Climat : la transition démographique change tout

Samuel Furfari et Roland Duchâtelet

Le ralentissement spontané de la population mondiale pourrait suffire à réduire la pression climatique, sans sacrifier l’économie

Depuis plus de trente ans, la lutte contre le changement climatique structure les politiques publiques, les stratégies industrielles et les imaginaires collectifs. L’adoption, en 1992, de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques à Rio marquait le point de départ d’une mobilisation mondiale fondée sur une conviction : la croissance démographique et économique mènerait inexorablement à une pression croissante sur le climat.
Or, une hypothèse déterminante a fondamentalement changé : nous allons vers une décroissance de la population alors que l’hypothèse de base et donc le fondement de l’action de l’Union européenne par rapport à la problématique du climat partait de sa croissance exponentielle.
L’un de nous, industriel dans le domaine de l’électronique, a choisi il y a une vingtaine d’années d’investir, par conviction, dans l’éolien et le solaire afin de contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Comme beaucoup à l’époque, il a cru à la nécessité d’une transformation profonde des systèmes énergétiques. Les énergies renouvelables se sont ainsi imposées comme une réalité dans le mix électrique européen.
Ce bilan réel oblige à repenser la gouvernance climatique et à regarder l’avenir avec lucidité.

Le monde a changé, la natalité aussi

Le monde de 2026 est très différent de celui de 1990. À l’époque, l’internet n’existait pas encore. L’accès massif à l’information a profondément modifié les comportements humains, donnant aux individus — et en particulier aux femmes — une capacité de choix sans précédent.

Ce bouleversement a produit un effet inattendu et décisif : une chute rapide et généralisée du nombre d’enfants par femme. Partout dans le monde, les femmes ont désormais moins d’enfants que leurs mères. Ce mouvement repose avant tout sur des choix individuels : dans les sociétés développées, les femmes, plus autonomes et plus éduquées, arbitrent différemment entre maternité, carrière et mode de vie.

Au-delà des préférences individuelles, ce phénomène s’inscrit dans une dynamique plus large liée au développement économique. La hausse du niveau de vie, de l’urbanisation et de la consommation d’énergie s’accompagne systématiquement d’une baisse de la fécondité La contraception n’en est pas la cause mais l’outil.

Les faits sont désormais établis : l’Europe et la Chine se situent nettement en dessous du seuil de renouvellement des générations, les États-Unis suivent la même trajectoire, et l’Inde l’a récemment franchie à la baisse. Seule l’Afrique conserve aujourd’hui une fécondité élevée de 4 enfants par femme par rapport à 5,5 il y à 25 ans. Contrairement à l’Europe, l’Afrique n’a jamais eu des médias classiques qui ont influencé la population – et les femmes- dans leurs choix. Ce genre d’information est arrivé en Afrique fort récemment grâce à l’ Internet et des médias gratuits accessibles par Internet.

Cette évolution peut être diversement appréciée, et l’on peut, à titre personnel, en regretter certains effets. Elle n’en constitue pas moins une tendance observable, profonde et durable, portée par l’évolution des sociétés elles-mêmes.

Si le nombre moyen d’enfants par femme se stabilisait autour de 1,5 d’ici 2050, la population mondiale atteindrait environ 8,5 milliards d’individus, puis déclinerait. Si ce taux descendait à 1,3 et s’y maintenait, la population mondiale pourrait être divisée par deux d’ici la fin du siècle, pour atteindre environ 4 milliards d’habitants en 2100. Ces projections contrastent avec celles de 1990, qui prévoyaient plus de 10 milliards d’individus.

Les émissions mondiales de CO₂ dépendent en premier lieu du nombre d’habitants

Pour comprendre pleinement la portée de ce changement, il convient de rappeler une évidence souvent oubliée. Les émissions de CO₂ résultent de la multiplication de quatre facteurs (équation de Kaya) : le nombre d’habitants, le niveau de richesse produit par chacun (le PIB par habitant), la quantité d’énergie nécessaire pour produire cette richesse (l’intensité énergétique), et enfin la quantité de CO₂ émise par unité d’énergie consommée (l’intensité carbone). Depuis trente ans, les politiques européennes se sont concentrées — à juste titre — sur l’amélioration de ces deux intensités. En revanche, la question démographique est restée en dehors du champ de l’action publique, et il est heureux qu’il en soit ainsi : elle touche à la liberté la plus intime des individus. C’est un facteur naturel, qui se régule par le choix des individus, et que les politiques ne sauraient imposer sans porter atteinte aux libertés fondamentales.

