20°C en Antarctique, archétype d’une « fake news »

Où l’on voit qu’une information vraie mais présentée de façon spécieuse et hors contexte peut devenir une vraie « fake news ».


Un communiqué de l’Agence France Presse du 14 février repris à l’unisson (et servilement) par tous les médias français annonce que la température en Antarctique a dépassé pour la première fois les 20°. Ce record aurait été enregistré le 9 février sur l’île Seymour par un chercheur brésilien qui effectue des relevés dans le cadre d’un projet de recherche sur les pergélisols (sols gelés en permanence).

C’est un record de chaleur qui fait froid dans le dos commente sans craindre le ridicule le magazine 20 minutes.

L’île Seymour, qui abrite la base scientifique argentine de Marambio est une des îles situées au large de la péninsule antarctique à 50 kilomètres de l’île James Ross.

Figure 1 : ïle de Seymour (péninsule ouest de l’antarctique)

Une information non validée par l’Organisation météorologique mondiale

Ce record de température n’a pas été validée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Dans un communiqué l’OMM a déclaré être au courant du rapport, mais qu’il était prématuré de dire que l’Antarctique avait dépassé les 20 ° C pour la première fois.

Nous devons d’abord analyser les métadonnées de la station ( emplacement, type d’équipement, pratiques de mesure, étalonnage des instruments, etc.)…Une fois que nous disposerons de ces données, nous pourrons commencer une évaluation formelle de la validité de cette observation.

Source : OMM

Une mesure de température isolée sans signification climatique

A supposer que le record du 9 février soit  validé par l’OMM, il ne serait en rien significatif d’une tendance climatique à long terme, ce que reconnaît d’ailleurs le scientifique à l’origine de l’information qui a déclaré :

Nous ne pouvons pas utiliser cela pour anticiper des changements climatiques dans le futur. Ce n’est qu’une donnée isolée à un moment précis.

La température moyenne sur l’île Seymour mesurées à la base de l’Antarctique Marambio, est  en février de 1 °C.

Figure 2 : Températures moyennes 2005-2015 (Source : timeanddate.com).

Pendant l’été austral des températures peuvent dépasser 17°C comme le montre la figure suivante.

Figure 3 : Données climatiques de Marambio (1981–2010, extrêmes 1971–2019) Source : Wikipedia

Une situation météorologique redevenue normale

De plus, les prévisions météorologiques de la semaine en cours (du 15 au 21 février) sur l’île de Seymour indiquent un retour aux normales de saison.

Figure 4 : Prévisions météorologiques sur l’île de Seymour  (Source Meteo blue )

Nous avons également examiné les températures de la base Esperanza située à 94 kilomètres de l’île de Seymour où un record aurait également été atteint le 6 février avec une température record de 18,3 degrés.

Les prévisions pour la semaine du 15 au 21 février indiquent une situation normale :

Figure 5 : Prévisions météorologiques sur la base Esperanza  (Source allmetsat.com)

La situation particulière de la péninsule ouest de l’antarctique

Le titre du communiqué de l’agence France Presse (« Antarctique: La température dépasse pour la première fois les 20 °C » ) suggère une situation qui concernerait l’ensemble du continent ce qui est évidemment faux. Globalement le climat de l’Antarctique est le plus froid de la planète. En hiver, les températures atteignent un minimum compris entre −80 °C et −90 °C à l’intérieur du territoire, les températures maximales se situent entre 5 °C et 15 °C et sont atteintes près des côtes en été (Wikipedia).

La figure suivante montre les températures du samedi 15 février 2020 relevées sur 17 stations de l’Antarctique.

Figure 6 : Température sur 17 sites de l’Antarctique le 15 février 2020  (Source timeanddata.com)

L’ouest de l’Antarctique est le siège d’interactions complexes entre la variabilité océanique, la géologie locale, les changements du régime des vents comme l’explique cet article. C’est de plus la plus vaste et la plus dense région volcanique de la planète, avec plus de 100 volcans sous la glace comme l’ont récemment découvert des scientifiques de l’Université d’Edimbourg.