Pourquoi l’écologiste contemporain n’a-t-il pas d’humour ?

Guillaume de Rouville

La question, on le verra avec effarement, stupeur et tremblements de terre[1], n’est pas anecdotique : elle touche aux fondements mêmes de notre civilisation fossilisée (dans ses certitudes), à l’avenir de l’espèce homo climaticus[2] menacée de carbonisation imminente et, même, à la survie des dîners en ville où se nouent et se dénouent toutes les vérités scientifiques définitives du moment entre bourgeois (trop) cultivés.

Nous emprunterons pour ce faire les chemins balisés de la Thermodynamique (Partie 1), puis de la Relativité (Partie 2) – disciplines dont nous maîtrisons les fondements avec une certitude au moins aussi robuste que celle des modèles du GIEC, c’est dire tout le sérieux et la solidité de notre démarche.

Note liminaire, technique et scientifique, pour les non-initiés : Nous utiliserons le terme de Réchauffisme pour désigner cette doctrine scientifique aussi commode qu’inattaquable, qui explique tout, ne pardonne rien, et impute au CO₂ des énergies fossiles utilisées par l’homme la responsabilité exclusive de l’ensemble des malheurs climatiques et terrestres (même les tsunamis !), présents et à venir.

Partie 1. : De la Thermodynamique appliquée au Réchauffisme

Considérons tout d’abord le réchauffisme comme un gaz imparfait à effet de sérieux – ce qu’il est, au fond, puisqu’il émet beaucoup de vapeurs et de considérations fumeuses pour un résultat énergétique et scientifique discutable bien que catégorique et péremptoire.

Son adepte, le Réchauffiste (forme contemporaine[3] de l’écologiste), semble, en effet, tout prendre au premier degré, et même ce degré-là est déjà un degré de trop pour lui (tout degré devant nécessairement baisser pour calmer ses angoisses dans un univers qu’il perçoit déjà en ébullition).

De son observation minutieuse, nous pouvons tirer les trois principes[4] de la thermodynamique écologiste contemporaine qui régissent sa nature profonde.

Premier Principe : le principe de la conservation de l’indignation affirme que l’indignation d’un militant réchauffiste est toujours conservée, quelles que soient les circonstances. Elle ne disparaît jamais – elle se transforme. Une blague potache[5] sur les éoliennes produit exactement autant d’indignation qu’un glissement de terrain au Bangladesh provoquant plusieurs milliers de morts (et naturellement attribué au CO2 anthropique).

Deuxième Principe : son indignation (toujours elle) ne peut pas diminuer ; elle est constante ou en augmentation. L’entropie du militantisme rageur s’hypertrophie proportionnellement au volume de la bulle médiatique qui l’a fait naître.

Troisième Principe : la température de son humour ambiant tend vers le zéro absolu[6]. Contredire ce principe ne sert à rien : il n’y a pas assez d’autodérision dans l’univers réchauffiste pour émettre le début de l’espoir d’un principe opposé. La blague, comme le pétrole, est une ressource que l’écologiste contemporain s’est juré d’abandonner (bien) avant 2030.

Synthèse pour les décideurs politiques (qui n’auraient pas tout compris aux développements précédents) : Comme la Constance des Planqués[7] du GIEC n’est d’avoir point de courage ni d’humour en toute circonstance, il est inutile d’attendre la fin des temps pour espérer échapper à la gravité universelle de la situation. La science a parlé : vous êtes condamnés ! Le rire est une hérésie que la « science du consensus » (l’apocalypse climatique selon le GIEC) ne saurait tolérer. Rire c’est nier la triste et terrible réalité d’un monde en voie avancée d’effondrement (pliant sous le poids de nos fautes) ou d’évaporation (résultat de notre légèreté coupable) – selon le sens que l’on souhaite donner à son désespoir !

