Les températures, une fonction linéaire des émissions de CO2 : l’hypothèse hasardeuse du GIEC.

Par MD

En 2021, la fameuse COP26 avait été précédée par la publication du sixième rapport du GIEC dit « AR6 ». Comme pour les précédents rapports, la première partie de l’AR6 élaborée par le groupe de travail n°1 (WG1) est consacrée à la « physical science basis ». Elle comporte 4 000 pages foisonnantes et inaccessibles au commun des mortels. Mais on en trouve la quintessence traditionnelle dans le « summary for policymakers » (SPM) de 42 pages auquel environ 130 « authors » ont contribué, ce qui dénote le soin méticuleux apporté à sa rédaction. Il est donc permis de considérer que ce résumé synthétise toute la science climatique que le GIEC a jugé nécessaire et suffisant de porter à la connaissance des « décideurs ». Le présent article a plus particulièrement pour objet l’analyse d’un diagramme très synthétique qui ne figure que dans le SPM et non dans le rapport lui-même (et dont toutes les données numériques sont accessibles).

Températures et dioxyde de carbone (CO2).

On sait depuis longtemps que la doctrine du GIEC relie l’évolution des températures aux concentrations de l’atmosphère en dioxyde de carbone (CO2), elles-mêmes influencées par les émissions anthropiques. Les lecteurs du présent site sont familiarisés avec cet ensemble conceptuel, évoqué encore tout récemment. Le SPM en donne une illustration avec le diagramme SPM.10 de la page 28. Celui-ci est titré en caractères gras : « Every tonne of emission adds to global warming ». En voici la reproduction (on lui a superposé un quadrillage léger qui manque bizarrement dans la version originale).

Ce diagramme comporte à gauche une zone historique en grisé et à droite une zone prospective coloriée. La courbe représente en ordonnées l’évolution des températures (°C) depuis la période 1850-1900 réputée « préindustrielle » (le zéro de l’échelle est la moyenne des températures de cette période) et en abscisses les émissions anthropiques cumulées de CO2 (GtCO2) depuis 1850. Au pied du graphique, on trouve un repérage des années « rondes » en regard des cumuls d’émissions correspondants : l’échelle des dates y est très irrégulière puisque les émissions ont notablement varié au cours de la période. On analyse en premier lieu la partie historique.

Températures en fonction du cumul du CO2 anthropique

Les variables utilisées sont les suivantes :

  • Températures. Le GIEC utilise une série instrumentale intitulée « assessed temperatures », synthèse de plusieurs sources mais qui s’inspire amplement de la nouvelle série révisée Hadcrut5 du Hadley Center.
  • Emissions de CO2. La série calculée des émissions anthropiques est empruntée au global carbon project (GCP). On peut vérifier qu’il s’agit bien de la sommation des émissions fossiles et de celles dues aux changements dans l’utilisation des sols.

Le graphique ci-dessous est une réinterprétation du diagramme SPM.10 pour la partie historique 1850-2019. En ordonnées les températures de la série « assessed temperatures », en abscisses les cumuls d’émissions. En superposition, repérage de quelques années « rondes » en regard des cumuls correspondants.

Le GIEC s’appuie sur cette représentation pour suggérer une relation linéaire entre la température et les émissions anthropiques cumulées. Sur la période 1850-2019, les émissions anthropiques cumulées ont été 2 411 GtCO2 et la température s’est accrue d’environ 1,1 à 1,2°C.

Températures en fonction du temps.

On peut adopter la présentation chronologique, plus familière. En superposition, repérage de quelques valeurs « rondes » des cumuls d’émissions en regard des années correspondantes.

Cette représentation montre que la régularité apparente du premier graphique est une illusion due au fort resserrement de l’échelle des abscisses sur les 130 premières années. Ce n’est qu’à partir des années 1975-1980 que l’on peut éventuellement discerner une certaine linéarité.

Températures instrumentales et températures modélisées.

Indépendamment de la série « assessed temperatures » déjà mentionnée, le GIEC définit une autre série désignée par : « human-caused warming ». Elle résulte d’une modélisation, présentée sous forme d’une « central estimate » et d’un fuseau d’incertitude à 5%-95%. Le graphique ci-dessous superpose les deux séries.

