils sont incapables d’assumer . Beurrrk!!!

      • J’aime votre language coloré, fleuron de notre Patrimoine culturel !
        Ceci dit, j’approuve point de vue. D’autant que je suis en train de lire : ” La vie sans énergie moderne ; pauvre, désagréable et brève ” de Samuele Furfari ; qui illustre bien votre propos sur l’énergie !
        Vous êtes un militant réaliste, comme on aimerait voir plus souvent !
        Respectueusement vôtre. JEAN

  2. Cet article confirme plutôt bien ce que j’ai déjà posté il y a quelques mois (les regrettables erreurs et détournements du GIEC)
    https://solidariteetprogres.fr/nos-actions-20/analyses/les-regrettables-erreurs-et.html
    Le GIEC ne tient pas compte de l’échauffement solaire, très fort de 1970 à 2000 , fortuitement concomitant à l’essor industriel (voir mon article). Il attribue à l’activité humaine une augmentation de l’effet de serre, mais d’une part les émissions d’origine humaine sont négligeables à côté des échanges avec les océans et la végétation, d’autre part le CO2 n’est pas un GES car son diagramme d’absorption des UV est saturé par celui de l’H2O atmosphérique (spectre plus large et plus grande quantité dans l’atmosphère) et donc il ne compte pour rien.
    Reste que les élucubrations écologistes ne sont pas toutes à rejeter: par exemple l’isolation thermique des habitations (mais pour une raison inverse à celle qu’ils croient à tort…).

  3. Question déjà posée ailleurs , mais sans réponse
    On surveille la température de surface des océans depuis les satellites ; est-ce que quelqu’un surveille la salinité des oceans ; il me semble que celle-ci pourrait influencer la formation et l’extension de la banquise dans l’arctique et notamment dans la zone Spitzberg Zemble qui semble ( sans jeu de mots) un peu en retard

  4. De toute façon il n’y a jamais eu besoin de l’argument sur le réchauffement climatique pour justifier la réduction de la consommation de pétrole et de gaz, nous n’en avons pas déjà en France. La France s’était d’ailleurs lancer dans le nucléaire non pour lutter contre le réchauffement, mais pour l’indépendance énergétique nationale ce qui était une très bonne chose. Qui plus est on sait très bien que ces énergies ne seront pas éternelles, trouver des alternatives réelles coule donc de source sans avoir à tomber dans l’obsession assez étrange pour le CO2.

    Je vois dans cette affaire surtout une énorme bulle médiatique qui confirme les propos de Goebbels, un mensonge ou une idiotie suffisamment répétée devient une vérité. Il y a certes des intérêts derrière tout ça, mais fondamentalement le problème vient de la transmission de l’information, des médias et de l’impuissance du système scientifique classique pour leur résister. C’est extrêmement inquiétant pour l’avenir, si les médias et le bruit médiatique font la vérité, nous nous dirigeront vers des ages extrêmement sombres.

  5. Attention : Ne fonçons pas tête baissée vers la certitude d’un refroidissement.
    Bien sur, nous sommes tous frustrés et stigmatisés de la confiscation du débat par les carbocentristes.
    A notre tour, dans nos prises de parole, déjà si compliquées, ne formulons pas de prédictions climatiques hasardeuses.
    On sait que les modèles prévisionnistes sont fragiles dans ce chaos qu’est l’évolution du climat.
    Ne soyons pas les Al Gore du refroidissement !
    Patience et longueur de temps feront plus que force ni que rage (La Fontaine)
    Bonne année à tous.

    • Bonne année également.
      Je me rallie sans réserve à ce propos. Il est déplacé de prédire l’avenir. Je rejoins celui qui dit : “Ne prédisons pas l’avenir, préparons le”.
      Bon courage à tous et résistance au bruit médiatique de plus en plus insoutenable du fait de la contamination de tout média par l’écologisme régressif et en premier lieu des radios publiques, notamment France Inter, qui m’est devenue tout simplement insupportable.

  6. L’activité Solaire est une activité cyclique qui se répète tous les 11 ans. Les spécialistes sur le sujet le disent.
    Ensuite, c’est une sacrée fourberie de comparer l’extension MOYENNE de la banquise sur 30 ans, à son extension MAXIMALE sur une année.

  7. Ne serit-il pas plus simple de se revendiquer comme climato sceptique et cela d’autant plus que vous êtes en dehors de votre spécialité vous êtes géologue et non pas climatologue ? c’est quand mêm un comble que les première qui tombe dans els moteurs de recherches soient climatosceptique.

    Sachant que le réchauffement climatique que ça plaise ou non on est dedans je cherche simplement à écaluer le temps nécessaire à rééquilibrage en supposant uen baisse drastique des émission de gaz à effet de serre et je tombe sur cette soupe misère

  8. N’étant pas un scientifique mais un simple observateur, je trouve que les commentaires sont souvent plus instructifs que l’étude elle-même. J’aimerais signaler une étude parue dans “La Recherche” n°261 de janvier 1994, intitulée:
    Les archives glacières du Groenland. La conclusion me paraît intéressante : “Qu’une période comme la nôtre, ou plus
    chaude par suite de l’augmentation des gaz à effet de serre, puisse, à l’échelle d’une vie humaine, se refroidir de façon significative ne peut désormais plus être exclu.”
    En 1994 l’auteur de cette étude, Mr Jean JOUZEL, était un scientifique reconnu ,ingénieur au CEA (LMCE) et au LGGE, adjoint aux directeurs de chacun de ces laboratoires et il est entré au GIEC.
    Cela me pose beaucoup de questions pour le moment sans réponses !!!

  9. Merci Bernard GERMAIN de mentionner cette étude.
    Les lois de la physique qui gouvernent les variations climatiques sont multiples, complexes et probablement encore mal maitrisées. Par exemple, quid de l’influence du magnétisme terrestre avec la thermo dynamique des fluides (air/eau)?
    L’analyse des carottes de glace de Sibérie est à saluer et devrait être lue par chaque terrien. Elle peut aider à atteindre un sentiment d’humilité et d’admiration pour cette machinerie incroyable..
    https://hal-lara.archives-ouvertes.fr/hal-01573095/document

    • Bonjour et merci pour ce lien. J’ai vécu pendant 40 ans en Oisans et le rapport d’activité du LGGE de 1991 à 1995 m’a vraiment intéressé mais ne m’a rien appris sur les carottes de glace de Sibérie.
      Vous évoquez un sentiment d’humilité qui m’incite à penser que croire que l’activité humaine peut à elle seule changer le climat est totalement utopique .

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