Les épisodes de pluies intenses n’augmentent pas en France

Par Rémy Prud’homme. Professeur des universités (émérite)

Les épisodes de pluies torrentielles se multiplient-ils ? Sont-ils de plus en plus violents ? Pour le savoir, France-Info a interrogé un climatologue du CNRS (le 17.06.2019). Voici sa réponse : « On sait que dans le Sud de la France, les pluies intenses se sont intensifiées (sic) d’environ 20% depuis 50 ans dues au changement climatique ».

L’expression n’est pas très scientifique : comment est défini « le sud de la France » ? qu’est-ce qu’une « pluie intense » ? qu’est-ce qu’une pluie « qui s’intensifie » ? comment sait-on que cette éventuelle modification de la pluviométrie est causée par le changement du climat ? Foin de ces pinailleries. C’est une radio d’Etat qui vous parle. Elle s’enorgueillit d’une rubrique quotidienne intitulée « le vrai du faux » qui « fait la chasse aux approximation, contre vérités et autres idées reçues ». Il faut vraiment être un mauvais Français pour douter et ne pas s’indigner de ce nouveau méfait du changement climatique.

En cherchant un peu, cependant, nous avons trouvé ce mauvais Français, là où on le l’attendait guère: à France Météo. Sur le site de cette institution publique qui collecte les données sur les précipitations, on lit en effet : « En l’état actuel de l’analyse des observations, on ne note pas de tendance marquée à l’augmentation du nombre d’épisodes de pluies diluviennes dans le Sud-Est de la France (Figure 1) depuis qu’on peut les recenser de manière précise (à partir de 1958) ». A l’appui de cette affirmation qui contredit carrément le climatologue du CNRS, Météo France propose le graphique ci-après.

Pluies diluviennes

Figure 1 : indicateur « Pluies diluviennes dans le Sud Est Méditerranéen de la France » publié sur le site de l’Observatoire National des Effets du Réchauffement Climatique

Les épisodes de pluies intenses sont définis comme les cas où les précipitations durant une journée ont dépassé 10 cm, 15 cm, ou 19 cm. L’intensité annuelle est définie comme le nombre de tels épisodes dans l’année. Ce qu’il faut entendre par « région méditerranéennes de la France » n’est pas précisé, mais semble correspondre à l’(ancienne) région Languedoc-Roussillon, qui est, d’assez loin, la région de France où ces épisodes sont les plus fréquents. Ces définitions sont nécessairement un peu arbitraires, mais elles sont appliquées avec constance et permettent d’apprécier convenablement les évolutions.

Le graphique, ou plus exactement les trois graphiques emboîtés qu’il contient, ne montrent aucune intensification du phénomène. Ils semblent même, en particulier pour la courbe des épisodes de plus de 10 cm/jour, suggérer plutôt une diminution de l’intensité des pluies au cours des 50 dernières années. Météo France ne le dit pas, mais cette diminution est sans doute, comme le reste, à imputer au changement climatique.

Le chroniqueur de France-Info qui chasse le vrai du faux pourrait peut-être appliquer son talent aux déclarations de sa propre chaîne, et y débusquer le faux qui se cache parfois dans le vrai qu’elle débite.

 

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