Un article de Matt Ridley publié par The Times : « La guerre contre les produits chimiques est une honte pour la science »

Un article du journaliste Matt Ridley [1], publié le 23 octobre par The Times

Traduction Max Falque et Bernard Auxenfans

Matt Ridley

Un herbicide parfaitement utile pourrait être interdit en Europe à cause d’un réseau inextricable de lobbyistes, d’avocats et de militants.

Une mauvaise nouvelle est toujours plus digne d’intérêt qu’une bonne. La conclusion largement médiatisée selon laquelle (en Allemagne) depuis 27 ans, la quantité d’insectes est en baisse de 75 % a été une nouvelle majeure, tandis que, par exemple, la conclusion en mai que l’acidification des Océans est en fait une moindre menace pour les coraux n’a pas produit plus qu’un frémissement médiatique. L’étude, publiée dans la très respectable revue Nature, a constaté que la capacité des coraux pour fabriquer leur structure est « largement indépendante des changements dans la calcification chimique de l’eau de mer et donc de l’acidification des Océans ». Mais une bonne nouvelle n’est  pas une nouvelle.

Et la  mauvaise nouvelle est TOUJOURS une grande nouvelle. L’étude allemande concernant les insectes, dans une publication payante, peut en effet être source d’inquiétude, mais à en croire mes amis biologistes, ses conclusions devraient être traitées avec grande prudence.  Cette recherche n’a pas effectivement comparé les mêmes sites au cours de l’étude En effet la plupart des sites ont été échantillonnés seulement une fois et les scientifiques ont utilisé des modèles mathématiques afin de proposer une tendance provisoire à partir d’un échantillonnage sans valeur.

Les Verts se sont empressés d’utiliser l’étude « insectes » pour plaider en faveur d’une interdiction du glyphosate, un herbicide largement utilisé, également connu sous le nom de Roundup, en dépit de l’absence d’éléments de preuve mettant en évidence une corrélation. Le Glyphosate est fabriqué par Monsanto et est parfois utilisé en conjonction avec les cultures génétiquement modifiées (OGM).

Leur campagne a abouti ce mercredi à Bruxelles, où un Comité d’experts de la Commission Européenne décidera s’il convient d’interdire le glyphosate. Le Parlement européen a déjà voté pour l’interdire, bien que son vote n’ait aucun poids. La Commission remettra probablement sa décision en décembre, excédée par la façon dont les hommes politiques, notamment les Français, exigent en public une interdiction puis argumentent contre elle en privé.

Toute l’affaire contre le glyphosate provivient d’une« monographie » issue d’un organisme obscur de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)  : le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) qui a conclu que le glyphosate pourrait causer le cancer à des doses très élevées. Ila admis qu’à partir  des mêmes critères, les saucisses et la sciure de bois devraient aussi être classées comme cancérigènes.

En effet, kilo pour kilo, le café est plus cancérigène que l’herbicide, à la grande différence que chacun boit du café tous les jours, et non du glyphosate. Les crèmes glacées de Ben & Jerry se sont récemment avérées contenir du glyphosate à une concentration jusqu’à 1,23 parties par milliard. A ce niveau, un enfant devrait manger plus de trois tonnes de crème glacée tous les jours pour atteindre le niveau de détection d’un effet sur la santé.

La conclusion du CIRC est contredite par l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA)  ainsi que par la plupart les organismes de sécurité alimentaire en Amérique, en Australie et ailleurs. L’Institut Fédéral Allemand d’Evaluation des Risques a examiné plus de 3 000 études et n’a trouvé aucune preuve de risque pour (les êtres humains) l’homme à des doses réalistes : cancérogène, mutagène, neurotoxique, ou de reproduction. Étant donné que le glyphosate est une molécule qui interfère avec un processus métabolique qu’on trouve dans toutes les plantes mais pas chez les animaux, ceci n’est pas bien étonnant.

En attendant, le glyphosate a d’énormes avantages environnementaux pour les jardiniers et les agriculteurs. En particulier, c’est une alternative à la pratique destructive du labour pour contrôler les mauvaises herbes. Il permet l’agriculture sans labour, une pratique en plein essor qui préserve la teneur en carbone, l’humidité et (de) la structure du sol, permettant aux insectes et aux vers de terre de se développer, l’amélioration du drainage et la biodiversité tout en permettant une agriculture productive qui est essentiel si l’on veut nourrir l’humanité sans cultiver plus de terres. Les agriculteurs biologiques s’appuient sur des labours fréquents.

