L’été caniculaire de 2026 consacre-t-il la victoire des écologistes ?

Par Jean de Kervasdoué (Article initialement publié par Le Point)

On peut le redouter. Il n’en est rien. 

Certes, depuis des décennies ils ont activement relayé les travaux du GIEC et souligné la responsabilité humaine dans la croissance du rejet des gaz à effet de serre, mais ils ne furent pas les seuls et, notamment, pour avoir négocié l’accord de Paris, le nom de Laurent Fabius vient à l’esprit. Ministre des affaires étrangères et Président de la COP21 en 2015, son rôle a été central dans sa signature, « spectaculaire » victoire pour reprendre ici le qualificatif de John Kerry, alors Secrétaire d’Etat des Etats-Unis.

Cet accord n’a cependant pas été suivi des effets escomptés : le rejet de gaz à effet de serre mondial – le seul qui importe – n’a cessé de croître depuis. Cela était prévisible[1], nous l’avons notamment écrit, dans ces colonnes, tout en déplorant cette évolution attendue.

La Chine, l’Inde, la Russie, mais aussi les Etats-Unis et, plus proches de nous : l’Allemagne et la Pologne ont continué de faire tourner des centrales électriques au gaz (qui n’est en rien une énergie « propre »), comme celles au charbon. Ces pays ont également accru leur production industrielle d’acier, de ciment, d’engrais… tout en développant le transport routier et aérien, puis les hébergeurs de données, grands consommateurs d’énergie.

Certes l’Europe, et plus particulièrement la France, a sacrifié son industrie et son agriculture pour tenter de réduire ses rejets de gaz à effet de serre. Elle n’y est que modestement parvenue quand l’on ajoute à l’émission produite sur son territoire l’empreinte carbone liée à ses importations.

Il en est de même des Européens dont le bilan carbone par habitant n’est passé que de 10 tonnes en 2015 à 9 tonnes en 2023, tandis que, simultanément, entre 2015 et 2024, les émissions mondiales de gaz à effet de serre augmentaient de 9,8%.

Cette croissance est due pour l’essentiel à la Chine (+20,1%) et à l’Inde (+32,1%), tandis que la France – qui ne représente que 0,7% des émissions mondiales en 2024 – les baissait de 18,1% si l’on ne tient pas compte des importations de la période.

Pour apprécier le rôle de la France, il faut avoir en tête que la totalité des rejets annuels du pays, soit donc 7 pour mille des rejets mondiaux, ne représente que 12,6% de la seule croissance de ces rejets au cours de la période 2015 – 2024, une part infime donc !

Il était donc irresponsable de négliger l’adaptation de la France à un phénomène annoncé et d’avoir pour obsession la seule baisse des rejets de gaz à effets de serre, certes indispensable, mais factuellement infime.

Une autre manière de l’illustrer est de constater que la croissance mondiale des rejets de gaz à effet de serre en 2025 fut de 381 millions de tonnes ; or la totalité des rejets français – et non pas la croissance de ces rejets – sont de 359 millions de tonnes, hors puits de carbone (forêts, sols …) soit moins de 1% de la croissance.

Mais l’essentiel n’est pas là car c’est la masse planétaire des gaz à effet de serre qui joue un rôle dans le réchauffement, or elle représente 3 300 milliards de tonnes. Autrement dit, si la France disparaissait totalement, la masse mondiale ne se réduirait que d’un dix-millième. Cessons de penser que nous sommes les seuls sur Terre et que notre politique, prétendument exemplaire, va entrainer les Gouvernants des autres pays de la Planète. Non, ils nous regardent nous suicider et en tirent profit.

Au cours de la dernière décennie, il ne fallait pas parler d’adaptation en France, il ne fallait pas distraire le pays de l’objectif de réduction des émissions significatives de gaz à effet de serre, par essence inatteignable par la seule France. Ainsi, les politiques menées au nom de l’écologie par les gouvernements successifs ont consisté à combattre activement tout ce qui aurait permis une adaptation à l’inéluctable réchauffement pourtant annoncé par les écologistes. En réalité, ce fut parfois pire car certaines de leurs politiques ont aussi accru le rejet de gaz à effet de serre. Ce fut le cas notamment de la fermeture des centrales nucléaires.

