Les crues du Var sont-elles de plus en plus graves ?

Par Rémy Prud’homme

Le Var a été récemment frappé par des pluies diluviennes qui ont fait déborder les rivières, faisant, hélas, des victimes. Sans rien vérifier, radios, télés, et journaux ont immédiatement pointé le responsable : le réchauffement climatique. La hausse des températures entraîne inéluctablement une augmentation rapide et considérable des évènements extrêmes, nous a-t-on répété. Pluies et crues ont dans le Var atteint des niveaux jamais vus hier, qui les ont rendues mortelles. Et cela sera bien pire demain.

Les crues, ça se mesure. Un forestier varois m’envoie la chronique des relevés des cinquante dernières années de la station de mesure Decapris, dans la vallée de Sauvebonne, sur le Real Martin, principal affluent du Gapeau, qui rassemble les eaux de l’un des deux principaux bassins versants du Var. Au cours d’une année, le niveau des eaux varie considérablement, de quelques centimètres l’été à (parfois) plus de 4 mètres l’hiver. Le 23 novembre 2019, il a atteint 4,04 mètres. Ce niveau est-il inédit ? S’inscrit-il dans une tendance forte et claire, comme on nous le répète. Pour le savoir, on a considéré la valeur maximale annuelle enregistrée pour chacune des années depuis 1971. Un demi-siècle constitue en effet une période assez longue pour faire apparaître la fameuse « aggravation rapide des phénomènes extrêmes causés par le changement climatique » dont on nous rebat les oreilles. Le graphique ci-après présente les résultats obtenus. Que montre-t-il ?

La crue de 2019 a bien été très élevée. Mais nullement exceptionnelle. Elle a déjà été dépassée (en 1978, en 2014). Au cours du dernier demi-siècle l’ensemble des données disponibles ne fait apparaître absolument aucune aggravation des crues, et des pluies qui les causent. Si tendance il y a, elle est à la baisse, pas à la hausse. La moyenne des maxima annuels de la décennie 2010 (3,02 mètres) est nettement inférieure à la moyenne de la décennie 1970 (3,69 mètres). La pente de la droite qui résume le mieux le nuage de points est légèrement descendante. On ne peut que s’en réjouir.

Hauteur maximale de l’eau (cm) à la station de mesure Decapris (vallée de Sauvebonne )

Une fois de plus, le discours officiel dominant, relayé par les médias, a été en l’occurrence faux, trompeur, et mensonger. Dans le cas des crues du Var, ou bien le réchauffement n’engendre pas d’aggravation des évènements climatiques extrêmes, ou bien le réchauffement des cinquante dernières années a été trop faible pour que cette aggravation se manifeste (ou bien les deux à la fois). Ceux qui se sont appuyés sur ce cas pour hurler à « l’urgence climatique » ont ridiculisé leurs cris. Le pire n’est pas toujours sûr.


L’un de nos lecteurs nous signale un article de France Info du 8 décembre qui met en cause l’urbanisation galopante dans cette région qui aggrave les dégâts causés par les inondations en imperméabilisant les sols et empêchant l’eau d’être naturellement absorbée par la terre. France info présente des photos de huit sites du département avant (en 1955) et après (2017) pour illustrer l’étendue de la bétonisation dans le département. L’article est accessible en format .pdf en cliquant ici.

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