Une reconstruction de la « circulation méridienne de retournement atlantique » (AMOC) ne montre aucun déclin sur 30 ans

Selon une étude publiée le 15 février 2021 (1) dans la revue Ocean Science, l’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation) ne montre aucun signe de déclin.

La Circulation Méridienne de Retournement Atlantique (AMOC)

L’AMOC est une circulation océanique de grande échelle (dite thermohaline) engendrée par les différences de densité de l’eau de mer causées par les écarts de température et de salinité. Lorsque les eaux de surface refroidies et salées deviennent plus denses que les eaux plus profondes, elles s’enfoncent jusqu’à la profondeur correspondant à leur équilibre hydrostatique. C’est ce phénomène de convection que l’on observe en Mer du Groenland dans l’Atlantique Nord où les eaux de surface plongent jusqu’à une profondeur de 3 500 mètres formant l’eau profonde Nord-Atlantique qui va se répandre à travers tout l’océan et remonter progressivement vers la surface, dans le Pacifique Nord par exemple, pour revenir à son point de départ en Mer du Groenland. En redistribuant la chaleur sur la Planète, l’AMOC a un impact majeur sur notre climat.

Circulation thermohaline
Carte de la circulation thermohaline : en bleu, la circulation profonde. En rose et en mauve, le retour en surface

L’AMOC ne saurait être confondu avec le Gulf Stream, un courant marin de surface piloté par le vent qui par conséquent ne peut pas s’affaiblir et encore moins s’arrêter.

L’AMOC est surveillé par le programme dit RAPID  (Rapid Climate Change) qui s’appuie sur un réseau de 22 mouillages mis en place en 2004 à la latitude de 26°N.

Principaux résultats de l’étude du 15 février 2021

Dans l’étude du 15 février 2021, les chercheurs ont appliqué des données hydrographiques historiques à un modèle empirique pour créer une série chronologique AMOC couvrant la période 1981-2016.

Cette série ne montre aucun déclin global :

Notre modèle n’a pas révélé de déclin de l’AMOC indicatif d’un changement climatique anthropique.

Après le ralentissement observé entre 2008 et 2012, la force de l’AMOC s’est rétablie conformément aux observations du réseau RAPID, indiquent les chercheurs. L’étude montre aussi une grande variabilité pluriannuelle de l’AMOC (Figure 1).

Fig. 1 : Transports UMO (Upper Mid-Ocean) et LNADW (Lower North Atlantic Deep Water) exprimés en Sv (1 Sv = 1.000.000 m³/s) estimés par des modèles empiriques comparés aux estimations de RAPID et Bryden et al. ( 2005 ). Les transports mensuels moyens des courant de Floride et d’Ekman sont également indiqués et ont été ajoutés aux transports estimés par le modèle UMO pour donner le transport AMOC estimé.

L’AMOC la plus faible du dernier millénaire selon une étude publiée dans Nature

Selon une autre étude publiée le 25 février 2021 dans la revue Nature Geosciences (2) par des chercheurs du Potsdam institute for climate impact research (Allemagne), la circulation actuelle de l’AMOC serait la plus faible du dernier millénaire. L’étude a étudié une variété d’enregistrements « proxy » pour reconstituer l’évolution de l’AMOC depuis environ 400 ans après JC. Selon cette étude « après une longue période de relative stabilité, il y aurait eu un affaiblissement initial à partir du XIXe siècle, suivi d’un second déclin, plus rapide, au milieu du XXe siècle, conduisant à l’état le plus faible de l’AMOC au cours des dernières décennies ».

L’étude a été relayée par le magazine Futura dans un article du 3 mars intitulé : « Ce courant océanique majeur en Atlantique est au bord du point de basculement »

L’AMOC et la doxa climatique

Dans son 5ème rapport d’évaluation (2013) le GIEC indique :

« Il n’existe pas d’élément observationnel montrant une tendance de la circulation méridienne océanique de retournement de l’Atlantique (AMOC) sur la base de 10 ans d’observations de l’AMOC, ni sur la base de séries d’observations plus longues des composantes individuelles de l’AMOC » (Résumé à l’intention des décideurs {3.6})

… mais « Il est très probable que la circulation méridienne océanique de retournement de l’Atlantique (AMOC) va s’affaiblir au cours du XXIe siècle » (Résumé à l’intention des décideurs {11.3, 12.4}

L’affaiblissement de l’AMOC sous l’effet du réchauffement climatique anthropique est un des éléments de la doxa climatique. Dans un article de 2006, l’océanographe Carl Wunsch ironisait : « L’Union Européenne apparemment convaincue que le Gulf Stream est sur le point de disparaître est en train de dépenser plusieurs dizaines de millions de dollars pour surveiller la circulation de l’Atlantique Nord. »

La récurrence des vagues de froid en Amérique du Nord alimente la phantasme du « jour d’après », comme récemment dans la presse américaine. Pour mettre les choses en perspective, rappelons que la circulation océanique est si lente (quelques millimètres par seconde), qu’elle échappe aux mesures directes, les eaux profondes de l’Atlantique Nord observées aujourd’hui reflétant les conditions climatiques qui existaient du temps de Louis XIV !  


(1) Worthington, E. L., Moat, B. I., Smeed, D. A., Mecking, J. V., Marsh, R., and McCarthy, G. D.: A 30-year reconstruction of the Atlantic meridional overturning circulation shows no decline, Ocean Sci., 17, 285–299, https://doi.org/10.5194/os-17-285-2021, 2021.

(2) L. Caesar, G. D. McCarthy, D. J. R. Thornalley, N. Cahill & S. Rahmstorf Current Atlantic Meridional Overturning Circulation weakest in last millennium (Nature Geoscience (2021)

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