Torturez les chiffres, ils finiront par avouer

« Les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce qu’on veut leur faire dire »

(aphorisme attribué au démographe Alfred Sauvy)

Du biais des mesures aux biais cognitifs

Les longues séries de données climatiques comportent des biais. Les biais sont des erreurs systématiques dues à des imperfections du dispositif instrumental et/ou aux conditions inadaptées dans lesquelles l’évaluation ou la mesure a lieu. La recherche obsessionnelle du signal anthropique dans les données climatiques conduit à un biais tout aussi redoutable : le biais de confirmation qui incite à chercher constamment des raisons de continuer à croire ce que l’on croit déjà. Lors d’une conférence donnée au Bureau des Longitudes le 7 octobre 2009[1], Pierre Morel fondateur du laboratoire de météorologie dynamique (CNRS), parle avec humour de la façon dont biais cognitifs et biais instrumentaux s’additionnent : « On voit un réchauffement progressif qui se monte à 0,6°C en un siècle. Mais sur ce 0,6°C en un siècle, il y en a 0,4 qui sont des corrections apportées pour compenser les défauts des appareils de mesure ! Le signal est faible. S’il y en a un, il est bruité… et par conséquent la scrutation extrêmement attentive pour ne pas dire obsessionnelle de ces diagrammes de variations séculaires de tel ou tel paramètre, notamment la température est un tout petit peu… dangereuse, … Il n’y a pas assez d’information pour en tirer des conclusions… Le climat, c’est un peu comme les tests de Rorschach, on y trouve ce qu’on y cherche On y voit, on y trouve ce qu’on veut. Il suffit de vouloir quelque chose : on le trouve » Cet article fournit quelques exemples de la façon dont les données sont « soumises à la question » pour leur faire avouer….l’origine anthropique du réchauffement climatique.

La courbe en forme de crosse de hockey

La querelle climatique s’est longtemps fixée sur la crosse de hockey, une courbe censée reproduire les variations de la température moyenne du globe depuis 1000 ans. Dans le premier rapport du GIEC (1990), le graphique du climat des 1100 années précédentes (courbe de Lamb) faisait apparaître une période médiévale (Optimum Médiéval) qui était un peu plus chaude que la période présente ainsi qu’une période plus froide qui s’est écoulée entre la Renaissance et le milieu du 19ème siècle, baptisée petit âge glaciaire (PAG). Cette courbe a été établie en 1965 et ne concerne que les températures du centre de l’Angleterre; de plus elle s’arrête en 1950, il ne faut donc pas lui faire dire plus qu’elle n’en dit. Mais elle montre qu’à l’époque de son 1er rapport (1990), le GIEC n’excluait pas que la terre ait pu connaître des températures aussi chaudes que celles que nous connaissons aujourd’hui.

Optimum médiéval

Courbe de Lamb (GIEC 1990)

http://ipcc.ch/ipccreports/far/wg_I/ipcc_far_wg_I_chapter_07.pdf 

L’existence d’une période plus chaude que la période actuelle, en l’absence de gaz à effet de serre anthropiques, fut considérée comme gênante par ceux qui soutenaient que le réchauffement actuel ne pouvait être expliqué que par les activités humaines. Mann et al (1998, 1999) utilisèrent des données dendrochronologiques (enregistrements de cernes d’arbres) et produisirent une reconstruction des températures de l’hémisphère Nord qui occultait l' »optimum médiéval » et le « petit âge glaciaire ». Cette courbe connue sous le nom de crosse de hockey montrait un léger refroidissement pendant environ mille ans, aboutissant à un réchauffement rapide commençant au XIXème siècle. La courbe de Mann a été mise en avant dans le rapport suivant du GIEC (1995) suggérant que le réchauffement actuel était sans précédent depuis 1000 ans.

crosse de hockey

GIEC Rapport  AR3 (1995)

https://www.ipcc.ch/ipccreports/tar/wg1/figspm-1.htm

Cette courbe a été depuis invalidée : il est intéressant de noter que les critiques les plus pertinentes de la courbe de Mann provinrent de statisticiens extérieurs au domaine de la recherche  climatique : (McIntyre et McKitrick, 2003, 2005a, b). Le 4ème rapport du GIEC mentionne un graphique faisant apparaître plusieurs courbes plus ou moins conformes à la courbe de Mann :

Courbe de Mann AR4

GIEC  AR4

L’affirmation selon laquelle le réchauffement actuel est sans précédent, est donc restée.

Et s’il n’y avait pas de hiatus, après tout !

Depuis 1998 (année d’un épisode El Niño particulièrement intense), la terre ne se réchauffe plus alors mêmes que les gaz a effet de serre (GES) n’ont pas cessé d’être répandus dans l’atmosphère. Ce plateau de température est reconnu par le GIEC sous le nom de hiatus[2]s car il s’agit d’une anomalie non prévue par ses modèles. Embarrassés par cette réalité, certains scientifiques avancent diverses hypothèses pour expliquer le « hiatus » :

La chaleur perdue serait enfouie dans les couches profondes de l’océan

Pour Kevin Trenberth [3], cette « chaleur perdue » (l’énergie supplémentaire introduite dans le système climatique qui ne se manifeste pas un réchauffement) serait enfouie dans l’océan profond. En mai 2013 Trenberth et 2 co-auteurs (Balmaseda, et Källén) ont ré analysé les données climatique des 50 dernières années et « montré » que au cours des 10 dernières années 30 % du réchauffement des océans s’est produit en dessous de 700 m de profondeur. Vu le caractère lacunaire des données d’observations (les balises ARGOS n’ont été déployées qu’ à partir de 2007), cette théorie a nécessité une ré-analyse des données très sophistiquée (appelée « assimilation ») qui mixe données d’observations et prévisions de modèles en vue de fournir (en principe) une estimation de qualité supérieure.