Aux irrégularités près, les deux séries sont pratiquement confondues. Par conséquent, le GIEC fait l’hypothèse fondamentale que l’augmentation des températures enregistrée depuis la période 1850-1900 est presque exclusivement attribuable aux émissions anthropiques de CO2. En clair : la sortie progressive du « petit âge glaciaire » ne serait pas due à des évolutions climatiques naturelles, mais serait pour l’essentiel un artefact dû à la révolution industrielle.

La TCRE, « réponse climatique transitoire aux émissions cumulées de dioxyde de carbone ».

Le principe d’une relation quasi-linéaire entre les températures et les émissions anthropiques cumulées de CO2n’est pas nouveau : il avait été introduit dès le précédent rapport AR5 sous la dénomination de « transient climate response to cumulative CO2 emissions » (TCRE). Mais dans l’AR6 le GIEC est plus précis : il évalue le facteur de proportionnalité à 0,45°C pour 1 000 GtCO2 émises, avec une incertitude de ±40% (soit 0,27°C à 0,63°C/1 000 GtCO2). Ci-dessous une figuration de la TCRE en surimpression du précédent graphique des températures en fonction des émissions cumulées.

Au passage, on pourra s’étonner qu’il ait fallu des millions d’heures de supercomputers et de chercheurs pour en arriver à une formulation aussi élémentaire.

Prospective sur l’évolution des températures.

Les scénarios.

La partie droite du diagramme SPM.10 est un exercice de prospective sur l’évolution des températures entre 2019 et 2050. Cet exercice se base sur l’hypothèse forte que les températures continueront à dépendre des émissions anthropiques cumulées de CO2 et ceci selon une TCRE de 0,45°C (±40%) pour 1 000 GtCO2 cumulées émises. Comme ces émissions dépendront pour l’essentiel des volumes et des moyens de production d’énergie, le GIEC a élaboré des scénarios de développement démographique et économique très contrastés dits SSP (shared socieconomic pathways). Ceux-ci sont au nombre de cinq, désignés par des indicatifs numériques (le contenu des scénarios et la signification des indicatifs ne seront pas développés ici). Les émissions anthropiques annuelles dans chacun des scénarios sont représentées par le graphique ci-dessous, avec le rappel des émissions historiques.

Le GIEC précise qu’il ne privilégie aucun des scénarios. Le scénario SSP1-1.9 correspond au « net zero » dont l’IEA avait involontairement démontré l’impossibilité pratique. Il en reste quatre. Au vu des émissions observées entre 2015 et 2021, les scénarios SSP1-2.6 et SSP2-4.5 sont encore en ligne, mais les deux autres (SSP3-7.0 et SSP5-8.5) sont déjà démentis par les faits, comme le montre le détail ci-dessous. Au demeurant, ni le GIEC ni personne ne sait comment les choses évolueront.

Les températures.

On peut lire sur la partie inférieure du diagramme SPM.10 les valeurs des émissions cumulées en 2020, 2030, 2040 et 2050 pour chacun des cinq scénarios. On peut en déduire les températures correspondantes.

La lecture nécessite une certaine gymnastique. Par exemple, dans le scénario SSP2-4.5 (en jaune), la température en 2050 serait de 1,9°C en valeur centrale (incertitude 1,6 à 2,4°C). Au total, en tenant compte des valeurs extrêmes (entre le minimum de SSP1-1.9 et le maximum de SSP5-8.5), on voit que la température de 2050 pourrait s’établir entre 1,25°C et 2,85°C. On ne prend pas trop de risques à pronostiquer une fourchette aussi étendue.

