Tri sélectif

par Philippe Catier.

On connaît l’obstacle représenté par le confort dans la réalisation des objectifs de la COP 21. II me semble que cette notion qui a trait à la réalisation de nos besoins énergétiques quoiqu’il en coûte, surtout dans notre société du « tout et tout de suite », peut s’étendre à des domaines moins évidents mais tout aussi caricaturaux et  variés, intellectuels, professionnels, éthiques ou sociologiques, tous domaines qui peuvent aussi être impactés plus ou moins directement par le souci environnemental.

Mus par le besoin de confort nous faisons volontiers un tri sélectif dans nos exigences et indignations.

Sur le plan intellectuel en général, ce peut être une sélection d’arguments orientée par l’idéologie. C’est alors une épistémologie dite téléologique qui se met en œuvre, qui consiste à ne retenir que les arguments qui vont dans le sens d’une théorie préétablie. C’est plus confortable que d’explorer, d’analyser honnêtement les données contradictoires de quelque origine qu’elles proviennent. 

Bien sûr, voir une opinion différente supplanter la sienne est tout à fait désagréable et peut engendrer une certaine frustration. Il serait cependant infantile de ne pas dépasser cette frustration en ne considérant comme seule vérité celle que l’on profère. C’est pourtant ce que l’on constate chez beaucoup de scientifiques ou journalistes qui font le tri entre les bonnes et les mauvaises opinions, sans les confronter. C’est aussi ce à quoi correspond le mandat du GIEC : « mieux comprendre les risques liés au réchauffement du climat d’origine humaine ». Ses recherches ne concernent que les publications rentrant dans ce cadre préétabli. Il opère donc un tri sélectif de publications.

Sur le plan professionnel il est certainement plus confortable de ne pas s’opposer aux injonctions de la hiérarchie, au risque de perdre son poste comme l’illustre les sanctions appliquées à Susan Crockford ou Peter Ridd. Bon nombre de collaborateurs de laboratoires scientifiques peuvent fonctionner en subissant ce biais d’autorité puisque l’avancement dans la carrière est souvent à ce prix. Il faut donc opérer un choix, trier et jeter ses convictions au rebut. Cette soumission confortable augmente bien sur artificiellement le nombre de scientifiques revendiqué en allégeance au GIEC.

Dans un autre registre, l’éthique affichée par l’écologie est de protéger la vie dans toutes ses formes, la terre nourricière et ses paysages que l’homme abîme. Pour ne pas avoir à remettre en cause ces principes, elle se soustrait confortablement à la question de l’intérêt économique, esthétique et écologique réel pour privilégier ses convictions préétablies. Cela oblige à des contorsions théoriques dont l’illustration la plus patente est représentée par l’établissement des éoliennes comme prototype de l’énergie propre. Il faut une bonne dose de mauvaise foi pour affirmer cette hypothèse en éliminant par confort idéologique toutes les études qui démontrent le contraire : La destruction des paysages et des volatiles, le rendement insuffisant et l’adjonction obligatoire d’énergies pilotables fossiles, sont des arguments qui ne suscitent aucune émotion et sont mis à la poubelle par le tri écolo-idéologique. Le mouvement écologiste a des indignations sélectives.

La vie des animaux fait aussi partie de ce tri sélectif en regard de celle des humains, soit -disant responsables du collapsus à venir. Beaucoup seront plus sensibles à cette vie animale, à la préservation des espèces, qu’au bien-être de leurs congénères. Par exemple, tout démontre que le tiers monde a besoin d’énergies fossiles pour vivre et se développer mais on occultera ce fait car cela remet en cause l’idéologie anti CO2. Tant pis pour eux, le tri des préoccupations écologiques n’est pas en leur faveur au regard de l’accord de Paris.

Peu importe également que les gilets jaunes aient manifesté contre la taxe carbone, s’il faut sauver la planète l’économie des hommes n’a aucune importance. Encore une indignation sélective.

Plus généralement, le confort de pensée, le renoncement à l’exigence peut aussi mener, par contorsions successives, à diminuer dans bien des occasions, la valeur de la vie humaine et conduire à des arrangements discutables.

Ainsi, si le respect de la vie humaine est un principe incontournable, aux deux extrémités de celle-ci, il faut reconnaître qu’il est menacé par le confort de l’entourage, légalement ou pas. L’eugénisme et le confort de procréation frappent à la porte avec les techniques de reproduction et de l’intelligence artificielle. La notion de tri sélectif prend ici odieusement tout son sens.

Concernant l’énergie on entend souvent l’opprobre jeté sur les transports aériens en raison de leur consommation excessive d’énergie fossile. Fort de cette affirmation les jeunes en particulier, à l’instar de Greta Thunberg, décident de ne plus utiliser ce moyen de transport. Ils ne manquent d’ailleurs pas de communiquer leur indignation par mail à leurs connaissances. Là encore le tri sélectif dans l’indignation opère quand on sait que les mails consomment plus d’énergie que les transports aériens. Il est certain qu’ils occulteront cette objection pour pouvoir continuer à utiliser frénétiquement leur smartphone.

Ce tri peut cependant être positif :

Certains parmi les « amis de la terre », lassés de toutes ces discussions, appliquent concrètement leurs exigences à leur mode de vie. On ne peut que les saluer en admirant le fait qu’ils ne font pas les choses à moitié, en ne faisant pas le tri avec ce qui les arrange, ou en ne laissant pas les autres appliquer leurs conseils. Ils s’engagent dans l’économie modeste, circulaire, cultivant leur jardin et covoiturant. Ce n’est pas très confortable…

Peuvent-ils cependant servir de modèle à toute la société ? Peut être en partie mais certainement pas dans un extrémisme militant qui ne pourrait se généraliser que sous la contrainte. 

Tout ce qui ira dans le sens de la protection de la nature est bon à prendre. Mais en faire une politique décroissante pour éviter le prétendu collapsus ne ferait que détruire l’économie et précipiter la chute.

 Sans exigence scientifique, sans honnêteté intellectuelle, sans mise en application concrète et personnelle des principes que l’on énonce quoi qu’il nous en coûte, toute proposition finira dans la mauvaise poubelle et ne pourra être valorisée.