Le Plan Climat 2040 : une dérive de la raison 

Par Robert Girouard

L’Union européenne s’apprête à inscrire dans sa loi un objectif de réduction des émissions de 90 % d’ici 2040, par rapport au niveau de 1990. Sous couvert de vertu écologique, ce plan révèle une déconnexion inquiétante avec le réel. En sacrifiant la transparence économique et la faisabilité technique sur l’autel de l’urgence absolue, Bruxelles bascule dans une forme d’irrationalité législative qui menace les fondements mêmes de la société.

L’absurdité mathématique : 21 000 milliards pour 0,02°C 

Le propre de la raison est de confronter les objectifs aux moyens. Or, le nouveau plan climat de l’UE s’affranchit de cette règle élémentaire. Selon les modèles de simulation basés sur les données du GIEC, la différence de température mondiale en 2100, que l’Europe applique son plan 2040 ou qu’elle ne change rien, se situerait entre deux et cinq centièmes de degré. À ce niveau de précision, cela revient à dire que l’effet serait littéralement noyé dans les marges d’erreur statistique.

Or, dépenser quelque 21 000 milliards d’euros et démanteler des pans entiers de l’industrie européenne pour un bénéfice climatique aussi dérisoire représente un manque flagrant de jugement. C’est une politique irrationnelle : nous sommes face à une « mystique de la décarbonation » qui refuse de tenir compte du coût humain, social et industriel de ses ambitions. L’UE a de plus l’outrecuidance de faire miroiter qu’elle pourra exporter ses solutions (énergies renouvealbles, hydrogène vert, captage de carbone) au reste du monde ; or, son industrie, déjà non concurrentielle face à la Chine, risque d’être complètement exsangue d’ici là. Et qui dit qu’il y aura un marché pour ces solutions ?

Le pari technologique : une science sans conscience ? 

Un autre signe de cette dérive est l’aveuglement technique. Pour atteindre les cibles de 2040, l’Europe doit multiplier par trois sa vitesse de décarbonation. C’est un pari suspendu à des technologies dont la maturité reste à prouver et à un déploiement d’infrastructures dont l’ampleur physique défie les capacités en termes de main-d’œuvre et de ressources. Un pari presque perdu d’avance si l’on se fie aux résultats désastreux de l’expérience allemande (Energiewende).

En présentant ces solutions comme des certitudes acquises, l’UE évacue tout « Plan B ». Que se passera-t-il si les réseaux électriques ne peuvent supporter le quadruplement des énergies renouvelables ? Le silence des institutions sur les risques de rupture d’approvisionnement ou de décroissance subie constitue une faute d’information grave. On impose une trajectoire unique, qualifiée d’inéluctable, là où la démocratie exigerait des scénarios alternatifs — incluant, par exemple, un pivot vers un modèle nucléaire modernisé et pilotable. Croire que la loi peut commander à la matière relève du constructivisme le plus pur : on décrète la fin du carbone sans s’assurer que l’alternative offre la même fiabilité. Ce n’est plus de la prévoyance, c’est du dogmatisme irresponsable.

L’illusion de l’exemplarité face au réalisme mondial 

L’irrationalité culmine face au reste du monde. Pendant que l’Europe planifie son effacement industriel, les grandes puissances adoptent un pragmatisme radical :

  • Les États-Unis privilégient l’incitation, la puissance de leur gaz de schiste et le renouveau nucléaire, refusant toute mesure qui briserait leur croissance.
  • La Chine, tout en investissant dans le solaire, continue de construire des centrales à charbon pour garantir sa sécurité énergétique et sa domination manufacturière.

Poursuivre le « zéro émission » à n’importe quel prix alors que l’UE ne pèse plus que pour 7 % des émissions mondiales est un non-sens géopolitique. Le bénéfice marginal pour la planète ne justifie en rien le risque de devenir le « musée industriel » du monde.

Un déni de démocratie réelle 

Ce vide informationnel sur les coûts réels n’est pas un oubli ; c’est le mécanisme qui permet de maintenir une trajectoire irrationnelle sans susciter de révolte immédiate. On occulte le coût du système complet (prix astronomique du stockage et du renforcement des réseaux) pour ne montrer que le prix flatteur du kilowattheure produit par le solaire et l’éolien (quand le soleil et le vent le permettent…).

Si la procédure législative est formellement respectée, le consentement éclairé, pilier de toute démocratie, est absent. Le débat démocratique est-il même possible devant autant d’inconnues ? Peut-on réellement parler de choix démocratique lorsque les coûts sont masqués derrière le terme lénifiant d’« investissements », sans préciser la part du reste à charge pour les ménages ? Voter un objectif global avant d’en détailler les modalités (normes sur l’élevage, interdictions thermiques, prix de l’énergie) revient à demander aux citoyens de signer un chèque en blanc dont le montant ne sera révélé qu’au moment du débit.

Retrouver le sens des réalités 

L’obsession climatique actuelle est devenue une fin en soi, déconnectée de ses conséquences. Une politique qui refuse d’évaluer ses chances de succès et qui marginalise ses citoyens au nom d’un idéal inatteignable est irresponsable et déraisonnable. Comme le disait le philosophe G.K. Chesterton : « Le fou n’est pas celui qui a perdu la raison. Le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison. » Cela signifie qu’on peut être parfaitement logique à l’intérieur d’un système, mais que si le système lui-même est déconnecté du bon sens et de la réalité humaine, le résultat final est une dérive de la raison.

L’Europe doit donc d’urgence opérer un virage à 180° pour revenir à un modèle pragmatique, fondé sur la science, la souveraineté énergétique et le bon sens. Il est temps de choisir un nucléaire pilotable et puissant plutôt que de s’enferrer dans un plan irréaliste qui contient déjà les germes de son propre échec et de la colère des masses.


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Une réflexion au sujet de « Le Plan Climat 2040 : une dérive de la raison  »

  1. Contrairement aux « experts » du GIEC, je suis incapable de quantifier le rôle du CO2 anthropique dans le « dérèglement climatique ». Par contre je suis capable de comprendre que les climato sceptiques auront fait beaucoup moins de mal que les réchauffistes.

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