 L’homogénéisation des données

Les techniques d’homogénéisation visent à extraire le signal climatique en supprimant au mieux les ruptures d’homogénéité (changements des capteurs ou des pratiques d’observation, déplacement des sites d’observation ou modifications de leur environnement). La nécessité de retraiter les données ne fait pas de doute; ce qui est surprenant, c’est que les corrections vont toujours dans le sens du réchauffement. Richard Lindzen Professeur de Climatologie au MIT (et auteur principal du chapitre 7 du 3ème rapport  du GIEC) écrit à ce sujet [6]: « que des corrections aient besoin d’être appliquées aux données climatiques n’est pas du tout surprenant, mais que ces corrections aillent toujours dans le sens « souhaité » est hautement improbable. Cette situation peut faire penser à une malhonnêteté évidente, mais il est tout à fait possible que beaucoup de scientifiques imaginent, dans le contexte scientifique actuel, que le rôle de la science est de confirmer le paradigme de l’effet de serre pour le changement climatique » Exemples en France et aux Etats Unis.

En France

Avant leur homogénéisation les moyennes annuelles des températures maximales quotidiennes enregistrées en France tout au long du 20ème siècle indiquaient un refroidissement de 1,2 °C. A la suite de l’homogénéisation c’est désormais un réchauffement général de 0,7°C qui est constaté. Météo-France donne l’exemple de la station de Pau-Uzein pour illustrer les performances de sa méthode d’homogénéisation : [7].

Temératures homogénéisées

Températures France

Homogénéisation des températures

Homogénéisation des données de températures (Source Météo France)

Météo France indique qu’après correction, les données de température sont désormais tout à fait cohérentes avec la tendance globale au réchauffement et précise qu’on retrouve bien sur cette série chronologique les trois phases généralement observées : une croissance modérée de la température jusqu’au début des années 50, une stagnation ou une diminution jusque vers 1970, et ensuite une forte croissance. Les cartes ci-dessous illustre les résultats de l’homogénéisation au niveau de la France entière.

Aux Etats unis

Dans un article publié en août 1999 sur le site de la NASA[8], James Hansen relève que la décade la plus chaude aux Etats Unis est 1930-1940 et l’année la plus chaude 1934.

Températures USA 20ème siècle

Annual and 5-year mean surface temperature for (a) the contiguous 48 United States and (b) the globe, relative to 1951-80, based on measurements at meteorological stations (Source NASA James Hansen)

James Hansen note : aux Etats Unis il y a eu assez peu de changement de températures dans les 50 dernières années malgré les émissions de Gaz à effet de serre en rapide augmentation ; en fait il y a même eu un léger refroidissement. Comme en France l’homogénéisation aux Etats Unis a eu pour effet faire apparaître un réchauffement que montrent les courbes ci-dessous [9] : judith-curry-US-temp-adjustment- (Lire  également l’article du site Real science sur les ajustements de température de la NOAA)

Pour conclure

citons l’océanographe Carl Wunsch qui dans un article intitulé: »Climate change as an intergenerational problem » publié en mars 2013 dans PNAS[11] a écrit : « Rares sont les scientifiques qui prétendraient  pouvoir comprendre le phénomène physique même le plus trivial sans avoir observé son évolution sur les échelles de temps nécessaires… …le système climatique change à toutes les échelles de temps (de quelques années à l’âge de la terre),  alors même que nous ne disposons que de données d’observations brèves et récentes ». Rappelons que : – Le thermomètre n’a été inventé qu’au début du 17e siècle – Les relevés de température par satellite ont commencé en 1979 – La hausse du niveau de la mer n’est surveillée par satellite que depuis 1992 – Le déploiement complet des balises ARGOS (permettant une analyse de la température et de la salinité des eaux de 0 à 200 mètres) n’a été achevé qu’en 2007 – Les bilans de masse des glaciers du Groenland et de l’Antarctique n’ont commencé qu’au début du 21e siècle. Carl Wunsch de conclure : « La compréhension du changement climatique est un problème pour plusieurs générations. Les scientifiques d’aujourd’hui devraient prendre en compte les besoins des générations suivantes, plutôt que de se concentrer uniquement sur leur productivité scientifique immédiate ». ————————————————————————————————————

[1] Bureau des longitudes 07 octobre 2009 (http://www.canalacademie.com/ida5110-Rechauffement-planetaire-et-science-du-climat.html)

[2] Dans son 5ème rapport ( 2013), le GIEC) précisait qu’entre 1951 et 2012, la tendance moyenne au réchauffement avait été de 0,12 °C par décennie, alors qu’entre 1998 et 2012, la tendance n’avait été que de 0,05 °C par décennie

[3] Climatologue au « National Center for Atmospheric Research »  (USA)

[4] Thomas Karl and al : « Possible artifacts of data biases in the recent global surface warming hiatus »

[5]   http://judithcurry.com/2015/06/04/has-noaa-busted-the-pause-in-global-warming/

[6] Richard Lintzen Science du Climat : Est-elle, de nos jours, apte à répondre aux questions ? (septembre 2008)

[7] http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosclim1/biblio/pigb12/05_rechauffement.htm

[8] Whither U.S. Climate?  By James Hansen, Reto Ruedy, Jay Glascoe and Makiko Sato — August 1999 (http://www.giss.nasa.gov/research/briefs/hansen_07/)

[9] http://judithcurry.com/2014/07/07/understanding-adjustments-to-temperature-data/

[10] Past and future sea-level change from the surface mass balance of glaciers »  (novembre 2012).

[11] http://www.pnas.org/content/110/12/4435.full

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