Conclusions provisoires.
Outre la doctrine fondamentale qui postule que les températures sont une conséquence du CO2, le diagramme SPM.10 présenté par le GIEC illustre un ensemble d’hypothèses audacieuses pour le moins :

  • L’augmentation des températures depuis l’époque préindustrielle est presque exclusivement due aux activités humaines.
  • Les températures sont une fonction, non de la concentration de CO2 dans l’atmosphère (ou de sa masse ce qui revient au même) mais du CO2 émis par lesdites activités.
  • Cette fonction est linéaire, et non logarithmique comme dans le cas de la « sensibilité ».
  • La validité de cette expression est suffisamment assurée pour pouvoir être extrapolée jusqu’en 2050 au moins.

N’allongeons pas le propos. Mais il faudra peut-être analyser plus en détail le fondement de certaines de ces hypothèses.

Partager

14 réflexions au sujet de « Les températures, une fonction linéaire des émissions de CO2 : l’hypothèse hasardeuse du GIEC. »

  1. Merci MD – vos articles sont toujours très intéressants et bien documentés. Je suis ravi de constater que vous faites la même lecture que moi de cette figure, qui est opposée à la lecture qu’en fait Monsieur Gervais dans son post récent sur ce site (“Vous avez dit urgence climatique ?”).

    Vous confirmez ainsi que Monsieur Gervais n’a pas compris ce qu’est la TCRE (qui est différente de la TCR…), qu’il a mal interprété le concept d’émissions cumulées, et qu’il ne semble pas savoir que les émissions humaines de CO2 sont dues non seulement aux combustibles fossiles, mais aussi aux changements d’utilisation des sols. Des erreurs auxquelles je ne me serais pas attendu de la part de quelqu’un qui écrit des livres sur le changement climatique.

    Petite remarque – il me semble que, contrairement à ce que vous avez écrit, la figure dont on parle est aussi présente (dans une forme similaire) dans le Résumé Technique (figure TS.18) et dans le chapitre 5 (figure 5.31) (je me suis tapé toute cette lecture suite à l’article de Monsieur Gervais…). Curisuesement, c’est une petite erreur sans gravité qu’il me semble avoir lu sur plusieurs sites “climato-réalistes”, y compris WUWT je crois.

    • Arsène. Ce n’est pas une erreur. Je confirme que le graphique SPM10 figure exclusivement dans le SPM. Je m’étais évidemment reporté comme vous au graphique repris identiquement deux fois dans le texte du rapport, et dont les références sont rappelées en pied de la légende SPM10. Sa présentation est différente : elle s’étend bien au-delà de 4500 Gt, fait apparaître un chevelu abondant, hésitant et approximatif et ne comporte pas de commentaires péremptoires. Il faut éviter aux “décideurs” toute nuance néfaste ; SPM est “ad usum delphini”.
      Bien à vous
      MD

    • Explication de texte :
      Les efforts, certes louables, de dépiauter l’argumentaire font qu’on entre dans le jeu des réchauffistes (dont la NOAA où la direction serait sur siège éjectable si elle venait à contester le dogme). Mais c’est s’engager dans une guerre de tranchées sur le pourquoi du pourquoi avec feedback du feedback dont personne ne sortira, sauf après trente années de controverses. En d’autres termes, la face dans le gazon on ne comprendra jamais la forêt. Pendant ce temps, les mesures politiques idiotes anti économiques s’accumulent.

      Je pense qu’il faut éviter ce jeu perdant. Perdant car le commun des mortels va se vite se lasser de cette guéguerre des chiffres et des raisonnements complexes. Or c’est le commun des mortels qu’il faut convaincre. Par des arguments simples.

      Si on se colle à la collecte sans a-priori des données météo à grande échelle dans les stations hors agglomérations où les valeurs sont biaisées par l’effet dôme thermique, on verra vite si oui ou non les températures sont haussières, stables ou décroissantes. Si elles sont stables ou décroissantes depuis le début des années 2000 comme certains l’affirment, alors il sera clair qu’il y a déconnexion entre CO2 et climat et que par conséquent la question est réglée. Certains l’ont fait (dont ma modeste personne) et cela ne confirme pas l’hystérie réchauffiste.

      Bon, il y a du boulot pour voir si nous nous faisons empapaouter ou non.