Partie 2. : De la Relativité du Réchauffiste en Mouvement

La science du Réchauffisme, empruntant ses fondements aux équations du catastrophisme médiatique, nous a révélé les lois de la gravitation (et donc de la gravité des choses et de la situation) applicables au sens de l’humour collectif : la capacité à rire serait inversement proportionnelle au carré du nombre de pages des rapports du GIEC imprimées – bien que jamais lues – et soigneusement empilées sur le bureau du militant écologiste[8].

Le glorieux théorème relativiste du Réchauffisme ambiant peut être, dès lors, posé en ces termes : si, premièrement, une banquise qui fond peut à la fois prouver le réchauffement climatique ET les hivers rigoureux (autrement dit : si le froid prouve le chaud et inversement) ; si, deuxièmement, manger local à Paris implique nécessairement d’importer son quinoa du Pérou en avion-cargo (autrement dit : toute contradiction est relative) ; si, troisièmement, une militante peut se rendre en jet privé à une conférence sur la sobriété énergétique à l’autre bout de la Terre sans ressentir la moindre dissonance cognitive (autrement-dit : “parce que je le vaux bien”) – alors on peut établir avec une certitude probable absolue les vérités suivantes :

  1. Une vache qui rote vaut plus, en termes de danger existentiel, que mille éoliennes défigurant les paysages de nos campagnes et artificialisant ses sols ;
  2. Le barbecue dominical d’un retraité de Corrèze constitue une menace climatique plus immédiate que les huit mille kilomètres de câbles sous-marins nécessaires au raccordement des éoliennes offshore – dont la fabrication, l’installation et le démantèlement n’ont, bien entendu, aucun impact environnemental mesurable ;
  3. La cheminée d’un pavillon périurbain de Picardie représente un danger supérieur à celui des millions de panneaux solaires chinois fabriqués grâce au charbon, acheminés par porte-conteneurs et installés sur les meilleures terres agricoles de France – le tout au nom de la souveraineté énergétique nationale ;
  4. Le sac plastique utilisé par une mamie de Limoges dans son caddie (et qu’elle a oublié de recycler immédiatement après usage) constitue une catastrophe écologique d’une gravité sans commune mesure avec les millions de tonnes de terres rares extraites chaque année pour fabriquer les batteries des véhicules électriques que ladite mamie ne pourra jamais s’offrir.

Synthèse pour les décideurs politiques (qui n’auraient toujours pas bien compris) : Ce théorème nous libère enfin de la tyrannie du second degré et d’une logique (trop) élémentaire : l’ironie étant un privilège d’homme blanc carboné, il convient d’en extirper la substantifique moelle jusqu’à l’os et de ne laisser au citoyen obéissant que des slogans mortifères à brandir (du genre : ‘la fin du monde est pour demain’ ou ‘nous avons déjà dépassé le point de basculement’) et des paradoxes déprimants à avaler (voir les points 1 à 4 ci-dessus rapportés doctement par les chaînes d’information continue un dimanche matin de mai à l’heure de la messe).

Autrement-dit : sus à la logique et à la bonne humeur et vive la décohérence[9] et l’angoisse existentielle !

Conclusion

Nous avons ainsi pu démontrer, par divers chemins empruntant chacun à des disciplines propres (thermodynamique militante, relativité restreinte du dogme réchauffiste en mouvement), pourquoi l’écologiste contemporain a définitivement rangé le rire dans la même catégorie que le steak haché et le vol long-courrier : parce qu’il est un plaisir coupable, carboné, et fondamentalement réactionnaire.

Du rire à la moquerie et de la moquerie au sacrilège il n’y a qu’un pas que la meute Réchauffiste vous accusera bien vite d’avoir franchi !

Quant à nous, nous nous engageons solennellement à ne plus rire (dans les dîners en ville et en public du moins) jusqu’à la fin des temps, le jour où il nous sera sérieusement démontré que le léger réchauffement récent est une catastrophe plutôt qu’un adoucissement salvateur, que le CO₂ est un poison plutôt que le miracle biochimique qui fait pousser les arbres et les plantes, et que les changements climatiques sont une anomalie plutôt que la condition même de toute biodiversité depuis que la Terre tourne sur elle-même et autour du Grand Radiateur[10] de la voie Lactée (dont il semble que les Réchauffistes aient oublié l’existence).

