Climat et principe d’incertitude

Par Garth Paltridge (*)

Article originellement publié en langue anglaise par la revue en ligne Quandrant on line 

La question de savoir ce que nous devons faire aujourd’hui pour limiter notre impact sur le climat futur se réduit à une évaluation correcte du rapport coûts-avantages. En d’autres termes, nous devons mettre le coût des actions que nous devons entreprendre aujourd’hui en regard du bénéfice ainsi obtenu par les générations futures, et donner une valeur au taux d’actualisation qui est la quantification de notre préoccupation pour le bien-être des générations futures et qui diminue à mesure que nous regardons de plus en plus loin dans le futur.

Seul le premier terme (le coût) peut être estimé avec un certain degré de fiabilité. Il nous suffira de dire que si l’Establishment du changement climatique parvenait à obtenir que la consommation mondiale d’énergie soit entièrement basée sur les énergies renouvelables, les coûts de cette conversion seraient terriblement élevés. Il est extraordinaire que de tels coûts puissent être envisagés alors même que le chiffrage des avantages futurs et du taux d’actualisation n’en est guère plus qu’au stade des suppositions abstraites.

L’évaluation de l’avantage futur repose en grande partie sur deux types de modélisation numérique. Il y a d’une part les énormes modèles informatiques qui tentent de prévoir le changement futur du climat de la Terre induit par l’augmentation de la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère liée aux activités humaines. Il y a d’autre part les modèles économiques informatisés qui tentent de d’évaluer l’impact économique et social du changement climatique prévu. La réduction de cet impact (obtenu en réduisant les émissions anthropiques de dioxyde de carbone dans l’atmosphère) est le « bénéfice » des calculs coûts-avantages.

Si l’on considère d’abord les calculs du changement climatique, il doit être souligné que pour être réellement utiles, les prévisions doivent nécessairement porter sur la répartition géographique du climat futur, à l’échelle d’espaces aussi petits que les pays et les régions considérées individuellement. Le calcul des seules moyennes mondiales de la température et des précipitations futures ne sont d’aucune utilité. Les modèles économiques ont besoin de données d’entrée pertinentes à l’échelle de chaque pays, et pas seulement de données mondiales.

Or ceci est problématique. L’incertitude des  prévisions  climatiques  résulte essentiellement de la nature turbulente des processus qui se déroulent dans l’atmosphère et les océans. La prédictibilité des processus intervenant dans des fluides turbulents est régie par les dimensions des « portions d’espace » dans lesquelles ces phénomènes turbulents aléatoires se développent. Ainsi, des prévisions raisonnablement correctes du climat mondial moyen sont en principe possibles.  Mais il reste encore à démontrer que des prévisions climatiques utiles à long terme sont possibles même de façon théorique, par exemple à l’échelle de régions beaucoup plus petites que les grands bassins océaniques.

Pour aller un peu plus loin ce point, les prévisions d’augmentation moyenne mondiale de la température d’ici la fin du siècle des divers modèles théoriques en utilisation dans le monde vont d’environ 1 à 6 degrés Celsius, ce qui ne fait rien de plus que confirmer une conclusion purement qualitative issue d’un calcul physique simple selon lequel une augmentation de la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère fera augmenter la température moyenne mondiale au-delà de ce qu’elle aurait été en l’absence de cette augmentation. Elle ne résout guère la question fondamentale de savoir quelle fraction de l’augmentation observée de la température de surface de la planète au cours des trente dernières années (soit l’équivalent d’une augmentation d’environ 1 degré Celsius par siècle si l’on se réfère aux observations plutôt qu’à la théorie) est attribuable aux émissions anthropiques de dioxyde de carbone. La possibilité qu’une grande partie de l’augmentation observée de la température mondiale soit le résultat de la variabilité naturelle (et peut-être aléatoire) du système ne peut être exclue.

Alors que les prévisions du climat mondial moyen futur ne sont pas vraiment fiables et ne seraient probablement pas très utiles même si elles l’étaient, les prévisions des climats régionaux qui seraient potentiellement beaucoup plus utiles sont peut-être tout simplement sans valeur. Par exemple, la variabilité de l’ensemble des prévisions des précipitations moyennes sur l’Australie portant sur une centaine d’années conforte ce point de vue plutôt négatif. Chaque prévision a été produite par l’un des nombreux modèles climatiques en utilisation dans le monde entier. La moyenne actuelle mesurée est d’environ 450 millimètres par an. Les prévisions pour le siècle prochain vont de moins de 200 mm à plus de 1000 mm par an. Cet écart explique que l’on peut toujours trouver un modèle pour conforter une prévision spécifique.

