Patrick Moore auditionné par la Chambre des représentant des Etats Unis à propos du rapport de l’IPBES

Le  22 mai 2019 la Chambre des représentants des Etats Unis a organisé une audition sur le récent rapport d’évaluation globale de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services éco systémiques ).

Patrick Moore a été invité a donner son témoignage; nous en donnons ci-dessous une traduction (les liens et renvois en bas de page sont du traducteur).


Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de témoigner à l’audience d’aujourd’hui.

En 1971, alors que j’étais doctorant en écologie, je me suis joint à un groupe d’activistes dans un sous-sol d’église à Vancouver, au Canada, et j’ai traversé le Pacifique à bord d’un petit bateau pour protester contre les essais américains de bombes à hydrogène en Alaska. Nous sommes devenus Greenpeace. Après 15 ans au sein du comité directeur, j’ai dû quitter Greenpeace, qui commençait à adopter des politiques que je ne pouvais accepter d’un point de vue scientifique.

Je me suis donné comme mission de toujours appliquer de sains principes scientifiques lors de l’examen des problèmes environnementaux critiques auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui.

Ce n’est qu’au début des années 1900, marquées par la disparition définitive de la tourte voyageuse en 1914, que le grand public a commencé à s’intéresser de près à la question de l’extinction des espèces. Cette prise de conscience a été inspirée par l’activisme précoce de Théodore Roosevelt, John Muir et Gifford Pinchot.

Ainsi, notre espèce, homo sapiens, est devenue la première et la seule espèce à se préoccuper sérieusement de la survie de toutes les autres espèces de cette Terre, qui est à notre connaissance le seul foyer de vie dans  l’univers.

Pour répondre à cette préoccupation devenue désormais internationale, des institutions ont été créées pour identifier les espèces menacées et élaborer des programmes visant à prévenir leur extinction et à en assurer la survie à long terme.

Par conséquent, au cours du siècle dernier, il y a eu une diminution marquée du nombre d’extinctions à mesure que ces programmes ont été mis en œuvre avec succès, comme le montrent clairement ces graphiques. Au cours des 500 années qui se sont écoulées depuis 1500 moins de 900 extinctions sont documentées. Environ 95 % de ces espèces disparues se trouvaient sur des îles.

En février 1999, le National Geographic a publié un graphique montrant les cinq principales extinctions de masse survenues au cours des dernières 600 millions d’années. Il montre clairement que le nombre de familles taxonomiques n’a cessé d’augmenter malgré les grands cataclysmes comme les impacts d’astéroïdes et les éruptions volcaniques massives.

Le texte accompagnant ce graphique mettait en garde contre une Sixième Extinction de masse causée par l’humanité. Dans sa partie numéro 6 le graphique indique que les coléoptères, les amphibiens, les oiseaux et les grands mammifères sont les plus durement touchés. J’ai demandé aux rédacteurs :  « Pourquoi la ligne devient-elle floue à la fin ? ». Je savais qu’aucune famille taxonomique ne s’est éteinte dans les temps modernes. Ils ont répondu mais sans dissiper ce flou. Le tassement à la fin du graphique est faux.

On dispose de bonne études paléontologie pour les cinq principales extinctions au cours desquelles 50 à 90 % de toutes les espèces existantes ont disparu. Il n’y a aucune preuve qu’un tel événement se produisent actuellement ou ait même commencé à se produire.

L’extinction causée par l’homme a commencé à devenir sérieuse lorsque nos ancêtres ont quitté l’Afrique et colonisé d’autres terres. Les espèces de ces régions ne se sont pas adaptées à la présence de l’homme et beaucoup n’ont pas survécu à l’expérience. L’Australie il y a 60 000 ans, le Nouveau Monde il y a 15 000 ans, la Nouvelle-Zélande il y a 1200 ans. Toutes les îles colonisées par les Européens à partir de l’an 1500 ont souffert d’extinctions dues principalement à une chasse excessive, à l’introduction d’espèces prédatrices et aux maladies.