D’ici là, si nous voulons échapper à l’énergie noire du Réchauffisme et à ses dépressions climatiques, il nous faudra prendre la tangente, choisir nous-mêmes les coordonnées de notre parallaxe – et surtout, ne jamais, au grand jamais, oublier de rire (à ses dépens s’entend) ! Car le rire est la seule énergie véritablement inépuisable et salutaire dans cet univers climatique – osons-le dire – bien épuisant !


[1] Et autres catastrophes imputables à l’homme.

[2] Dont l’habitat naturel est le plateau de télévision et le régime alimentaire exclusivement composé de rapports alarmistes indigestes.

[3] Pour ne pas dire “dégénérée’.

[4] Les trois principes de la thermodynamique : l’énergie se conserve, l’entropie augmente, et le zéro absolu est inaccessible.

[5] Quantum minimal d’humour (voir note suivante).

[6] Température à laquelle, rappelons-le, même les molécules arrêtent de bouger et de réfléchir, ce qui constituerait pour le réchauffiste un idéal de sobriété cinétique.

[7] Référence pertinente à la fameuse constante de Planck (notée h) qui est l’une des constantes fondamentales de la physique quantique, introduite par le physicien allemand Max Planck en 1900.

[8] Où elles servent principalement à impressionner les visiteurs ou à caler les pieds d’un meuble en bois aggloméré.

[9] Référence intelligente et scientifiquement rigoureuse à la décohérence quantique.

[10] Lequel fonctionne, lui, sans subvention publique ni appel d’offres européen.


Guillaume de Rouville est l’auteur du livre Manuel de Combat Climatique pour gagner la bataille des idées

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4 réflexions au sujet de « Pourquoi l’écologiste contemporain n’a-t-il pas d’humour ? »

  1. Pourquoi l’écologiste contemporain n’a-t-il pas d’humour ?
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    Je suis fondamentalement et NATURellement écologiste ; je suis scientifiquement climato sceptique et heureusement que j’ai beaucoup d’humour comme Guillaume de Rouville pour continuer à lire toute la littérature concernant le réchauffement climatique et le futur énergétique de la planète
    Mais il est fondamentalement nécessaire de faire la différence entre les différents écologistes
    1) pour commencer citons la plus grande majorité des écologistes qui sont les pauvres de cette planète et qui n’en ont rien à faire de l’écologisme
    2) il y a les vrais écologistes , qui vivent la plupart à la campagne , cultivent leurs jardins et vivent en appliquant les consignes de la troisième catégorie décrite ci-dessous ; parmi ces campagnards , il faut enlever les agriculteurs qui détruisent les forêts , les haies et les sols et partent en vacances à l’autre bout du monde quand le peuple travaille
    3) il a enfin les écologistes, ceux qui n’ont pas d’humour : certains sont scientifiques et travaillent pour le GIEC, d’autres n’y connaissent rien aux complexes climatiques et aux nombreuses données scientifiques qui guident les climats : ces personnes travaillent principalement dans les médias pour essayer de guider les gens mentionnés en 1) et 2) pour les faire économiser le CO2 et faire durer celui-ci plus longtemps pour remplir les caisses de l’état via les taxes sur le pétrole et le gaz
    4) et il y a bien sûr les écologistes politiciens ou employés par ceux-ci ; ils n’ont vraiment rien d’un vrai écologiste: leur but c’est de payer les gens cités en 3) plus quelques industriels qui font travailler les gens cités en 1) et 2) 
    Fritz

  2. Les écologistes au sommet de l’état ont quand même une certaine forme d’humour : ils ont créé un ministère du climat, imaginant sans doute que les décrets et lois relatifs au soleil et aux intempéries seront suivis d’effet.

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