Comment le rapport du CIRC  est-il arrivé à sa conclusion alarmiste ? Eh bien, nous savons maintenant, grâce à l’agence de presse Reuters que Le CIRC a élaboré un rapport provisoire et qu’une personne l’a modifié à dix endroits différents. « Dans chaque cas dans  ce texte la conclusion du caractère  non-cancérogène  du  glyphosate (le texte) a été supprimée ou remplacée par une conclusion le décrivant chaque fois comme étant neutre ou cancérogène. »

La semaine dernière, The Times a rapporté comment le scientifique qui a conseillé le CIRC pour classer le glyphosate comme cancérogène a reçu US $ 160 000 de cabinets d’avocat poursuivant Monsanto au nom de victimes du cancer. Christopher Portier a commencé à conseiller un de ces cabinets d’avocats environ deux mois avant la décision du CIRCsur le glyphosate. Il a déclaré qu’il avait été embauché pour donner des conseils sur un autre  problème et que son contrat de conseiller sur le glyphosate a été daté 9 jours après l’annonce du CIRC en 2015.

 Le Dr Portier a nié que ses conseils aient été influencés par l’intérêt financier. Il a déclaré au Times qu’il «aurait probablement dû… » déclarer ses liens avec les cabinets d’avocats dans sa lettre ouverte adressée au Commissaire Européen de la Santé pour lui demander de ne pas tenir compte de l’avis de la European Food Safety Authority (EFSA) avant qu’il ne  l’accepte.                                                               

L’Observatoire Européen des Entreprises, qui prétend que c’est leur mission « de révéler le pouvoir  des cabinets de lobbying dans l’UE », s’est précipité pour défendre le Dr Portier. Il a soutenu que les opinions rapportées sur ce scientifique devraient être assimilées « à des attaques pures et simples de diffamations pour salir sa réputation »

L’Europe interdisant le glyphosate permettrait une aubaine de procès aux États-Unis. Des Cabinets d’avocats-chasseurs de primes sont de connivence avec les ONG environnementales pour leur ramener des affaires en mettant sous pression des entreprises sur la base de la théorie que des doses de produits chimiques à peine détectables pourraient être nocives. Ainsi Johnson & Johnson doit faire face à une plainte relative au caractère cancérigène présumé de sa poudre de talc.

La technique, explique David Zaruk de l’Université Saint-Louis de Bruxelles, consiste à « manipuler la perception du public, créer la peur ou l’indignation en coopérant avec les militants, les gourous et les ONG, trouver une grande entreprise comme bouc émissaire et de la poursuivre sans pitié devant les tribunaux ». L’histoire du glyphosate est un scandale, du genre qui serait à la une des journaux si cela  avait concerné   l’industrie, plutôt qu’une agence de l’OMS. Mais la BBC n’a pas rapporté l’histoire de l’Agence Reuters qui elle-même ne montre aucun signe pour enquêter bien que le Congrès Américain, un bailleur de fonds important du CIRC, commence à s’y intéresser.

Cette affaire dévoile l’existence d’un réseau douteux de scientifiques-activistes, d’’ONG et de financiers, sans parler d’hommes politiques-idiots-utiles. Des scientifiques soulèvent une vague de panique, sur cette base des avocats intentent des procès, les bureaucrates se donnent du travail, et tous en profitent. Les victimes du cancer sont volontairement induites en erreur, les consommateurs sont trompés, les agriculteurs ruinés et les avantages environnementaux annulés. Mais qui s’en soucie s’il y a de l’argent à gagner?

Remarque : je n’ai jamais été payé par Monsanto !

 


[1] Matt Ridley est reconnu comme l’un des meilleurs journalistes au monde en matière de science de l’environnement. Auteur de plusieurs ouvrages dont « The Rational Optimist » et longtemps collaborateur de « The Economist » son expérience et sa réputation nous incitent à tenir compte de ses affirmations publiée par un des plus respectable quotidien de la planète.