Or, comme on vient de le voir, ce facteur se transforme de lui-même — spontanément et sans contrainte. Autrement dit, l’un des moteurs supposés du changement climatique — la croissance démographique — s’inverse, grâce à la liberté des femmes, au progrès économique, à l’éducation et à l’accès à l’information.

À l’échelle de l’histoire de la Terre, ce basculement est fulgurant. Si l’on ramène les 4,6 milliards d’années de notre planète à une journée de 24 heures, les émissions humaines de CO₂ n’occuperaient qu’une fraction de seconde — et pourraient disparaître tout aussi rapidement à mesure que la population mondiale décroît.

Cela ne signifie pas que le défi environnemental doive être ignoré. La qualité de l’air dans nos villes s’est améliorée, tout comme le confort de vie, grâce aux progrès technologiques et aux réglementations. Ces évolutions doivent se poursuivre.

Mais elles doivent aussi être pensées à la lumière de cette nouvelle réalité démographique. L’idée qu’il faudrait freiner drastiquement l’activité économique pour répondre au défi climatique repose sur des hypothèses dépassées. Le monde n’est plus engagé dans une spirale incontrôlée de croissance humaine ; il entre dans une phase de contraction progressive.

Plutôt qu’opposer écologie et prospérité, il est temps de reconnaître que le développement — en particulier l’éducation et l’autonomie des individus — constitue lui-même une réponse puissante aux défis climatiques.

Le monde a changé. Nos analyses doivent changer avec lui.

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19 réflexions au sujet de « Climat : la transition démographique change tout »

  1. On peut faire changer les gens d’opinion et peut-être même de conviction, mais pas de croyances qui sont aussi tenaces que les haines infondées
    « par ceci même qu’aucun argument ne saurait les éteindre » ( De Gaulle)

  2. Il est assez édifiant de voir à quel point la société française appréhende si mal la dénatalité. C’est un phénomène mondial, dont la trajectoire s’est amorcée il y a 60 ans, avec une pente continu. Le coût énergétique va forcément augmenter avec une population vieillissante grandissante. La dénatalité est un problème profond et unique dans l’histoire de l’humanité, qui dépasse de tres loin, par sa gravité structurelle le modeste réchauffement climatique

  3. L’Europe et la France ont mené et mènent toujours des politiques dénatalistes. Est-ce en lien avec le sujet ? Je suppose que c’est peu probable.

  4. En juillet 2020, une étude de chercheurs de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), parue dans The Lancet37, prévoit une baisse de la démographie mondiale à partir de 2064, avec un pic à 9,7 milliards d’individus et un effectif de 8,8 milliards en 210038,39. La différence d’évaluation avec l’ONU, qui anticipe une poursuite de la croissance démographique jusqu’en 2100, s’explique principalement par la prévision d’une chute de la fécondité due à l’amélioration de l’accès à la contraception et l’éducation des filles et des femmes38. Cette diminution est toutefois peu probable en raison de l’inertie démographique (voir au-dessus)29.
    Le 22 août 2022, James Pomeroy, économiste chez HSBC, publie une étude qui conclut que le recul du taux de fécondité, tombé en 2021 à 2,3 naissances par femme, pourrait continuer plus rapidement que prévu par l’ONU, qui prévoit qu’il serait à 2,1 en 2050. Selon lui, la population mondiale attendrait son pic vers 2043 (et non vers 2080 comme le prévoit l’ONU), et chuterait de moitié d’ici 2100, à environ 4 milliards40.
    Le rapport 2024 de l’ONU compare ses propres prévisions avec celles de deux autres institutions : Wittgenstein Center for Demography and Human Capital (WIC) et l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) : les projections de l’ONU sont les plus élevées, les deux autres projections prévoient un pic de population plus précoce et des populations 2100 plus basses : 9,9 milliards selon WIC et 8,8 milliards selon IHMEp 3.

