Situation de l’ENSO (El Niño Southern oscillation) en mai 2022

Article initialement publié le 12 mai 2022 sur le blog ENSO de la NOAA (Traduit de l’anglais par la rédaction de l’ACR).


En avril 2022, nous étions toujours en situation La Niña, et les prévisionnistes estiment à 61 % la probabilité d’une triple répétition de La Niña à l’automne prochain et au début de l’hiver. Nous étudions ici les conditions actuelles de l’oscillation australe ENSO (l’ensemble du système El Niño et La Niña), son évolution pour le reste de l’année et ses impacts météorologiques.

La plus forte anomalie de température de surface de la mer depuis 1950

Le premier marqueur d’un événement ENSO est l’anomalie de température de surface de la mer dans la région Niño-3.4 du Pacifique. Une anomalie est l’écart par rapport à la moyenne à long terme (ici 1991-2020). Lorsque l’anomalie de température de surface de la mer dans la zone Niño-3.4 atteint ou dépasse -0,5 °C, nous sommes déjà en situation La Niña. L’ensemble ERSSTv5 (ensemble de données de température de surface de la mer la plus fiable sur la longue période), indiquait un écart de -1,1°C en avril 2022, soit l’anomalie la plus forte des 72 dernières années à égalité avec l’année 1950.

Dans le contexte d’événements La Niña répétés, l’anomalie moyenne d’avril était sensiblement plus forte que celle des 8 autres répétitions de La Niña pour une deuxième année.

L’atmosphère, l’autre signature d’un événement La Niña, nous fournit de nombreuses preuves d’une circulation de Walker accrue. La circulation normale de Walker consiste en une boucle d’air ascendant au-dessus des eaux chaudes de l’extrême ouest du Pacifique et de l’Indonésie, des vents en altitude soufflant d’Ouest en Est, un mouvement descendant au-dessus du Pacifique central et des vents d’Est en Ouest près de la surface (les alizés). Pendant La Niña, le Pacifique Ouest plus chaud et le Pacifique Est plus frais se combinent pour renforcer la circulation de Walker. En avril, les alizés et les vents d’altitude étaient plus forts que la moyenne. Si l’on y ajoute à cela les conditions d’avril 2022 caractérisées par plus de pluie que la moyenne dans le Pacifique occidental et moins dans le Pacifique central/oriental, nous avons la confirmation que les conditions de La Niña sont bien présentes.

Une probabilité La Niña de 61 % pour l’automne et le début de l’hiver

La probabilité de conditions La Niña passe de 87 % pour la moyenne de mai à juillet à 58 % pour août à octobre, avant de rebondir très légèrement à 61 % pour l’automne et le début de l’hiver. A court terme, les alizés devraient ralentir dans les semaines à venir, ce qui favoriserait un affaiblissement des anomalies froides de la température de surface de la mer. La plupart des prévisions fournies actuellement par les modèles climatiques prévoient que l’anomalie négative Niño-3,4 s’affaiblira au cours de l’été et se renforcera à l’automne.

Comme nous l’avons mentionné à plusieurs reprises sur ce blog ENSO, nous avons connu une situation La Niña pendant trois hivers consécutifs, ce qui ne s’était produit que deux fois auparavant : en 1973-1976 et en 1998-2001. Ces deux périodes étaient dans le prolongement d’événements El Niño très forts, tandis que la situation actuelle fait suite à un hiver un peu chaud, mais officiellement neutre (2019-2020). 

Précisons à propos de ces prévisions que nous sommes toujours dans la zone dite de  « barrière de prévisibilité printanière », pendant laquelle les prévisions ENSO sont moins précises que celles faites à d’autres moments de l’année. Nous ne commencerons à faire tomber cette barrière que le mois prochain.

Les conséquences météorologiques de La Niña

La Niña a plusieurs effets importants sur conditions météorologiques aux États-Unis tout au long de l’année. Ces effets comprennent une augmentation des tornades dans le sud-est des États-Unis. Jusqu’à présent, 2022 a enregistré plus de tornades que la moyenne . D’un autre côté, de nombreux facteurs autres que La Niña contribuent à créer les conditions propices aux phénomènes météorologiques violents. Par exemple, le printemps La Niña de 2021 a coïncidé avec une saison de tornades moins active.

Une autre raison de se préoccuper des prévisions ENSO est l’influence de La Niña sur la saison des ouragans dans l’Atlantique. Les conditions La Niña diminuent le cisaillement vertical du vent (différence entre les vents proches de la surface et les vents en altitude) au-dessus de l’Atlantique tropical. Le cisaillement rend plus difficile le développement des ouragans, de sorte que le cisaillement réduit par La Niña peut contribuer à une saison cyclonique plus active. Les prévisions saisonnières officielles des ouragans de l’Atlantique de la NOAA seront publiées le 24 mai.

Dernier point, mais non des moindres, les condition La Niña provoquent un décalage du Jet Stream vers le nord, ce qui est généralement associé à moins de pluie et de neige sur de vastes régions de l’ouest et du sud des États-Unis (comparez les saisons ici ). Cette situation peut provoquer et exacerber les conditions de sécheresse.

Plus de la moitié des États-Unis contigus connaissent actuellement une situation de sécheresse. Brad Pugh, expert de la sécheresse au NOAA Climate Prediction Center, commente ainsi la situation actuelle :

Selon les données de l’ US Drought Monitor (valides le 3 mai), 53,77 % des États-Unis continentaux sont concernés par la sécheresse (D1-4), avec une sécheresse sévère à exceptionnelle (D2-D4) principalement limitée à l’Ouest et aux Grandes Plaines. Au cours des trois derniers mois, la sécheresse s’est aggravée dans une grande partie du sud-ouest et du centre au sud des Grandes Plaines, ce qui est cohérent avec des conditions La Niña à la fin de l’hiver et au printemps.

(Le site du Drought Monitor mis à jour chaque semaine le jeudi fournit des cartes très intéressantes).

Toujours selon Brad Pugh :

Le début de la sécheresse sévère à exceptionnelle généralisée dans le sud-ouest était dû à l’absence de mousson de 2020. Il s’agit de la mousson nord-américaine, une source importante de précipitations dans le sud-ouest. La mousson de 2020 a été la plus sèche et la plus chaude jamais enregistrée dans le sud-ouest. La persistance de la sécheresse au cours des deux dernières années peut s’expliquer par des hivers La Niña répétés.  La Niña favorise généralement des précipitations inférieures à la normale et des températures supérieures à la normale dans la partie sud des États-Unis

Concernant les prévisions, Brad Pugh indique : 

Les perspectives de sécheresse saisonnière pouvant durer jusqu’à la fin juillet suggèrent la persistance de la sécheresse dans une grande partie de l’Ouest. Mais une amélioration pourrait se produire plus tard dans l’été en Arizona à mesure que les pluies de mousson augmenteront. Les prévisions de sécheresse saisonnière pour l’été ont été publiées jeudi 19 mai.

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