Les récentes sécheresses européennes se situent dans la plage de variabilité naturelle du dernier millénaire

Une nouvelle étude intitulée « Past megadroughts in central Europe were longer, more severe and less warm than modern droughts » a été publiée en mars 2021 dans la revue Nature,

En utilisant des observations hydrologiques et météorologiques à long terme, ainsi que des reconstructions paléoclimatiques, les chercheurs montrent que les récents événements de sécheresse en Europe (par exemple, 2003, 2015 et 2018) ne sont pas sans précédent au cours du dernier millénaire et se situent dans la plage de variabilité naturelle pour ce type d’événements.

L’Europe centrale a connu des sécheresses beaucoup plus longues et sévères pendant le minimum de Spörer (~1400-1480 après JC) et le minimum de Dalton (~1770-1840 après JC), que celles observées au XXIe siècle. Ces deux périodes de méga sécheresses semblent être liées à un état froid de l’Atlantique Nord et à une situation hivernale de blocage atmosphérique accrue sur les îles britanniques et la partie occidentale de l’Europe, parallèlement à un forçage solaire réduit et à un volcanisme explosif. 

L’étude constate qu’entre 1901-2012, les années les plus sèches en Europe ont été 1921 et 1976 et pour le dernier millénaire, 1102, 1503, 1865.

a) Indice PDSI (Indice de sècheresse de Palmer) moyen régional de l’Old World Drought Atlas (OWDA) pour l’Europe centrale (3°E-20°E, 45°N-56°N, ligne noire) pour la période 1000-2012 et le scPDSI (Self-Calibrated Palmer Drought Severity Index ) instrumental de juin à août (ligne rouge continue) pour la période 1901-2018. 
Incertitude (1 σ) calculée comme l’erreur quadratique moyenne de l’ajustement résiduel à la série instrumentale représentée par la zone grise ombrée. La ligne bleue représente la moyenne mobile sur 31 ans de la série chronologique OWDA (cliquez ici pour obtenir une image plus grande).
b ) Comparaison entre l’indice PDSI reconstruit (ligne noire) et l’indice scPDSI observé (ligne rouge) sur la période commune : 1901-2012.
c) La distribution gaussienne ajustée des valeurs PDSI reconstruites pour différentes périodes : 1400-1480 (ligne rouge), 1770-1840 (ligne orange), 1901-2012 (ligne grise) et pour les données d’observation pour la période 1901- 2018 (ligne bleue). 
Les valeurs pour 2003, 2015 et 2018 sont indiquées par une ligne rouge. 
L’enregistrement OWDA a été ajusté par la moyenne et l’écart type afin qu’il ait la même moyenne et écart type que les données instrumentales (cliquez ici pour obtenir une image plus grande).

Selon les chercheurs, les projections climatiques indiquent que l’Europe sera dans le futur confrontée à un assèchement substantiel, même avec les scénarios d’émission les moins agressifs. En effet, bien que les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique qui leur est associé contribueront au risque de sécheresse future, l’étude indique que les variations futures de la sécheresse seront également fortement influencées par des facteurs naturels. En particulier, une possible diminution de l’irradiance solaire totale au cours des prochaines décennies et ses effets concomitants sur la Terre pourraient entraîner une fréquence plus élevée d’épisodes de sécheresse en Europe centrale, qui pourrait s’ajouter à l’assèchement induit par les émissions de gaz à effet de serre. 

Les chercheurs recommandent des travaux supplémentaires pour étudier la façon dont l’effet combiné des facteurs naturels et anthropiques façonneront l’ampleur et la fréquence des sécheresses.

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5 réflexions au sujet de « Les récentes sécheresses européennes se situent dans la plage de variabilité naturelle du dernier millénaire »

  1. Voilà un article intéressant publié dans un bon journal ! La seule chose qui me chagrine est que les auteurs de cet article ne semblent pas mettre en doute l’attribution des extrêmes hydroclimatiques en Europe en 2018 aux causes humaines (ils citent trois articles publiés à ce sujet), et qu’ils ne semblent pas non plus douter qu’un potentiel réchauffement futur induirait plus d’événements de ce type (là aussi, ils citent des articles sur le sujet sans les critiquer). Ce travail reste donc encore à faire. C’est dommage.

    D’ailleurs, petit point de détail : L’article n’a pas été publié dans Nature, mais dans “Communications Earth & Environment”, un journal récent qui semble sérieux, mais qui n’est pas Nature. Il est publié par les éditions Springer Nature, qui éditent aussi de nombreux autres journaux, dont Nature.

