Allons nous manquer d’électricité cet hiver ?

Par Xavier Rondot (cadre retraité de l’EDF)

En tout début de ce siècle, l’Europe a imposé aux états membres l’ouverture du « grand marché de l’électricité ». De ce fait, l’Etat français est devenu responsable de la continuité de service de l’électricité ! Auparavant, EDF assurait cette responsabilité. Ainsi, les producteurs d’électricité n’ont plus aucune obligation d’assurer une continuité d’alimentation : c’est très commode pour les producteurs d’énergie renouvelable. C’est RTE (Réseau de Transport d’Energie) qui a délégation de cette continuité d’alimentation électrique, sous contrôle de la CRE (Commission de Régulation de l’Energie). Mais l’Etat en garde la responsabilité. On comprend alors les « gesticulations » actuelles du monde politique pour préparer les Français à des coupures « programmées » en cas de grands froids !

Pourquoi en sommes-nous arrivés à craindre ce manque de production d’électricité ?

Hors l’EPR de Flamanville, depuis vingt ans, aucun site de production électrique important n‘a été décidé dans l’hexagone. EDF a réduit considérablement sa production d’origine fossile : disparition de toutes les centrales au fioul et centrales charbon, sauf trois tranches de 600 MW totalement modernisées…..et que l’Etat veut fermer. Depuis dix ans, ce sont 8.7 GW d’énergie fossile qui ont été supprimés. De plus, EDF vient de fermer la Centrale nucléaire de Fessenheim (- 1.8 GW).

En parallèle, on a investit considérablement dans les énergies renouvelables ! En vingt ans, le parc éolien a augmenté de 16 GW et le solaire de 9 GW (Pour mémoire, le parc nucléaire est de 63 GW et l’hydraulique de 25.5 GW). Ces énergies éoliennes et solaires sont fluctuantes: la nuit sans vent, il n’y a pas de courant produit !

La gestion du Système électrique devient fort complexe avec ces productions non pilotables. Pour expliquer ce manque de production actuelle, « on » invoque la COVID qui a occasionné des retards dans les opérations de maintenance. C’est sûrement une réalité… Cependant, on n’a pas hésité à mobiliser des moyens humains très importants pour fermer la première tranche de Fessenheim en début d’année et la deuxième en juin !

L’avenir du Système électrique France est une « grande inconnue » !

Ceci est d’autant plus inquiétant, que la Loi de « Transition énergétique pour la croissance verte » et ses décrets associés de la PPE (Plan Pluriannuel de l’énergie) vont mener la France dans une impasse ! Le nouveau décret sur la PPE est paru le 21 avril dernier (sortie du confinement !).

Etant donné l’objectif poursuivi qui est de porter la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité et d’accélérer le développement des énergies renouvelables, il est ainsi prévu :

  • d’arrêter définitivement à partir de 2025, 12 réacteurs de 900 MW (identiques à ceux de Fessenheim) avant 2035, soit 11 GW, c’est-à-dire 17% des capacités nucléaires actuelles !
  • de porter le parc d’éoliennes terrestres à 33 GW (hypothèse basse…), pour 2028 (soit un doublement de l’existant).
  • d’avoir 5.2 GW d’éolien off-shore, en 2028.
  • De porter le parc solaire à 35 GW (hypothèse basse), pour 2028 (presque quatre fois la puissance actuelle)!

C’est un programme d’investissements gigantesqueset qui n’apporte rien à la sécurisation d’alimentation électrique de la France !

En effet, le solaire ne produit pas la nuit, l’éolien produit très peu en cas de système anticyclonique généralisé sur le pays. Quant-à la suppression des tranches nucléaires, si on la décide, on se retrouvera dans une situation beaucoup plus dégradée qu’actuellement en diminuant les capacités présentes du parc EDF !

Que veut-on réellement ?

Espère-t-on une décroissance rapide de notre pays et des « tournantes » de coupures d’électricité qui n’apporteront que précarité ?

Nous sommes dans une incompréhension totale !

Je « remets les pieds sur terre » ce jour, et je regarde les courbes de RTE qui donnent en temps réel les consommations et productions d’électricité en France (site eco2mix). Que constatons-nous à 19 heures, ce 24 novembre 2020 ?

