Banquises polaires : la catastrophe annoncée ne s’est pas produite

Par J.Ray Bates

Le GWPF (Global Warming Policy Foundation) a récemment publié un rapport sur la situation de la banquise aux deux pôles intitulé « Polar Sea ice and the catasrophe narrative ». Ce rapport a été rédigé par J. Ray Bates, professeur adjoint de météorologie à l’école de mathématiques et de statistiques de l’University College de Dublin. J. Ray Bates a été auparavant professeur de météorologie à l’Institut Niels Bohr de l’Université de Copenhague et scientifique principal au Goddard Space Flight Centre de la NASA. Il a été examinateur expert des troisième, cinquième et sixième rapports d’évaluation du GIEC.

Le texte qui suit est la traduction du rapport du GWPF. La version française du rapport peut être téléchargée en format .pdf en cliquant sur ce lien.


Dans cet article, nous définissons la surface de la banquise comme les zones contenant plus de 15 % de glace. L’analyse est basée sur l’étendue moyenne de la banquise en septembre dans les deux hémisphères. Une moyenne mensuelle est utilisée, car elle tend à lisser les variations quotidiennes qui sont souvent le résultat de conditions météorologiques ponctuelles. Septembre est le mois où la banquise arctique atteint généralement son minimum d’extension à la fin de l’été et où la banquise antarctique atteint généralement son maximum à la fin de l’hiver.

Banquise arctique

Depuis l’introduction des observations satellitaires à micro-ondes passives à la fin des années 1970, l’étendue de la banquise polaire fait partie des indicateurs climatiques observés avec le plus de précision. En revanche, le volume de la banquise est beaucoup plus difficile à mesurer.

Certaines des déclarations les plus alarmantes (mais encore non réalisées) sur le changement climatique ont été faites en relation avec la réduction de la banquise arctique. En décembre 2007, l’ancien vice- président américain Al Gore, dans son discours d’acceptation du prix Nobel de la paix à Oslo, a fait référence à des études scientifiques avertissant que la banquise arctique « tombait d’une falaise ». Il a souligné les résultats du modèle à venir qui projetaient des étés arctiques largement libres de glace dans « à peine sept ans ». Il a répété cet avertissement deux ans plus tard lors de la COP15 de 2009 à Copenhague.

L’affirmation de Gore était basée sur une étude menée par des chercheurs de l’US Naval Postgraduate School, qui ont utilisé un modèle régional du système « banquise / océan » dans l’Arctique, contraint par des données d’observation portant sur une période de 12 ans (1996-2007). Ils en ont conclu que l’Arctique serait presque libre de glace en été avant 2016 (plus ou moins trois ans). Peu de temps après le discours de Gore, ils ont révélé leurs conclusions lors d’un forum scientifique – la réunion annuelle de l’American Geophysical Union à San Francisco – et l’ont largement médiatisé via la BBC. Les résultats détaillés ont été présentés dans un article de journal en 2012.

La période 2013-2019 – au cours de laquelle l’Arctique devait devenir libre de glace à la fin de l’été – est révolue, et les projections du modèle sont loin d’être confirmées. La figure 1 montre l’évolution de l’étendue moyenne de la banquise arctique observée en septembre, depuis le début de la période d’observation par satellite (1979-2021).

Figure 1 : Étendue moyenne de la banquise arctique en septembre (période 1979-2021).
La droite de régression pour la période de 15 ans 2007-21 est indiquée en rouge ; sa pente est de -0,008214 Mkm2 /an. Source : https://nsidc.org/data/seaice_index/archives

On observe un déclin marqué de l’étendue de la banquise à partir de 1996. Cependant, depuis 2007, contrairement aux prévisions, la banquise affiche en septembre un déclin beaucoup plus lent, sa surface se stabilisant autour de 4,5 millions de km2. Si la tendance statistique de la période de 15 ans la plus récente se maintenait, il faudrait plus de 500 ans pour que l’Arctique devienne libre de glaces en septembre. Rappelons que les projections dramatiques de réduction de la banquise publiées par Al Gore étaient basées sur un modèle qui utilisait des données d’observation sur une période encore plus courte.