Il y a trois causes principales d’extinction d’espèces due à l’homme :

  1. La chasse excessive pour la nourriture et l’éradication délibérée des ravageurs. Le Dodo sur l’île Maurice, le pigeon voyageur, la perruche carolinienne dans le sud des États-Unis et le mastodonte en représentent des exemples typiques.
  2. Le déboisement massif des écosystèmes indigènes pour la production d’aliments et de fibres. De vastes champs de maïs sont cultivés pour produire des biocarburants en réponse à des priorités « écologiques ». De la même manière, de vastes étendues de terres ont été converties en plantations d’huile de palme pour produire du biodiesel. Il en va de même pour les fermes solaires industrielles recouvrant des terres qui pourraient être riches en espèces indigènes. Ces politiques devraient être reconsidérées.
  3. L’introduction de prédateurs exotiques, tels que les rats, les chats, les renards et les serpents, en particulier sur les îles où ils ont été la principale cause d’extinction au cours des derniers siècles. Cette situation s’est quelque peu améliorée, car les espèces particulièrement vulnérables sont déjà éteintes et celles qui restent ne le sont plus ou sont protégées par des programmes visant à assurer leur survie et leur rétablissement.

L’IPBES affirme qu’il y a 8 millions d’espèces alors que seulement 1,8 million d’espèces ont été identifiées et nommées. L’IPBES estime donc qu’il existe 6,2 millions d’espèces non identifiées et non nommées. Ainsi, un million d’espèces inconnues pourraient disparaître du jour au lendemain sans que nous le remarquions parce que nous ne saurions pas qu’elles ont existé.

Cela n’est pas très professionnel : les scientifiques ne devraient pas, et en fait ne peuvent pas estimer le nombre d’espèces en danger ou éteintes sur la base de millions d’espèces qui ne sont pas documentées.

Ce phénomène n’est pas nouveau. La soi-disant Sixième Grande Extinction est prévue depuis des décennies. Elle ne s’est pas concrétisée, comme presque toutes les prédictions apocalyptiques faites dans l’histoire de l’humanité.

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) est la seule organisation internationale ayant le statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale des Nations Unies qui possède des compétences en matière d’environnement, en particulier de biodiversité, de conservation de la nature et d’utilisation durable des ressources naturelles.

L’UICN estime que moins de 28 000 espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction. L’estimation de l’IPBES est d’un million d’espèces. L’estimation de l’UICN est basée sur des espèces réelles portant des noms latins. L’estimation de l’IPBES est largement basée sur des espèces inconnues et non nommées.

Mon organisation, la CO2 Coalition , estime que les conclusions de l’UICN sur la biodiversité et les espèces menacées sont beaucoup plus crédibles que celles de l’IPBES.

Il est clair que les déclarations très exagérées de l’IPBES sont moins l’expression d’une préoccupation pour les espèces menacées qu’un appel à  une transformation politique, sociale et économique radicale de notre civilisation. Leurs recommandations de mettre fin à la croissance économique condamne les pays en développement à une pauvreté et des souffrances accrues, en même temps qu’à une stagnation économique dans les pays développés.

S’adressant à la classe urbaine « verte », ils recommandent une agriculture urbaine et des jardins sur les toits dans le cadre de leur programme de transformation radicale; mais ils ne proposent pas la suppression des millions d’acres [1] d’anciens écosystèmes convertis en plantations de biocarburants et en fermes solaires.

Comme dans le cas de la « crise climatique » fabriquée de toutes pièces, ils brandissent le spectre de l’extinction de masse pour épouvanter le public et l’amener à résipiscence. L’IPBES est en soi une menace existentielle contre une politique raisonnable de conservation de la biodiversité.

Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de présenter mon point de vue sur ce sujet important.

Vous trouverez ci-joint le chapitre Biodiversité, espèces menacées et extinction extrait de mon livre Confessions of a Greenpeace Dropout: The Making of a Sensible Environmentalist [2]. Je souhaite qu’il soit inclus dans le compte rendu. Vous trouverez également en pièce jointe une capture d’écran du site Web de Greenpeace International daté du 27 janvier 2007, 21 ans après mon départ de Greenpeace, qui montre parfaitement que, jusque-là, ils me considéraient comme le fondateur de l’organisation.


[1] 1 acre = 0,404686 hectares (NDT)

[2] Traduction française éditée par L’artilleur : Confessions d’un repenti de Greenpeace: Pour une écologie scientifique et humaine

 

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