Introduction
Chaque année, entre 80 et 100 tempêtes tropicales sont observées dans le monde, inégalement réparties entre les océans Indien, Pacifique et Atlantique. Plus de la moitié atteignent des vents d’intensité permettent leur classification comme « cyclone », soit 65 nœuds (120 km/h). Un quart, deviennent des cyclones majeurs (catégorie 3 et supérieure selon la classification Saffir-Simpson). Si la plupart des cyclones tropicaux terminent leur cycle de vie sans toucher terre, nombreux sont ceux qui, chaque année, causent des dégâts catastrophiques et des pertes humaines dans les pays côtiers, y compris aux États-Unis.
Une année cyclonique 2025 plutôt calme
Malgré la virulence du cyclone Mélissa, l’activité cyclonique de l’année 2025 est resté inférieure à la moyenne 1990-2020 dans l’hémisphère Nord comme le montre le tableau ci-dessous. L’énergie cyclonique accumulée (ACE) est restée inférieure d’environ 20 % à la moyenne de la période 1991-2020, tandis que le nombre d’ouragans majeurs et de journées d’ouragan majeur a diminué respectivement d’environ 27 % et 36 % par rapport à leurs moyennes sur 30 ans (indiquées entre parenthèses).
Aucun ouragan n’a frappé le territoire continental des États-Unis, une première en dix ans.
Figure 1

Le bassin atlantique a finalement enregistré une ACE légèrement supérieure à la normale, principalement en raison de la puissance de l’ouragan Melissa qui a atteint en catégorie 5 le 27 octobre au sud de la Jamaïque. C’est l’ouragan le plus puissant à avoir touché terre dans l’Atlantique depuis Dorian en 2019 (avec des vents soutenus maximum de 298 km/h).
Le Pacifique Ouest, un facteur clé de l’activité tropicale mondiale, a connu sa septième année consécutive d’activité cyclonique intense (ACE) inférieure à la normale. Malgré un nombre de tempêtes supérieur à la moyenne de la période de référence 1991-2020, celles-ci étaient moins puissantes et de plus courte durée, confirmant une tendance à la baisse d’intensité dans cette région.
Evolution de la fréquence des cyclones sur la période 1970-2025

Le diagramme ci-dessous montre l’évolution sur 55 ans du nombre de cyclones. Qu’il s’agisse des tempêtes tropicales (courbe rouge), des cyclones (courbe bleue) ou des cyclones majeurs (courbe verte), ce diagramme ne fait apparaître aucune tendance claire ni à la hausse, ni à la baisse.
Energie cyclonique accumulée (ACE)
L’indicateur d’énergie cyclonique accumulée (en anglais Accumulated Cyclone Energy ou ACE) a été initialement créé par le Dr William Gray et ses collaborateurs de l’Université d’État du Colorado, puis perfectionné par la NOAA. Il s’agit du meilleur indicateur pour mesurer l’activité tropicale globale, car contrairement au nombre de tempêtes, il prend en compte non seulement l’intensité d’un cyclone tropical, mais aussi sa durée de vie.
Le diagramme suivant (Figure 4) montre l’évolution de l’Energie cyclonique accumulée depuis l’année 1970, soit sur 55 années.

Des pics d’ACE sont observables entre 1991–1994 et 2015–2018. Une analyse de Fourier montre une variation périodique dominante de 61,5 ans, et possiblement une autre de 5,6 ans. La saison des ouragans dans l’Atlantique est souvent plus active lorsque des conditions La Niña sont présentes dans le Pacifique à la fin de l’été (août–octobre), comme en 2017 (Johnstone & Curry, 2017).
Analyse par bassin
Le Colorado State University fournit l’historique de l’activité cyclonique pour les différents bassins sur des périodes plus ou moins longues (depuis 1851 pour l’Atlantique Nord, 1971 pour le Pacifique Nord-Est 1950 pour le Pacifique Nord-Ouest, 1972 pour l’Océan Indien Nord, 1980 pour l’Océan Indien Sud, 1980 pour le pacifique Sud).
Nous reproduisons ci-dessous les courbes d’évolution de l’ACE
- Pour les hémisphères Nord et Sud.
- pour les 6 bassins : Atlantique Nord, Pacifique Nord-Est, Pacifique Nord-Ouest, Océan Indien Nord, Océan Indien Sud, Pacifique Sud.









L’Oscillation Multi-décennale Atlantique (AMO) : une influence majeure sur la formation des cyclones
De nombreuses études montrent que les oscillations océaniques ont une influence majeure sur la formation des cyclones tropicaux (lire notre article du 26 septembre 2025 sur cette question).
Le météorologue américain Christopher Landsea, grand spécialiste des cyclones, adécouvert qu’une grande partie de l’activité cyclonique multi décennale peut être rattachée aux fluctuations multi décennales de l’Atlantique. Il relevait dès 1991 que l’activité des cyclones au cours des différentes phases de l’AMO était intrinsèquement liée aux régimes pluviométriques du Sahel occidental : la faible activité des cyclones dans l’Atlantique et la sécheresse au Sahel pendant la phase froide de l’AMO s’inscrivent dans le même système climatique, de la même façon que l’on observe une activité cyclonique plus intense et l’augmentation des précipitations au Sahel pendant la phase chaude.
C’est ce qui ressort également des données sur le nombre de cyclones ayant atterri aux Etats-Unis. Ce cycle correspond à celui de l’AMO. Au cours des années 1950 et 1960, et de nouveau autour de l’année 1995, l’AMO était dans une phase chaude. Les années « calmes » (des années 1960 aux années 1980) correspondent à une phase froide.