Le ralentissement actuel du déclin de la banquise n’était pas prévu et les causes en sont incertaines. On sait d’après les mesures sous-marines qu’une grande partie de la glace de mer arctique cumulée a été perdue au cours de la décennie qui a suivi l’année 1996; ce que l’on voit maintenant chaque été est en grande partie de la nouvelle glace qui s’est formée au cours de l’hiver précédent. Il est bien connu que la glace mince croît plus rapidement en hiver que la glace épaisse. Il a été suggéré que la rétroaction entre la croissance et l’épaisseur hivernale exerce une influence stabilisatrice sur la couverture de glace de la mer arctique lorsque l’épaisseur diminue jusqu’à un certain point. Cela pourrait être l’une des causes du ralentissement de la perte de glace.

Toute discussion objective sur le récent déclin de la banquise arctique exige également qu’une certaine considération soit accordée aux preuves concernant la variabilité naturelle passée sur une échelle de temps multi- décennale. Avant l’ère satellitaire, les données fiables sur la couverture de glace de mer étaient rares. Cependant, des études récentes ont montré qu’il existe une forte relation entre l’étendue de la glace de mer et les températures mesurées par les stations arctiques. Or les données de température remontent à beaucoup plus loin et montrent des variations sur de longues périodes, avec un réchauffement de l’Arctique entre les années 1900 et les années 1940, suivi d’un refroidissement jusqu’aux années 1970, puis d’un nouveau réchauffement jusqu’à aujourd’hui. En combinant les enregistrements de température et ceux – partiels – de la glace de mer, des reconstructions statistiques de l’étendue totale de la banquise remontant au début des années 1900 ont pu être créées. Certaines de ces reconstitutions indiquent qu’entre les années 1900 et 1940, l’étendue de banquise arctique était comparable aux niveaux actuels. Les données d’observation des températures passées et les reconstructions de la glace de mer sont étayées par des preuves indépendantes. Par exemple, un rapport d’octobre 1922 au département d’État américain rédigé par le consul américain à Bergen ( Norvège), intitulé The Changing Arctic, déclarait :

« L’Arctique semble se réchauffer. Les rapports des pêcheurs, des chasseurs de phoques et des explorateurs qui sillonnent les mers du Spitzberg et de l’est de l’Arctique font tous état d’un changement radical des conditions climatiques et des températures élevées sans précédent dans cette partie du globe. »

Extrait du rapport d’octobre 1922 au département d’État américain rédigé par le consul américain à Bergen ( Norvège)

Un autre exemple est la décision du gouvernement soviétique en 1932, basée sur l’hypothèse de la disparition de la banquise, de développer les routes du Nord comme liaison régulière entre l’Europe et l’Asie. Le projet a ensuite été abandonné lorsque la banquise s’est reformée après le refroidissement qui s’est installé plus tard. Il est clair que la variabilité naturelle multi-décennale, que les modèles climatiques peinent à simuler, a causé d’amples variations de la banquise arctique dans le passé et c’est peut le même processus qui est observé actuellement.

Banquise antarctique

Depuis le début des mesures satellitaires, il n’y a pas eu en Antarctique de changement significatif de l’étendue moyenne annuelle de  la banquise alors même que les modèles  prévoyaient  un déclin similaire à celui de l’Arctique. Les observations sont à nouveau présentées pour septembre, mois au cours duquel les modèles prévoient que des changements doivent se produire. Dans l’hémisphère sud, septembre est le mois où l’étendue de la banquise atteint son maximum de fin d’hiver.

La figure 2 montre les moyennes de septembre pour la période 1979- 2021. On peut voir que, contrairement à ce que les modèles ont projeté, la tendance au cours de cette période va dans le sens d’une légère augmentation de l’étendue de la banquise antarctique.

Figure 2 : Évolution de l’étendue moyenne de la banquise de l’Antarctique en septembre (période 1979- 2021). Pente = +0.008488 Mkm2 / an. Source: https://nsidc.org/data/seaice_index/archives

Projections des modèles

Le résumé à l’intention des décideurs (RID) du sixième rapport d’évaluation du GIEC, récemment publié, prévoit un déclin continu de la banquise arctique, conduisant à une disparition complète de la glace en septembre vers le milieu du siècle selon les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre moyennes et élevées. Aucune mention n’est faite dans le RID de la tendance observée en septembre au cours des 15 dernières années, comme le montre la figure 1.

