À propos des incendies de l’été 2021 en Grèce

En Grèce, 116 000 hectares de forêts sont partis en fumée dans des incendies d’une ampleur historique avec des régions particulièrement touchées, notamment l’île d’Eubée.

La responsabilité du changement climatique : un argument spécieux

Ces incendies ont coïncidé avec la publication le 9 août du sixième rapport d’évaluation du GIEC qui affirme que « les preuves qui montrent du changement dans des extrêmes comme les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses et les cyclones tropicaux (…) ont été renforcées depuis » le dernier rapport de 2014.

Le gouvernement grec a saisi l’occasion pour se dédouaner de ses responsabilités. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a évoqué une catastrophe environnementale sans précédent qu’il a directement reliée au changement climatique.

Si ces incendies étaient liés au dérèglement climatique, on observerait une augmentation continue de leur occurrence et de leur gravité au fil du temps, ce qui n’est pas le cas. Le rapport 2019 sur les incendies en Europe du Joint research center (une entité qui relève de la Commission européenne), n’indique aucune évolution de ce type sur la période 1980-2019 comme le montrent les diagrammes ci-dessous.

Feux en Grèce de 1980 à 2019. Surfaces brûlées en hectares (a), nombre de feux (b), surfaces brûlées par feu en hectares (c). Source : JCR (Forest Fires in Europe midle est and north Africa)

Que l’on examine les surfaces brûlées, le nombre de feux, ou les surfaces brûlées par feu, ces diagrammes ne mettent en évidence aucune tendance à l’augmentation.

Il existe en revanche une grande variabilité annuelle : ainsi, pendant l’été 2007 plus de 3 000 feux de forêt ont été enregistrés à travers le pays brûlant 270 000 hectares. Au cours de la saison 2019 en revanche, seulement 9 153 hectares de superficie brûlée ont été enregistrés.

La gestion calamiteuse des autorités grecques : la vraie cause de cette tragédie

Les Grecs en tout cas ne sont pas dupes et l’ont fait savoir à leur gouvernement en manifestant en masse. Leurs critiques portent au moins sur deux aspects de la politique de lutte contre les incendies : l’insuffisance du reboisement, l’indigence des moyens.

L’insuffisance du reboisement

Ce problème est ancien et avait fait l’objet dès 1996 d’une note du Parlement européen. De l’avis de tous les responsables forestiers grecs, les reboisements sont pratiquement inexistants en dehors des zones déjà forestières. Le pâturage anarchique, un personnel forestier mal formé et sans autorité, une population locale non sensibilisée à ce problème entravent fortement le reboisement des 3 millions d’hectares potentiellement reboisables que ce soit pour la production ligneuse ou la protection des sols et des sites.

L’indigence des moyens

Un article de la revue en ligne Slate résume la situation. L’effectif des pompiers grecs actifs, estimé à 14.000 avec une moyenne d’âge supérieure à 45 ans est notoirement insuffisant. Les pompiers travaillent avec des équipements vétustes, composés de lances à eau trouées et de camions vieux de plus de dix ans. Sur les 74 bombardiers et hélicoptères dont dispose le pays, seuls vingt peuvent voler en même temps. Financés à hauteur de 1,7 million d’euros, bien loin des 15 millions demandé, les services forestiers manquent également de moyens pour travailler à la prévention des incendies. Il est impossible d’entretenir et de protéger les régions boisées dans ces conditions.

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10 réflexions au sujet de « À propos des incendies de l’été 2021 en Grèce »

  1. Quand on regarde la tendance des 2 premiers graphiques, on a la même qu’avec les ouragans dans l’atlantique nord, à savoir une diminution depuis 25- 30 ans. Sûrement à cause du réchauffement climatique ; ou de Poutine ; ou du Brexit ; ou de Trump ; allez savoir…

  2. Il faut souligner la responsabilité humaine dans tous ces incendies. En Californie, 84% ont une origine humaine accidentelle ou intentionnelle. Quand on sait que la population de cet état a été multipliée par 17 au cour du 20e siècle, on peut dresser un parallèle avec les incendies en Grèce ou même en France du fait de l’accroissement énorme de la population estivale résidentielle ou touristique. Des lotissements ont été construits par milliers avec les accès routiers ou autoroutiers conséquents, les réseaux électriques, téléphone, fibre, égouts, etc…
    Le réchauffement climatique a bon dos. Un incendie, il faut une étincelle pour le déclencher. Les départs de feu par la foudre sont prouvés mais sont extrêmement rares. 99 fois sur 100 la main de l’homme apparait directement ou indirectement.