Par voie de conséquence, les modèles économiques prédisant l’avenir des régions et des pays sont très peu fiables, ne serait-ce que parce que la composante climatique sur lesquels ils s’appuient n’est pas fiable. Pire, les modèles économiques eux-mêmes sont presque certainement inutiles sur les échelles de temps qui sont celles du climat. Leur fonctionnement interne repose sur des relations statistiques entre variables économiques conçues pour les conditions  actuelles. Il n’y a aucune raison particulière pour que ces relations soient valables à l’avenir, alors que les caractéristiques de la société auront presque certainement changé. Comme l’a dit Michael Crichton : « Nos modèles [économiques] ne font que transposer le présent dans le futur ».  Et comme Kenneth Galbraith l’a dit un jour : « Les prévisions économiques ont été inventées pour rendre l’astrologie respectable ».

Il y a beaucoup de discussions dans les milieux académiques sur la valeur  du taux d’actualisation qu’il conviendrait d’appliquer dans les calculs coûts-avantages associés aux changements climatiques induits par l’homme. La discussion devient rapidement incompréhensible pour le commun des mortels lorsque des concepts tels que  « transfert de richesse intergénérationnel » et « neutralité intergénérationnelle » et d’autres encore, apparaissent dans l’argumentation.

Ce sont des termes ésotériques pour désigner un simple concept qualitatif d’équité pour les générations futures. Le concept est tellement qualitatif qu’il n’y a pratiquement aucun espoir de parvenir à un accord universel sur le montant des sommes que nous devrions dépenser aujourd’hui préserver le bien être des générations futures.

Deux courants de pensée s’opposent sur ce sujet. D’un côté, il y a ceux qui nous disent qu’un avantage consenti aujourd’hui aux générations futures devrait être actualisée au taux normal associé aux transactions commerciales actuelles. Autrement dit, il devrait être de l’ordre de 5 à 10% par année. Le problème pour ces milieux académiques, c’est qu’un tel taux d’actualisation ne prend en compte que le bien-être de la prochaine génération à venir et élimine donc toute raison d’agir immédiatement pour le climat. A l’opposé, il y a ceux qui pensent que la valeur des bénéfices climatiques du futur ne devrait  pas être actualisé du tout supposant donc que c’est le temps futur sans limite de durée qui doit nous préoccuper, l’équité vis à vis de ce futur non limité devant nous interdire de nous opposer à consacrer des sommes illimitées de l’argent actuel à la résolution de ce problème.

Les milieux académiques s’empêtrent dans des raisonnements pour justifier la nécessité d’une action immédiate face au changement climatique. Par exemple, l’argument selon lequel l’actualisation ne devrait pas être utilisée pour déterminer nos obligations éthiques à l’égard de l’avenir est souvent avancé mais (en même temps) le principe de la neutralité intergénérationnelle est accepté et des hypothèses de taux d’actualisation ad-hoc de l’ordre de 1,5 pour cent par an (environ) sont ensuite proposés.

Le point important dans une analyse coûts-avantages, c’est qu’il n’y a pratiquement aucune certitude quant aux chiffres qui sont utilisés pour calculer le changement climatique probable ou l’impact de ce changement sur les populations futures. Fondamentalement, on suppose que tout changement climatique est mauvais, ou en d’autres termes que le climat actuel est le meilleur de tous les climats possibles. En outre, la plupart des scénarios ne reconnaissent guère, voire pas du tout, que l’humanité saurait très bien s’adapter à de nouvelles circonstances. Il est plus que probable que, si les effets du changement climatique sont négatifs, la population future s’adaptera à ces nouvelles circonstances. De la même manière, si le changement a des conséquences positives, la population s’adaptera à nouveau et s’enrichira en conséquence. Si le changement climatique entraîne est un mélange de bonnes et de mauvaises conséquences, il y a de fortes chances que les processus adaptatifs assureront une amélioration nette de la richesse. Et ceci concernera une population qui, si l’on en croit l’histoire, et pour des raisons totalement indépendantes du changement climatique, sera probablement beaucoup plus prospère que nous ne le sommes.

Peut-être faudrait-il inverser la proposition selon laquelle il faut être juste envers les gens qui vivront après nous. Peut-être que ce sont eux qui rétrospectivement estimeront nous devoir quelque chose .

La pensée politiquement correcte en la matière (qui considère que nous devons collectivement prendre des mesures drastiques aujourd’hui pour prévenir le changement climatique de demain) est tellement insuffisante qu’elle nous porte à remettre en question la santé mentale de l’humanité. On peut hasarder hypothèse que l’humanité ( du moins la fraction de l’humanité devenue à la fois sur éduquée et plus fragile en raison d’une augmentation massive de sa richesse dans le passé récent) serait en manque de croyances religieuses. L’humanité a érigé le changement climatique en religion de substitution pour guider et au bout du compte contrôler le comportement humain. Cette nouvelle croyance ressemble aux religions traditionnelles en ce sens qu’elle est plus ou moins impossible à prouver scientifiquement.


(*) Garth William Paltridge est un physicien australien à la retraite. Il est chercheur invité à l’Université nationale australienne, professeur émérite et chercheur honoraire à l’Institut d’études sur l’Antarctique et les océans austraux de l’Université de Tasmanie. Il est l’auteur de l’essai : The climate caper : facts and fallacies of global warming (Faits et idées fausses sur le  changements climatique)

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