Les feux de forêt australiens réchauffent la basse stratosphère

Dans un article du 4 mars, Roy Spencer climatologue et chercheur à l’Université de l’Alabama, indique que les températures de la basse stratosphère des deux derniers mois sont les plus élevées depuis celles enregistrées après l’éruption du volcan Pinatubo (1991-93). Cela est montré par le graphique ci-dessous :

Fig. 1. Anomalies de température moyenne stratosphérique inférieure (LS) de janvier 1979 à février 2020 (UAH Version 6)

Une relation entre ce réchauffement et l’éruption du volcan Taal du 12 janvier aux Philippines a dans un premier temps été envisagée par le Dr Spencer. Mais l’éruption beaucoup plus massive du Pinatubo en juin 1991 n’avait produit ses effets sur les températures de la basse troposphère que le mois suivant l’éruption; or, comme le montre la figure 1 ci-dessus, le réchauffement est apparu au cours du même mois que l’éruption du volcan.

Le réchauffement de la stratosphère semble avoir pour origine les gigantesques feux de brousse australiens

La NASA avait déjà signalé que la fumée des feux de brousse australiens était détectable en janvier dans la stratosphère jusqu’à 20-25 kilomètres, (voir iciici et ). Les mesures proviennent du satellite CALIPSO qui dispose d’une instrumentation capable de mesurer avec précision l’altitude des aérosols.

NASA Earth Observatory : images de Joshua Stevens issues de CALIPSO

Le mécanisme du réchauffement de la stratosphère inférieure par la fumée est une combinaison du réchauffement solaire direct des particules de fumée et du réchauffement infrarouge par « effet de serre » de la couche de fumée, ce dernier mécanisme étant celui qui a provoqué le réchauffement après les éruptions des volcans El Chichon et Pinatubo. La couche d’aérosol très froide intercepte le rayonnement infrarouge par le bas et se réchauffe donc légèrement.

La fumée des incendies de forêt a une composition différente de celle des panaches volcaniques et les conséquences sur la météo et le climat ne sont pas aussi bien comprises. Une fumée présente à des altitudes aussi élevées dans l’atmosphère peut également avoir des effets sur la chimie de l’ozone stratosphérique. Elle peut aussi influencer la formation et la durée de vie des nuages ​​ainsi que leur luminosité. Tous ces effets peuvent modifier la façon dont la lumière du soleil est réfléchie et absorbée dans l’atmosphère.

Les conséquences sur le climat mondial

Une fois que la fumée a atteint stratosphère, les vents peuvent la transporter à grande vitesse depuis son emplacement d’origine, à travers le Pacifique, jusqu’en Amérique du Sud et au-delà.

Durant la première semaine de janvier 2020, une succession exceptionnelle de pyrocumulonimbus a été observée

Selon Colin Seftor , scientifique au Godaard Space Flight Center de la NASA, la fumée a déjà eu un impact important sur la Nouvelle-Zélande, dégradant gravement la qualité de l’air et assombrissant la neige au sommet des montagnes. Au-delà de la Nouvelle-Zélande, la fumée a maintenant parcouru plus de la moitié de la Terre, traversant l’Amérique du Sud, brumant le ciel et provoquant des levers et des couchers de soleil colorés. On s’attend à ce qu’il fasse au moins un circuit complet, revenant à nouveau dans le ciel de l’Australie affectant la qualité de l’air et le climat dans le monde entier.

En fonction des vents dominants, le tour de la Terre prendra entre deux et quatre semaines. Mais l’équateur agit comme une sorte de barrière dynamique qui empêche les masses d’air de l’hémisphère Nord de se mélanger avec celles de l’hémisphère Sud (et vice et versa). Les cendres et le monoxyde de carbone n’atteindront donc pas l’hémisphère Nord et seront dissipés avant. En revanche, le CO2 se répartira partout et pourrait participera au réchauffement climatique global.