Comment la politique déforme la vérité sur les inondations

Par Jim Steele ( ancien directeur du Field Campus de la Sierra Nevada )

Article initialement publié en anglais dans Pacifica Tribune le 12 juin 2019 What’s Natural et sur le site wattsupwithup

Au point de confluence des rivières Missouri et Mississippi, les « constructeurs de tumulus » amérindiens ont édifié Cahokia [1], la plus grande ville d’Amérique précolombienne. La fonction de ces tumulus est encore débattue ; étaient-ils des refuges contre les inondations fréquentes, ou bien des défenses stratégiques contre des attaques hostiles ou encore des monuments pour les élites au pouvoir ? J’ai tendance à penser que les trois explications sont valables. Pendant les périodes chaudes et arides avec des inondations mineures, la population de Cahokia s’est accrue. En 1250, sa population était équivalente à celle de Londres ou de Paris. Dans son superbe livre 1491, Charles Mann écrit à propos de Cahokia  : « les rois qui ont acquis leur légitimité en prétendant qu’ils contrôlaient les événements naturels devaient faire face à des récriminations coléreuses de la part de leurs sujets  lorsque les inondations catastrophiques revenaient ». De fait, après le retour des graves inondations, Cahokia fût finalement abandonnée.

Étrangement, à la suite des inondations dans la vallée du Mississippi en 2019, les politiciens ne dirent pas autre chose aux victimes des inondations, à savoir que grâce à leurs politiques climatiques ils prétendait également contrôler la météorologie. Ainsi, le gouverneur Inslee, de Washington, sur Twitter : « Pour les habitants de Davenport, dans l’Iowa, le changement climatique affecte personnellement les gens. Il détruit leurs maisons, nuit à leurs communautés et à leurs moyens de subsistance. Nous devons vaincre la crise climatique pour protéger nos compatriotes américains ». Le sénateur Warren a de son côté tweeté : « Les conséquences du changement climatique sont graves et touchent déjà des lieux comme Burlington, dans l’Iowa. Nous avons la responsabilité morale d’agir ». Ces politiciens ignorent la science et la longue histoire des inondations du Mississippi.

En recherchant les causes de l’abandon de Cahokia, des scientifiques ont mis au jour les cycles climatiques naturels [2] qui gouvernent les inondations de la région. Les grandes inondations étaient courantes entre 300 et 600 après JC. Ensuite, entre 600 et 1200 après JC, des conditions plus arides ont prévalu. Mais après 1200, de graves inondations sont revenues. Les oscillations naturelles des océans peuvent expliquer alternances de périodes sèches et humides. De fait le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ) n’accorde qu’un faible niveau de confiance aux effets du réchauffement de la planète sur les inondations modernes.

Il existe au-dessus de l’océan Atlantique, un vaste système de pression atmosphérique relativement permanent appelé  North Atlantic Subtropical High (NASH[3] communément appelé Bermuda high. Sa rotation dans le sens des aiguilles d’une montre a un impact critique sur le climat de l’est des États-Unis. Le NASH est la raison pour laquelle l’est des États-Unis connaît des étés très humides contrairement à l’ouest sec, car à la limite ouest du NASH, de l’air chaud et humide venant du sud est pompé vers le nord. Fait plus important encore, le NASH régit les sécheresses et les inondations régionales. Le NASH change naturellement de position au fil des décennies, entraîné par les oscillations naturelles des océans comme El Nino. Lorsque le NASH se déplace loin à l’ouest, une plus grande quantité d’humidité du golfe du Mexique est pompée dans les grandes plaines, provoquant davantage d’inondations. Inversement quand il est déplacé plus à l’est, le Midwest subit davantage de sécheresses.

Les journalistes non scientifiques et les responsables des médias insinuent faussement que les récentes inondations extrêmes sont dues au réchauffement de la planète. Ils invoquent une loi unique : « un air plus chaud peut contenir plus d’humidité ». Bien que vrai, cette loi est grossièrement mal interprétée. Les températures de l’air les plus chaudes de la planète se trouvent au-dessus des déserts, mais l’air y est sec. La clé des précipitations extrêmes n’est pas la température, mais la quantité d’humidité transportée des océans vers la terre. Pendant des périodes plus froides, de graves inondations ont été observées dans la vallée du Mississippi en 1809, 1829, 1844, 1851, 1874 et 1882. La grande inondation de 1927 est considérée comme la plus grande inondation moderne de la vallée du Mississippi. En raison de l’excès d’humidité provenant du Golfe, les précipitations moyennes ont presque doublé en 1927.

Contrairement aux prévisions du réchauffement planétaire, la vallée du Mississippi a également connu des températures inférieures à la moyenne en hiver et des chutes de neige supérieures à la moyenne au début de 2019. Le Service météorologique national a averti à l’avance que la fonte des neiges pourrait provoquer des inondations. Il a en outre averti que le sol gelé et les sols saturés n’absorberaient pas l’excès d’eau, augmentant ainsi le débit des cours d’eau et des rivières.

Beaucoup d’agriculteurs rejettent à juste titre les déclarations des politiciens sur le climat. En revanche les agriculteurs reprochent au corps des ingénieurs de l’armée les digues brisées et leur gestion inappropriée du système de digues. Les digues avaient incité les gens à se déplacer vers les plaines inondables. Ils ont supposé que ces digues seraient toujours entretenues. Mais pire encore, le systèmes de digues a involontairement augmenté les probabilités d’inondation.

Chaque année, des niveaux d’eau élevés dus à la fonte des neiges et aux pluies de printemps font que les rivières s’approchent du niveau de l’inondation. L’eau excédentaire devrait normalement être stockée dans les plaines inondables naturelles, minimisant ainsi les inondations en aval. Toutefois, lorsque les digues empêchent un fleuve d’accéder à ses plaines inondables, des volumes plus importants d’eau de crue sont acheminés vers l’aval. Au lieu de permettre aux eaux de crue de s’étendre, les digues rétrécissent la largeur du chenal d’une rivière, forçant celle-ci à remonter beaucoup plus haut que la normale. Ainsi, les chercheurs avaient averti que « l’ingénierie des rivières avait élevé le risque d’inondation dans le Bas-Mississippi à des niveaux sans précédent au cours des cinq derniers siècles » [4].

Incriminer le changement climatique causé par les émissions de CO2 ne fait que détourner l’attention des vrais problèmes. Si les hommes politiques espèrent sincèrement promouvoir une protection judicieuse contre les inondations, ils seraient bien avisés de s’informer sur les cycles climatiques naturels et les conséquences inattendues de la séparation des rivières de leurs plaines inondables.


[1]  Le site des Cahokia Mounds, à environ 13 km au nord de Saint Louis, Missouri, représente le plus grand foyer de peuplement précolombien au nord du Mexique. Il a été occupé essentiellement pendant le mississippien (800-1400), période où il couvrait 1 600 ha et comptait quelque 120 tumulus. https://whc.unesco.org/fr/list/198

[2] Cahokia’s emergence and decline coincided with shifts of flood frequency on the Mississippi River (Published online 2015 4 May doi: 10.1073/pnas.1501904112)

[3] Changes to the North Atlantic Subtropical High and Its Role in the Intensification of Summer Rainfall Variability in the Southeastern United States (https://journals.ametsoc.org/doi/full/10.1175/2010JCLI3829.1)

[4] Climatic control of Mississippi River flood hazard amplified by river engineering Nature volume 556, pages 95–98 (05 April 2018)

 

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