Le diagramme suivant (Figure 5.2) juxtapose l’évolution de l’indice AMO et le nombre de cyclones sur la période 1860-2000.

D’autres études récentes parviennent à des conclusions semblables (Walsh et al. , Wang et al., Balaguru et al .)
La NOAA confirme les effets de AMO sur les cyclones de l’Atlantique :
« Pendant les phases chaudes de l’AMO, le nombre de tempêtes tropicales qui se transforment en cyclones violents est au moins deux fois plus élevé que pendant les phases froides »
Changement climatique : quel impact sur l’activité cyclonique ?
Plusieurs organisations (World Weather Attribution, Climate Central et ClimaMeter) se sont spécialisées dans l’attribution des phénomènes météorologiques extrêmes, espérant établir un lien avec le changement climatique. Bien que leurs méthodes diffèrent sensiblement, ces trois entreprises ont conclu que le changement climatique d’origine humaine avait augmenté la vitesse des vents de l’ouragan Melissa d’environ 7 à 10 %.
Cela est cohérent avec la théorie selon laquelle le changement climatique réchauffe la température de l’océan à la surface du globe et bouleverse la circulation générale de l’atmosphère. Un cyclone déjà bien formé « puisera » bien plus d’énergie pour se renforcer dans une atmosphère humidifiée au-dessus d’océans réchauffés. En effet, la capacité de l’atmosphère à contenir de l’humidité augmente avec sa température. Ce supplément d’humidité disponible sera à l’origine d’un renforcement des pluies cycloniques.
Mais les choses ne sont pas aussi simples : dans un article publié le 18 décembre 2025 Robert Vislocky explique la complexité de l’attribution des cyclones au réchauffement climatique. Il avance l’hypothèse contre-intuitive selon laquelle le changement climatique puisse parfois empêcher la formation de tempêtes extrêmes. Certains mécanismes liés au changement climatique sont connus pour stabiliser l’atmosphère et potentiellement compenser l’augmentation de l’intensité des tempêtes observée dans les études d’attribution d’événements isolés. Par exemple, l’amplification arctique réduit le gradient de température nord-sud, ce qui pourrait atténuer l’impact des fronts froids aux latitudes moyennes. C’est peut-être la raison pour laquelle les tornades puissantes (EF3+) ont considérablement diminué depuis les années 1950. Concernant les ouragans, il est clair que le gradient thermique vertical diminue également avec le changement climatique, car le réchauffement semble plus important en altitude dans la couche 850-700 hPa qu’en surface aux latitudes tropicales. Cela pourrait accroître la stabilité de l’atmosphère et rendre la formation des ouragans plus difficile. Cela pourrait expliquer pourquoi la fréquence globale des ouragans est légèrement inférieure à la normale, tandis que la proportion d’ouragans majeurs par rapport au nombre total d’ouragans est en hausse (autrement dit, une atmosphère plus stable diminue les chances de formation initiale d’un ouragan, mais le réchauffement de la surface de la mer accroît son intensité une fois formé). En résumé, le changement climatique pourrait induire une multitude de mécanismes physiques influençant les ouragans ; certains facteurs peuvent les aggraver, tandis que d’autres pourraient les atténuer. Sans une analyse plus approfondie, il est impossible de connaître l’impact total du changement climatique sur l’activité cyclonique, et encore moins l’évaluer par l’analyse d’une seule tempête. Les modèles climatiques sont peu utiles, car ils ne permettent pas de modéliser les ouragans ni de reproduire fidèlement notre atmosphère (sinon, les prévisions saisonnières d’ouragans seraient simples), et les modèles d’attribution d’événements isolés ne fournissent pas non plus de réponse, comme cela a déjà été souligné.
Conclusions
L’analyse des données officielles et les évaluations des scientifiques et des agences spécialisées dans les ouragans, montrent que :
- ;
- Les vitesses des vents des ouragans les plus puissants sont surestimées par rapport à celles de l’ère pré-satellite, en raison de l’évolution des méthodes de mesure ;
- L’augmentation du nombre d’ouragans dans l’Atlantique au cours des cinquante dernières années ne s’inscrit pas dans une tendance à long terme, mais est liée à une reprise après un creux important de l’activité cyclonique dans les années 1970, associé à l’oscillation multi décennale atlantique.
Ces conclusions concordent avec celles de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration).
De même, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, déclare dans son rapport intérimaire de 2018 qu’il existe « un faible niveau de confiance quant à l’attribution de changements détectables dans l’activité des cyclones tropicaux à des influences anthropiques ». De même, dans son rapport AR6 du WG1 du GIEC, publié en août 2021, le GIEC note que « l’identification des tendances passées des indicateurs de tempêtes tropicales demeure un défi », une déclaration qui admet implicitement que les scientifiques n’ont pas encore identifié de tendance à la hausse mesurable et significative dans les données objectives sur les ouragans et les tempêtes tropicales.