L’appel de puissance consommée est de 61 994 MW * (A noter une puissance relativement faible, due à cette période de pandémie…). La production totale est de 65 066 MW, dans celle-ci la production solaire est nulle et la production de tout l’éolien français apporte une puissance de 1111 MW. Ainsi, l’éolien à 19 heures, ce 24 novembre n’apporte que 1.7% de la puissance appelée ! On peut bien multiplier par 10 le nombre d’éoliennes, on ne remplacera pas les 12 tranches nucléaires disparues ! IL ne faut pas sortir de Grandes Ecoles pour comprendre qu’il y aura « un problème » dans l’équilibre « consommation = production ». Cette équation est la règle d’or de la stabilité d’un système électrique.

Le politique peut ignorer la réalité, mais il ne peut faire fi des lois de la physique ! Pour garder confiance et aborder les années qui viennent sereinement, il est nécessaire que le politique ait le courage de revoir en profondeur cette loi de « Transition énergétique pour la croissance verte » ! Cette révision est d’autant plus d’actualité que l’Organisation Météorologique Mondiale (dont émane le GIEC) reconnaît, dans un communiqué du 23 novembre dernier, que la réduction des émissions de  CO2, due au confinement d’une partie de l’humanité, n’aura aucun effet significatif sur la tendance à la hausse de la concentration atmosphérique en gaz carbonique. Les chiffres prévisionnels évoquent une baisse pourtant considérable de 17% des émissions quotidiennes, au plus fort de la pandémie !

L’avenir est à ceux qui sauront prendre les décisions courageuses et cohérentes !


*A titre d’information, la puissance appelée le 8 février 2012, fut de 102 098 MW !

  Le Watt est une unité de puissance électrique : 1 MW = 1 million de Watts et 1 GW = 1 milliard de Watts

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4 réflexions au sujet de « Allons nous manquer d’électricité cet hiver ? »

  1. J’ajoute que nous sommes encore dans la bosse des hivers neigeux mais peu froids .
    Hors nous allons vers un refroidissement climatique durable (minimum solaire de Eddy). Nous aurons besoin de plus en plus d’électricité en hiver. Mais les PFV seront couverts de neige, givrés et inopérants, quant aux éoliennes elles seront givrées pour peu qu’il y ait du vent. Pire certaines rivières seront gelées, comme au XVII e siècle, et donc certaines centrales ne pourront plus se refroidir. Rappelons que même avec un aéroréfrigérant 10% de l’eau de refroidissement part en évaporation qu’il faut compenser par l’eau de la rivière. Il faudra prendre des contre-mesures type gros réservoirs d’eau maintenue liquide pour compenser ces 10 % (sur quelle période ?), soit des coûts supplémentaires pour les centrales sur fleuves. Les coupures ne vont faire que se multiplier si on ne construit pas de nouvelles centrales nucléaires adaptées aux grands froids.
    L’écologie est un agrégat de sciences trop sérieuses pour être laissées aux mains des seuls écologistes.

  2. Je souhaite vivement que nous ayons de sévères coupures de courant dès cet hiver, ce qui aurait le mérite d’ouvrir les yeux de l’opinion enfumée depuis des années par les mirages écologistes. Le spectre de Fessenheim ressurgirait instantanément et de nombreuses voix exigeraient sa remise en marche. Il n’est pas sûr que cela soit techniquement possible…
    L’article omet de parler de la montée en puissance de la flotte des véhicules électriques qui ne pourra certainement pas être alimentée ni par l’éolien ni par le photovoltaïque dans les années qui viennent. Les puissances nécessaires pour recharger ne serait-ce qu’une fois par semaine des millions de véhicules ne pourront être fournies que par des centrales nucléaires. Le projet d’arrêter 12 réacteurs de 900 MW sur dix ans entre 2025 et 2035 est d’une stupidité insondable, car cela revient à tuer dans l’oeuf le développement des véhicules électriques, au moment même où le gvt veut interdire la fabrication et la vente des véhicules à carburants fossiles.
    On est chez les fous !

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