La « bio mascarade » de Gardanne

Rémy Prud’homme

Un rapport récent et bien informé de la Cour des Comptes sur « L’arrêt des centrales à charbon » attire l’attention sur la centrale électrique de Gardanne, près de Marseille. Cette centrale était l’une des quatre centrales françaises fonctionnant au charbon. Pouah ! Le très écologiste président Macron (qui avait fait de Nicolas Hulot un ministre d’Etat,  n°2 de son premier gouvernement) ne pouvait tolérer un tel scandale. Il décida en 2018 de fermer ces centrales pour sauver la planète, et de convertir Gardanne en une centrale fonctionnant à la biomasse. Au propre comme au figuré, c’était passer du noir au vert. Les climato-réalistes s’interrogeaient, en notant que dans le même temps la Chine décidait de construire 400 centrales au charbon. Les climato-crédules, au premier rang desquels figurait Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat du grand Hulot, applaudissaient à tout rompre. Huit ans plus tard, la Cour des Comptes documente ce fiasco économique, écologique et institutionnel.

Fiasco économique

L’électricité produite par la centrale convertie l’a été à un prix extravagant. EDF a été obligé de l’acheter à 152 euros le MWh d’abord, puis à 260 euros ensuite. A titre de comparaison, la même EDF était obligée (par le même gouvernement) de vendre le quart de sa production d’électricité nucléaire au prix de 42 euros le MWh – six fois moindre. La différence se retrouve évidemment dans l’augmentation des prix de l’électricité payée par les ménages et les entreprises ; dans l’augmentation des subventions, c’est-à-dire des impôts ; et dans l’augmentation de la dette ; et un peu aussi sans doute dans les profits des sociétés privées (en l’occurrence étrangères) qui possédaient et géraient la centrale.

Cette électricité-là est-elle au moins utile, indispensable peut-être, au fonctionnement de notre système électrique ? Sert-elle à nous protéger d’une grande panne ? Pas du tout. Notre production nucléaire et hydraulique est tout-à-fait suffisante pour assurer à tout instant une consommation qui décline lentement mais sûrement. On a parfois mis en avant que la région PACA était (avec la Bretagne) une péninsule électrique fragilisée par l’éloignement des centrales nucléaires et hydrauliques ; cela a pu être vrai autrefois, mais cela a cessé de l’être depuis belle lurette avec la multiplication des lignes à haute tension. Les surcoûts de Gardanne n’ont aucune justification économique.

Fiasco environnemental

Concrètement, une centrale « à la biomasse » (ce qui fait chic) est une centrale au bois (ce qui est moins chic). Gardanne devait brûler environ 500 000 tonnes de bois par an. Les vertueux écologistes qui interdisent les feux de cheminée dans les villes auraient dû se méfier. La combustion du bois dans les chaudières de Gardanne rejette du CO2, beaucoup de CO2, plus que ne le faisait le charbon qu’il remplace (20% de plus, selon des études qui ont l’air sérieuses). L’électricité produite à Gardanne est ainsi, de très loin, la plus carbonée de l’électricité française. De plus, une bonne partie (plus de la moitié) de ce bois est importé, principalement du Brésil. On ne sait pas bien dans quelle conditions environnementales et sociales ce bois est coupé dans les forêts brésiliennes ; mais on sait qu’il est transporté dans des bateaux qui rejettent aussi du CO2. Les impacts environnementaux de l’opération, présentés comme sa justification, sont désastreux.

Fiasco institutionnel

Comment, pourquoi, par qui les décisions qui ont produit ce double fiasco ont-elles été prises ? On a jeté un bon milliard d’euros par les fenêtres dans cette bio mascarade. C’est beaucoup, mais ce n’est qu’une goutte dans l’océan des gaspillages français. L’analyse du cas de cette goutte pourrait cependant, si les mêmes causes produisent les mêmes effets, nous aider à comprendre les mécanismes des choix publics à l’œuvre dans la France d’aujourd’hui. Pour cela on aurait besoin d’un sociologue ou d’un politicologue avisé – ce que nous ne sommes pas. Contentons-nous d’énumérer quelques pistes.

Il y a d’abord la prolifération cancéreuse des institutions : les ministères concernés (Ecologie, Industrie, Energie, Finances, etc.), France Nation Verte, EDF, RTE, la CRE, l’ADEME, l’Elysée, etc. Il y a les relations complexes entre ces entités. Le rapport de la Cour des Comptes cité plus haut note (p. 54) : « la Direction du Budget avait recommandé aux ministres de ne pas signer le courrier de réintégration de la centrale biomasse de Gardanne au dispositif de soutien aux énergies renouvelables ». Cette recommandation n’a pas été suivie d’effet. C’est peut-être que les cabinets sont peuplés de conseillers plus sensibles aux conséquences politiques à court terme qu’aux effets économiques à long terme.

Il y a les prescriptions et les contraintes européennes. Il y a les syndicats, exigeants et puissants à Gardanne. Il y a les collectivités territoriales, même dans un problème national comme celui-là. Il y a les médias, mal équipés pour jouer sur un problème technico-économique comme celui-là le rôle d’analyse et de critique qui devrait être le leur. Il y a le caractère pyramidal de nos institutions. Le Président Macron exprime (en 2023) sa volonté « de fermer les centrales à charbon et de les convertir à la biomasse » : on ne sait pas qui l’a informé sur le problème, mais on voit bien que sa déclaration préempte et remplace la réflexion de tous les échelons hiérarchiques inférieurs. Et puis, surtout peut-être, il y a l’idéologie écologique qui surplombe tout le reste. Le charbon c’est le péché, la biomasse c’est la vertu. Pas la peine de réfléchir, de compter, de comparer, de s’interroger sur la dette, le pouvoir d’achat, ou l’industrialisation : choisissons la vertu. L’idéologie, c’est ce qui pense pour vous.