Quant à l’adaptation au réchauffement ou plus précisément son échec, pas la plus importante mais la plus symbolique déclaration Ministérielle en la matière fut celle de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique en exercice. En juin 2026, en pleine canicule, elle indiqua en effet être « horrifiée » par la perspective de généraliser la climatisation, tout en expliquant, ce qui vaut une communication à l’Académie des sciences, que la climatisation ne permettrait pas d’empêcher les feux de forêt !

Pour ce qui est de la forêt, des taillis et du curage des fossés, la réglementation en vigueur pour favoriser la biodiversité a de facto réduit l’écoulement des eaux pluviales ; nous l’avons constaté cet hiver dans le nord de la France, mais elle a aussi maintenu une végétation au sol propagatrice de feu. Il en est de même de la végétation du bord des routes qui ne peut être réglementairement broyée et coupée qu’à certaines dates.

De même l’adaptation de l’agriculture française au réchauffement a pris du retard. Ainsi, Monique Barbut, déjà citée, a combattu Annie Genevard, sa collègue Ministre de l’agriculture, qui plaide – heureusement avec succès – l’usage en France des nouvelles techniques génomiques (NTG ou NGT) pour sélectionner des variétés de plantes résistantes aux grandes chaleurs et au stress hydrique.

Mais Madame Barbut fut Présidente de WWF-France de janvier 2021 à octobre 2023 et, Ministre de la République, reprend au nom de l’Etat ses positions de militante. WWF s’oppose systématiquement à ces techniques qui sont pourtant l’avenir de l’agriculture comme de la sylviculture, car elles seules permettent de produire rapidement de nouvelles variétés résistantes à la sécheresse. A l’évidence, il y a urgence.

Quant à la lutte permanente des écologistes contre les barrages et les retenues collinaires qualifiées par eux de « bassines », l’été caniculaire et sans pluie démontre pourtant leur criante utilité. Détourner quelques centaines de millions de mètres cube d’eau pendant les crues d’hiver, les stocker et les recycler en été pour l’irrigation, voire la consommation urbaine, a pour seul inconvénient d’empêcher des masses d’eau d’aller se perdre en mer : chaque année, les fleuves français y rejettent en effet 171 milliards de mètres cubes !

La France se réchauffe et doit s’adapter aux étés chauds et secs. Mais plus encore, comme on le découvre déjà, elle doit aménager d’urgence ses cours d’eau car ils vont devoir écouler des pluies abondantes, sans inonder les parcelles habitées de leur bassin versant. Une augmentation de la température d’un degré accroît les précipitations de 7%. Après les terribles et spectaculaires images d’incendies, préparons-nous à en voir d’autres encore plus mortelles et dévastatrices : celles des inondations qui vont vite venir.

Il est possible de maîtriser la nature. Les forestiers et les ingénieurs des Ponts le firent en France au dix-neuvième siècle en reboisant et en aménageant les bassins versants de nos grands fleuves après, notamment, les spectaculaires inondations de la ville de Lyon par la Saône (1840) et par la Saône et le Rhône (1856). La Camargue d’aujourd’hui n’a rien de « naturelle », même si la nature s’y épanouit. Elle doit son existence aux grands travaux d’endiguement, de drainage et d’irrigation du 19ème siècle.

130 années plus tard, inspirons-nous de nos Anciens en sortant de l’Etat les Don Quichotte aussi idéologues que malthusiens, en cessant de subir les effets d’une nature qui évolue et en s’y adaptant.