Une version plus détaillée que celle du RID des projections du modèle CMIP6 pour l’Arctique en septembre, est présentée à la figure 3. Elle inclut les observations, qui ne sont pas présentées dans la figure du RID. Les projections du modèle montrent une très large dispersion. Certains modèles indiquent un Arctique presque sans glace (<1 million de km2) en septembre dès 2020. La majorité des modèles projettent une disparition des glaces avant 2050.

Figure 3 : Simulations de l’étendue de la banquise arctique en septembre.
Simulations sur la période 1950-2014 et projections jusqu’en 2100 à l’aide d’un ensemble de 40 modèles CMIP6.

Les projections correspondantes des modèles CMIP6 pour l’Antarctique sont montrés par la figure 4. Encore une fois, les projections montrent une très large dispersion. La moyenne multi-modèles des simulations sur la période des observations satellitaires suggère un déclin continu de la glace de mer, alors que les observations montrent une légère tendance à la hausse. Les projections jusqu’en 2100 montrent également un déclin continu, à des taux similaires à ceux indiqués pour l’Arctique dans la figure 3. Il convient de noter que si les changements observés des banquises arctique et antarctique au cours des dernières décennies sont de nature très différente, les projections des modèles pour les deux régions sont très similaires en termes de changements absolus.

Il serait injustifié de faire confiance aux projections des modèles jusqu’en 2100 étant donné :

  • leur très large dispersion des résultats pour la période historique
  • leur incapacité à montrer le récent ralentissement marqué du déclin de la banquise arctique ou la lente progression continue de la banquise antarctique
  • leur incapacité générale à reproduire les caractéristiques très différentes de l’évolution des glaces de mer au nord et au sud.

Conclusions

Les preuves présentées ici indiquent que la réponse des banquises polaires à l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre n’est qu’une des nombreuses hypothèses émise par la science du climat. En Arctique, les prédictions largement médiatisées et très impressionnantes  pour le public, selon lesquelles la banquise de fin d’été aurait dû déjà disparaître, ne se sont pas vérifiées. Au lieu de cela, l’étendue de septembre, après avoir montré un déclin marqué dans les années qui ont suivi 1996, est restée en grande partie inchangée, à environ 4,5 millions de km2, au cours des 15 dernières années. Selon les tendances actuelles, il lui faudrait plusieurs siècles pour disparaître. Les raisons du ralentissement du taux de déclin sont incertaines, mais il est possible qu’un mécanisme de stabilisation physique soit entré en jeu.

En Antarctique, les projections par les modèles d’un déclin marqué de la banquise ne se sont pas concrétisées. Au contraire, son étendue en septembre, lorsque le maximum annuel est atteint, a légèrement augmenté au cours de l’ère satellitaire, 1979-2021.

Ces faits mériteraient d’être reconnus au moment où sont lancés les appels à l’urgence climatique, pressant les décideurs politiques d’effectuer immédiatement des changements drastiques de l’économie mondiale. Il conviendrait aussi de prendre sérieusement en compte l’éco-anxiété croissante infligée à la jeune génération.

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7 réflexions au sujet de « Banquises polaires : la catastrophe annoncée ne s’est pas produite »

  1. Bonjour. Bon article. Mais il serait bon aussi de montrer le niveau des calottes groenlandaise, arctique et antarctique. Je parle bien des calottes. Ainsi que de leur(s) fonte(s) respective(s). Cordialement.

    • Qu’entendez-vous par “la calotte arctique”, si ce n’est la couverture de glace de mer (dont l’article parle déjà) ? Les petites calottes de glace dans l’Arctique Canadien par exemple, comme la Barnes Ice Cap ?

  2. Excellente synthèse, merci.

    @Fritz: l’article se limite à la banquise. La question des glaces terrestres pourrait faire l’objet d’un autre article sans doute?

    @Arsene: n’oublions pas la couverture glaciaire du Groenland qui est presque entièrement au nord du cercle polaire.

    • Fm06 – je répondais à Antoine, qui parlait (je cite) “des calottes groenlandaise, arctique et antarctique”. Là, je ne sais pas trop ce qu’il entend par la calotte arctique (puisque la glace de mer est déjà mentionnée dans l’article). Mais bon, ce n’est pas important.

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