    • Bonjour Frédéric,

      Monsieur Gervais a choisi de laisser l’article initial non modifié alors qu’il est en contradiction complète avec l’article de MD ci-dessus. Il a ensuite fait rajouter un commentaire qui reprend mes arguments. C’est clairement mieux que rien, mais vu que le texte original est faux, pourquoi ne pas le corriger ou le retirer ? Tout le monde peut se tromper, ce n’est pas une honte.

      Et ensuite, le poisson est noyé par le rajout, tout à la fin, d’une réponse qui ne porte pas sur le sujet précis du désaccord.

      Cordialement.

  2. .

    Est-il permis de penser et dire que la doctrine du GIEC est aussi juste (ou aussi nulle) que celle des anti-GIEC ?

    Il faut dire qu’on trouve dans les deux camps des études, des références, des raisonnements fort différents, fort opposés.

    Souvent, dans les deux camps, on ne fait pas la différence entre Science et Recherche scientifique …

    .

      • Je ne sais pas pourquoi les vendeurs de panneaux solaires , d’éoliens ont besoin de la science du climat pour vendre leur camelote ; mais c’est vrai que le CO2 réchauffe l’atmosphère et que par conséquent on a moins besoin de leurs miroirs et de leur ventilateurs

  3. Merci pour l’analyse du rapport du GIEC. Ceci confirme – si besoin – le parti “politique” plutôt que scientifique de cette organisation qui cherche avant tout à faire des effets de communication.

    Si j’ai bien compris, la compression temporelle des graphes du GIEC remet en cause le “timing” des extrapolations sur l’augmentation de température. Mais, si effectivement, les cumuls de CO₂ émis s’alignent assez linéairement au temps (mesuré en secondes; par opposition à la météo) depuis 1975, cela tendrait néanmoins à confirmer les prédictions actuelles. À moins que la corrélation CO₂-température ne soit un leurre (que ce CO₂ soit d’origine humaine ou non). Y a-t-il des études qui démontrent ce leurre?

    ps: ceci est mon premier commentaire sur ce site; mon point de vue initial est proche de celui de R. Mueller (sceptique initialement, je tends maintenant à penser que l’impact humain sur le climat est plus fort que ce que l’intuition peut faire croire; mais je n’ai pas de certitudes, d’autant que l’idée que l’homme ait un pouvoir de terraformer son environnement me paraît présomptueuse). Je suis donc avide de faits (plus que d’interprétations de ceux-ci) afin de me faire une opinion.

    • je tends maintenant à penser que l’impact humain sur le climat est plus fort que ce que l’intuition peut faire croire

      Qu’est-ce qui vous le laisse penser ?

      Je suis donc avide de faits (plus que d’interprétations de ceux-ci)

      Ce que vous pourriez faire, c’est considérer l’évolution des phénomènes supposés impactés par le CO2 donc par la hausse des températures, par exemple le niveau des océans, la fonte des glaciers, etc. Ces évolutions sont-elles compatibles avec le rôle supposé du CO2 ?

    • Vous voulez des faits, il y en a plein ! (mesure de température, elevement du niveau de la mer, fonte des glacier, frequence des eruptions solaire,)

      Ce que le GIEC fait en permanence est de choisir certains chiffres et de faire des analyses et/ou des modélisations biaisées. Une corrélation en statistique n’implique pas nécesairement une causalité, mais pour certain cela suffit pour influencer et conforter ceux qui y croient !

    • Bonjour Monsieur Bouvier,

      La curiosité, c’est important, en effet. C’est une excellente idée de vouloir se faire sa propre opinion. Permettez-moi seulement de vous conseiller de bien faire attention à la qualité de vos sources.

      Il y a par exemple un beau dossier sur le climat sur le site du CNRS : https://www.insu.cnrs.fr/fr/changement-climatique.

      Et si vous ne croyez pas que le CNRS est une source digne de confiance, vous pourriez regarder ce que la NASA dit sur le changement climatique : https://climate.nasa.gov/

      Après, vous pouvez bien sûr décider que toutes les institutions scientifiques connues sont corrompues et qu’il vaut mieux les éviter. Mais dans ce cas, vous ne risquez pas de trouver beaucoup d’informations fiables.

      Cordialement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

captcha