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7 réflexions au sujet de « L’été caniculaire de 2026 consacre-t-il la victoire des écologistes ? »

  1. Ce que dit L’IA sur les dernières canicules :
    « L’Arctique se réchauffe trois fois plus vite que le reste du globe à cause d’un phénomène naturel d’amplification polaire, principalement entraîné par la fonte de la glace et de la neige. Cet écart de température réduit le différentiel thermique entre le pôle et l’équateur, ce qui affaiblit les courants comme le Jet-Stream. Au lieu de souffler rapidement d’ouest en est en ligne droite, le Jet-Stream ondule de manière excessive, formant de grands « S ». Ces ondulations emprisonnent les systèmes météo. Les anticyclones responsables des canicules intenses (comme les dômes de chaleur) ou les gouttes froides causant des inondations catastrophiques restent bloqués au même endroit pendant des semaines. »

    Relevons à présent que les glaciers et l’Arctique ont commencé à reculer dès la seconde moitié du XIXe siècle, marquant la fin d’une période naturelle très froide appelée le Petit Âge Glaciaire. L’accélération brutale et inédite observée depuis quelques décennies n’est due qu’à un « effet fin de cycle » où l’incidence devient chaque fois plus perceptible, surtout avec des médias acquis au dogme CO2.

    • Tout est question de causalité.
      – Est-ce la fin du petit âge glaciaire qui a suscité l’essor de la civilisation moderne ?
      – Ou bien est-ce l’essor de la civilisation moderne qui a provoqué la fin du petit âge glaciaire ?*

    • @ Gaudar qui a rapporté des paroles de l’IA
      «  » » » » » »« L’Arctique se réchauffe trois fois plus vite que le reste du globe à cause d’un phénomène naturel d’amplification polaire, principalement entraîné par la fonte de la glace et de la neige » » » » » » » » »
      Il est quand même étonnant que utiliser une certaine quantité de chaleur pour faire fondre la glace réchauffe l’Arctique trois fois plus vite que là où il n’y a pas de glace
      ………….et pourtant il n’y a pas trois fois plus de CO2 que chez nous et peut-être même moins de vapeur d’eau autre gaz à effet de serre

    • Il suffit de mettre votre commentaire dans une IA et de lire ce qu’elle en « pense ».

      Sa conclusion :

      [Le texte part d’un fait parfaitement réel — l’Arctique possède une variabilité naturelle et une amplification polaire considérable — pour tirer une conclusion qui n’est pas démontrée : que l’accélération récente serait essentiellement la fin naturelle d’un cycle.
      Et il y a une nuance importante que je trouve particulièrement intéressante : reconnaître un rôle substantiel de la variabilité naturelle ne revient absolument pas à nier le rôle du CO₂ anthropique. La question scientifique sérieuse n’est pas « naturel ou CO₂ ? », mais quelle part de l’évolution observée revient à chaque mécanisme et comment leurs effets s’additionnent-ils ? ]

    • Je ne suis pas championne des questions de physique de l’atmosphère et je n’ai fait qu’un petit cursus universitaire de climatologie il y a maintenant 40 ans mais il y a une chose dont je suis sûre pour l’avoir expérimenté sur des sujets que je maîtrise bien :

      Au mêmes questions posées, les IA généralistes ont des réponses plus ou moins variables (en particulier sur des sujets sensibles).
      Cela varie encore plus si vous excluez wikipédia, les médias grands publics, les réseaux sociaux, les ONG.
      Cela varie encore davantage, voir s’inverse, si vous donnez à l’IA accès à des publications spécialisées payantes auxquelles les IA n’ont pas accès.
      Alors l’IA généraliste et grand public : méga méfiance.

      Ce n’est pas un jugement sur ce que vous écrivez, c’est un jugement sur les IA grand public.

  2. Remarquable Jean de Kervasdoué, ingénieur des eaux et forêts, brillant scientifique mais exclu des médias grands publics (comme Christian Lévêque par exemple).
    Ses crimes : Dénoncer le catastrophisme climatique et écologiste, soutenir le nucléaire et les progrès agricoles dont les OGM et les NGT, défendre barrages et stockage de l’eau, et vouloir expliquer pourquoi, en développant des argumentations solides mais un peu longues que le citoyen moyen ignare en sciences, ne connaissant la nature que depuis son béton et son bitume et biberonné aux slogans courts et sans fondements des catastrophistes, est incapable de comprendre, ni même de suivre car son attention ne tient pas.

    Faites des BD très simples et ludiques M. de Kervasdoué. Malheureusement, on en est là…

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