[1] Cette jolie expression est empruntée à Mediapart

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10 réflexions au sujet de « La « bio mascarade » de Gardanne »

  1. Mr Prud’homme, vous n’avez rien compris. Selon la théorie écolo, le bois n’émet que du CO2 qu’il a préalablement absorbé. Ce qui ferait que son bilan carbone est nul.
    En fait, c’est la même chose pour le charbon. C’est la longueur de la période qui diffère (+/- 300.000.000 d’années) entre absorption et émission.

    Plus sérieusement, certains politiques veulent multiplier les centrales à biomasse pour diminuer les émissions de CO2 (ne pas rire SVP) mais ne tiennent pas compte de son taux de renouvellement régional. Dès lors, on importe du bois et, par ailleurs, on incite la population à consommer local pour éviter les émissions dues au transport.

    • Les écolos obligent Gardanne à importer du bois depuis le Brésil comme nous l’apprend cet article, mais les mêmes écolos se lamentent du défrichage de la forêt Amazonienne, ce qui revient à tuer le « poumon de la planète » !!!
      A moins qu’on n’apprenne dans quelques semaines que le bois importé du Brésil provient en fait des forêts françaises via le Brésil, ce qui n’aurait rien d’étonnant, puisque, habitant en Provence je me suis étonné il y a quelques années de quelques coupes discrètes faites ça et là le long de nos petites routes communales et départementales. A quoi l’on m’a répondu que c’était « pour alimenter la,centrale de Gardanne »

  2. Brûler du charbon ou de la biomasse : niveau CO2 c’est pareil. On libère du CO2 préalablement stocké. Celui du charbon avait disparu du circuit plu slongtemps avant que celui de la biomasse, mais il était dans l’atmosphère à l’origine.

  3. Rien qu’entre la « centrale biomasse » de Macron, la « route solaire » et « l’écotaxe à portique » de Ségolène Royal, il y avait de quoi faire de nos hôpitaux et de notre agriculture les premiers du monde.

    Heureusement, nos élites veillent à bien gaspiller les milliards qui pourraient apporter quelque chose d’utile.

    Merci à M. Prud’homme et à l’ACR de nous informer parce que m’est avis qu’on n’est pas près d’en entendre parler dans les médias service public.

  4. Vous faites bien de rappeler que Macron a inauguré son cortège de conneries par la nomination de Nicolas Hulot qui est à la Science ce que je suis à la danse sur glace…

  5. Merci pour cette information.
    Malgré cette tare (totalement assumée) de sceptique, en pensant « biomasse », je comprenais bio=Vie et mes yeux émerveillés entrevoyaient les masses bénies d’herbacées, de petit bois,… pourrissant doucement et émettant une chaleur angélique récupérée pour la production d’une électricité gratuite.
    Encore une illusion écolo-simili-scientifique explosée !!!
    Je suis déçudéçudéçudéçu…

  6. En matière de gabegie financière, j’attire aussi votre attention sur les barrages détruits de la Sélune.
    Ce cours d’eau de Bretagne hébergeait 2 barrages hydrauliques en parfait état de production, qui servaient aussi à réguler les crues et constituaient des bases de loisirs appréciées de tous.
    Ces barrages construits au début du XXème siècle avaient eux même succédés à des réseaux de moulins et de retenues pré-existantes datant au moins du Moyen Age.

    Pour satisfaire la rage destructrice du Ministère de l’Ecologie français et les directives européennes tout aussi destructrices, ces 2 barrages ont été détruits entre 2019 et 2023 à grand frais, et au grand désespoir des habitants de la région longtemps mobilisés et en dépit de tous les avertissements.
    Il s’agissait de se conformer à une folie écologiste qui se nomme « Continuité écologique des cours d’eau », ou retour à des rivières sauvages datant de ??? d’avant l’Antiquité pour la plupart des cours d’eau d’Europe.

    Vous lirez le résultat ici : http://www.hydrauxois.org/2026/02/sur-la-selune-lideologie-de-la-riviere.html

    La destruction des barrages de la Sélune est une histoire parmi d’autres dans la méga entreprise de destruction en cours de barrages, retenues, étangs, digues dans toute l’Europe depuis 25 ans, au nom des délires écologistes. Au nom de cette maladie mentale écologiste, de nombreux ouvrages de retenues très anciens et précieux sur le plan historique ont également été massacrés sans que les historiens et gens du ministère de la Culture ne parviennent à arrêter cette folie.

    J’ai lu récemment dans je ne sais plus quelle daube de journal que selon des observations satellitaires, les plans d’eau diminuaient depuis une vingtaine d’années en Europe et que cela était du au changement climatique et aux sécheresses !!!
    Je pense que la continuité écologique des cours d’eau et le massacre en cours passe très loin devant le changement climatique pour expliquer la baisse des surfaces de plans d’eau. Les mensonges écologistes n’ont pas de limites.

    • C’est peut-être les massacres que vous dénoncez qui provoquent le changement climatique, au moins partiellement. La sottise des écologistes est sans limite.

      Après la pénurie de masques chirurgicaux, nous allons bientôt découvrir la pénurie de camisoles de force.

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