  3. Je trouve très intéressant d’aller fouiller dans les archives meteo du passé. J’invite ceux qui veulent retrouver le “climat” de la fin du 19eme siècle d’aller jeter un oeil, rien qu’en France déjà, entre inondations à répétition, tornades, canicules et j’en passe, ça donne pas envie.

  4. Il ne faut pas trop accabler la Grèce, pays aux faibles ressources, qui ne peut se permettre de gérer une armada volante de lutte contre les incendies. Mutatis mutandis, d’ailleurs, la France ne fait guère mieux; La Turquie restant toujours agressive à leur égard, les Hellènes doivent assumer en outre un budget militaire très lourd. Accordons-leur le bénéfice des circonstances atténuantes. La référence du Premier ministre au prétendu réchauffement climatique constitue une commode défausse mais tous les dirigeants de la planète semblent en être là.
    Enfin, si bien équipés que pourraient être – dans l’idéal – les pompiers, ils ne parviendraient quand même pas à stopper rapidement les feux de forêt pendant les étés très secs et très venteux. On voit bien qu’en Californie, les Américains, quoique munis d’énormes moyens, échouent aussi.

  5. En tout cas, actuellement en Grèce, quand vous en parlez aux locaux, il n’y a absolument rien d’exceptionnel pour eux, ils vivent avec depuis toujours.

    • Tout à fait exact. C’est comme dans le Var, où je réside depuis 1956, théâtre régulier d’incendies très importants. En 2003, 10.000 hectares des Maures (qui s’étendent sur 135.000) avaient été détruits. Personne ou presque n’évoquait le réchauffement de la planète. Tout a depuis longtemps repoussé…

  6. Quand je vois le mal que j’ai à allumer mon barbecue, je me demande comment on peut provoquer de pareils désastres avec un mégot de cigarette.
    Mais je ne voudrais surtout pas passer pour un complotiste.

  7. Question de béotien, en quoi le reboisement empêcherait-il ces grands feux, instinctivement on pense plutôt l’inverse… ?

    Sinon tout fonctionne toujours derrière la même logique. Les nécessités du développement économique (étalement urbain, surpopulation, monoculture de certaines essence…) crées des conditions favorables à l’apparition de grands feux (ce qui n’est donc pas nouveau mais date des premières grandes villes au moyen-âge),mais le Capital rejette systématiquement ça sur des causes qui lui spnt extérieur et soi disans aléatoire…

    Et évidement le réchauffement climatique n’est que la justification idéologique pour préparer la transition vers un capitalisme vert, un new deal green comme si justement dit dans un autre article.

  8. Feux du Var
    Loin de la doxa climatique, prendre un peu de recul est salutaire. Ces derniers jours les médias et la presse ont affolé les citoyens en reliant systématiquement feux et réchauffement. C’est oublier que, dans ces régions méditerranéennes, les feux sont récurrents en période de sècheresse. Même avec des températures moins élevées, les périodes sèches sont courantes dans ces départements dès le mois d’avril. Conditions idéales dès que mistral souffle, les feux, se déclarent presque toujours d’origine humaine, volontaires ou accidentels. Tous ceux qui comme moi ont vécu dans ces régions peuvent confirmer les dires de l’auteur sur la régénération active de la nature après un incendie. Ne me faites pas dire que les pyromanes sont des activistes bienfaiteurs. Ces gens-là sont bien des criminels.
    Mais des grands feux dans ces régions, ça arrive assez régulièrement ; J’ai connu le grand feu de 1979, exactement au même endroit en plein massif des Maures. A l’époque les moyens étaient plus limités et 7000 ha partis en fumée. Si le spectacle est désolant après coup, la nature reprend vite ses droits. Voici les observations relevées par les techniciens l’ONF.
    2 mois après l’incendie, les insectes reviennent et attirent les oiseaux prédateurs. 6 mois plus tard, les premières pousses de pins réapparaissent. Les abeilles et les rapaces repeuplent la forêt 9 mois après la catastrophe ; une année pour que les graminées, les buissons des garrigues et les mousses refassent leur apparition ;
    3 ans après, les chênes-liège survivants retrouvent toute ou partie de leur feuillage ;
    Il faut 5 ans pour que toutes les espèces végétales soient de retour. Même laps de temps pour les souris et autres rongeurs ;
    En 10 ans, les nouveaux pins atteignent 3 mètres, mais pour que la forêt regagne son apparence originale, il faut attendre 150 ans, sans nouvel incendie.

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