    • Bonjour,
      Vous dites “L’article n’a pas été publié dans Nature, mais dans “Communications Earth & Environment””.
      L’article est publié sous
      https://www.nature.com/articles/s43247-021-00130-w
      L’arborescence de cet article dans le site de nature est :
      nature/communications earth & environment/articles/article
      Donc “Communications Earth & Environment” ce n’est pas un autre journal, c’est juste là ou est classé l’article sur le site de “Nature”
      Amicalement Dominique

      • Non, c’est faux, Crestey, désolé. C’est bien un journal différent. Il suffit d’aller sur “Journal information”: https://www.nature.com/commsenv/journal-information.

        Voici ce qui y est écrit : “Communications Earth & Environment is an open access journal from Nature Portfolio… Communications Earth & Environment complements the other Nature Portfolio journals […] *while applying somewhat less stringent criteria for impact and significance than the Nature-branded journals, including Nature Communications.*”

        Il paraît que dans l’hiérarchie des journaux “Nature” dans le domaine du climat, il y a, d’après Michael White, éditeur de Nature (le vrai) :
        – Nature (qu’il compare à un restaurant 3 étoiles Michelin)
        – Nature Climate Change (2 étoiles)
        – Nature Communications (1 étoile)
        – et puis le reste, dont Communications Earth & Environment : des journaux qui n’ont pas “Nature” dans leur nom. C’est comme ça. Notons que le critère mentionné est “impact and significance”, pas “scientific quality” (qui devrait aller de soi).

        Si vous voulez voir la liste des journaux du “Nature Portfolio”, allez voir ici: https://www.nature.com/siteindex. Il y en a plein, et ils ont tous une arborescence nature.com/nom_du_journal/. Tous ne semblent pas être des journaux de qualité… exemple au hasard, le “Polymer Journal” (https://www.nature.com/pj/), sur lequel des doutes devraient être permis (“ranked 37/88 in polymer science”). Bref, il ne faut pas se faire avoir aussi facilement.

        Après, Comm Earth & Environment est sans doute un bon journal. Mais ce n’est pas Nature. L’article reste donc à corriger sur ce détail.

        Cordialement.

  2. On s’amuse à échanger des hypothèses… mais quelles sont les solutions proposées
    J’étais agri arbo pépiniériste… j’ai fait un forage, 3 réserves d’eau (entre autre pour regarnir la nappe phréatique…) je suis en train de réaliser des installations solaires
    En gros, s’il y a risque de sécheresse, d’inondations… construisons des réserves d’eau… qui servirons à calmer les flots, et irriguer, même et surtout en forêt (irrigation des forêts = augmentation de la séquestration du CO² en période stagnante, = limitation des incendies…)
    pareil pour la chaleur: quand il y en a, il faut la stocker dans le sous sol: Chez moi..
    Notélé reportage sur énergies cultures 02/08/20 : https://www.notele.be/it61-media83008-daniel-gelin-pepinieriste-retraite-et-experimentateur.html
    par – 11 °C cet hiver, j’ai gardé une serre à 0°C (donc hors gel) par un système de circulation d’air sous terre (-12m) stockage intersaisonnier.
    Venez me rendre visite pour en parler… je n’ai pas toutes les réponses, vous en avez, mais il faut construire et arrêter de jouer à l’éloquence. mon “empreinte” CO², comme pépiniériste est largement négative (2000 ha d’arbres fruitiers…)mais comme je ne met pas ma foi dans l’écologie qu’on veut nous vendre, je pense que le CO² est un très grand bien pour la végétation: des serres sont dopées au CO²: un arbre qui pousse 20 cm en un an sans dopage fait 50 en multipliant par 2 le taux de CO², et 1,5 m en multipliant par trois… à l’époque des dinosaures il y a eu jusqu’à 20 fois le taux actuel… à l’inverse, moins de CO² et le principe de séquestration tombe en panne… et là, c’est la famine…ensuite, un message par rapport aux vraies pollutions: elle sont de l’ordre du non partage de ce dont nous n’avons aucune légitimité d’être “propriétaire” car ne l’ayant pas ? “Créée” si on partage il n’y a plus aucune tentation d’accaparer, et donc les autres “pollutions” s’évanouissent. La pollution s’appelle “corruption” et conflits d’intérêts… mais de chacun, y compris moi !

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