  5. La baisse de la population par suite du manque de naissances provoque un phénomène mal connu, mais qui apparait catastrophique : en effet, si le rapport actifs/inactifs devient trop petit, le revenu des actifs se trouve amputé d’une façon qui peut devenir insupportable. Celui des inactifs aussi Or, cette conséquence n’est pas très bien comprise par la masse des individus en mesure de procréer.
    Peut-on considérer comme intangible parce que faisant partie des libertés fondamentales le fait de demander des naissances lorsque la survie d’une fraction de plus en plus grande de la population est en jeu ?
    (Je suis pourtant un ardent libéral).

    • Bien d’accord avec vous. C’est effectivement la première fois, dans la vie de l’Humanité, que nous assistons à une baisse volontaire et assumée de la natalité donc de la population. Il y a eu par le passé des baisses brutales dues aux guerres et, surtout, aux maladies. Les gens faisaient beaucoup d’enfants pour leur assurer une fin de vie supportée par les jeunes. C’est encore le cas en Afrique. Le problème, c’est que , au moment où les gens peuvent faire des enfants, ils ne sont pas encore vieux donc ils n’ont pas conscience du problème. Au bout d’un certain temps, la population finira par se stabiliser; le problème sera la transition en particulier les retraites des anciens financées par les jeunes …

  6. La dénatalité et son corollaire la baisse démographique semblent inéluctables avec l’accession à un niveau de vie supérieur. Cette baisse future du nombre d’habitants devra être compensée pour éviter le désastre économique prévu, par une refonte complète du système actuel. Il faudra enfin prendre en compte la place de plus en plus importante des robots et de la mécanisation dans nos économies (par exemple dans l’automobile où l’automatisation des taches, soudures, peinture, assemblage…a réduit considérablement la présence humaine). Ce nouveau paradigme devra s’accompagner d’une refonte complète de la fiscalité et de la finance avec par exemple une imposition sur les robots et un partage des richesses de production qui permettront un financement de l’inéluctable baisse de l’activité humaine proprement dite. (allongement de l’espérance de vie, revenu universel, place accrue des loisirs et de la culture…)

  7. Il faudrait savoir.
    Soit les « climato réalistes » affirment qu’il n’y a pas de grave probleme CO2 dans le monde, soit la dénatalité urgente aide le grave probleme du CO2 anthropique en excès. Ce site n’est pas sérieux.

    • Pour ceux qui comme vous ont la comprenette paresseuse ou qui font semblant pour soulever des contradictions qui n’existent pas :

      Point de vue carboniste : le « réchauffement » est dû au CO2 émis par l’activité humaine ; par conséquent, la dénatalité diminue le problème (moins d’humains = moins de CO2 émis = diminution du réchauffement).

      Point de vu réaliste : le « réchauffement » n’est qu’une énième variation climatique comme la Terre en connaît depuis des milliards d’années ; la dénatalité n’y change donc rien.

  8. Je sens une pointe aiguë de malthuianisme dans ce texte. J’en suis bien étonné.
    N’ayez aucune crainte. La future guerre qui pointe son nez fera le travail souhaité par les eugénistes de service et au pouvoir.
    Les quidams n’ont aucune notion du drame qui se joue. Leur survie est en jeu.

  9. Que d’opinions libérées dans ce qui est écrit ici et que de choses ennuyeuses de mon point de vue!
    Je retiens est que la baisse de la natalité est un vrai sujet, qui sort de la zone du tabou. Qu’il y ait une décroissance dans 10 ans ou 50 ans n’est pas le plus important.
    Nous aurons tout le loisir de suivre cette évolution ainsi que les études, modélisations et analyses qui en découleront.
    Ironie de l’Histoire: certains (medias notamment) ont voulu valoriser l’écoféminisme qui allait lutter directement contre les émissions de GES (et en s’opposant à l’odieux petromasculinisme). Apparemment c’est la très souhaitable amélioration de la condition des femmes – à travers la santé, l’éducation, l’information juste, etc – qui va, par des milliards de choix individuels, apporter une réponse favorable à la question de l’empreinte humaine sur la planète

  10. Ne pas oublier que les vaccinations sont un programme de réduction de la population, sic Bill Gates lors de l’exercice Event d’Octobre 2019, devant les caméras et enregistré: « Avec un bon programme de vaccinations, je peux réduire la population mondiale de 10 à 15% » sic. Ceux qui censurent ce genre de commentaires ne veulent pas sortir de leur zone de confort, comme les climatistes, et sont des cerveaux rigides et sous hypnose légère tout autant que ces derniers.

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