Les Nations-Unies sur le coût de l’électricité renouvelable

Rémy Prud’homme

L’électricité éolienne et solaire coûte-t-elle plus cher ou moins cher que l’électricité nucléaire et thermique ? Moins cher, et de moins en moins cher, affirment la plupart des gouvernements, des ONG environnementales, des institutions internationales, des industriels du solaire et de l’éolien, de leurs économistes, et la quasi-totalité des journalistes. Les exemples sont très nombreux. On se contentera de citer un article de la Présidente d’Engie (une entreprise du CAC 40) dans Le Figaro qui explique doctement que le coût de l’électricité renouvelable baisse constamment alors que le coût de l’électricité nucléaire augmente sans cesse, et donc que les deux courbes se sont croisées depuis longtemps. Cette croyance quasi générale n’est pas un gadget de spécialistes : elle fonde des investissements de dizaines de milliards d’euros rien qu’en France.

Un petit nombre d’économistes ont depuis longtemps montré que cette affirmation n’était qu’à moitié vraie, c’est-à-dire complètement fausse. Elle est en effet parfois exacte lorsque l’on considère le seul coût direct de l’électricité renouvelable, celui qui est à la charge du producteur. Mais elle cesse d’être exacte lorsque l’on prend aussi en compte les coûts indirects que la production d’électricité renouvelable impose à l’ensemble du système électrique. Un exemple simple de ces coûts indirects : l’augmentation du coût du réseau de transport de l’électricité générée par la dispersion des fermes solaires ou des éoliennes. Ces coûts indirects sont difficiles à évaluer, mais ils semblent être du même ordre de grandeur que les coûts directs. Le coût total de l’électricité renouvelable est donc environ deux fois plus élevé que le coût des autres formes d’électricité.

Tout cela est bien connu des spécialistes honnêtes. Ce qui est neuf en revanche – et qui justifie cette note – c’est que ces considérations évidentes viennent d’être formellement prises en compte par une agence des Nations-Unies, la Commission Economique pour l’Europe (CEENU). Cette agence, créée en 1946, a connu son heure de gloire dans les années 1950 (lorsqu’elle était dirigée par Gunnar Myrdal, futur prix Nobel d’économie), mais elle continue d’exister, et fait même de « l’énergie soutenable » l’un de ses « programmes prioritaires ». Comme toutes agences de l’ONU, et en particulier du GIEC, elle ne jurait que par la promotion de l’électricité renouvelable.

Et voilà la CEENU qui publie, en septembre 2025, une petite étude intitulée Full System Cost of a Resilient and Carbon Neutral Electricity System. Cette étude souligne la nécessité de considérer les coûts indirects, et pas seulement les coûts directs, dans l’évaluation des projets de production d’électricité. Et produit en exemple un tableau relatif au cas des renouvelables, tableau qui suggère d’ailleurs que les deux types de coûts seraient du même ordre de grandeur.

Rien de nouveau quant au fond. Mais on peut néanmoins voir là un mini-tournant dans la façon dont un organisme onusien aborde les choix en matière d’électricité, un léger glissement de la propagande à la réalité, une chiquenaude portée au dogme du tout-renouvelable. Bien entendu, il ne faut pas exagérer la portée de ce modeste opuscule. Il provient d’un organisme assez peu connu et pas très influent ; il est bref et discret ; il est bien plus technique que politique. A lui tout seul il ne changera pas grand-chose. Mais il signifie sans doute un signe encourageant, le début d’un retour à la raison. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Mais souvent elle l’annonce.

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3 réflexions au sujet de « Les Nations-Unies sur le coût de l’électricité renouvelable »

  1. Je me demande— mais ce n’est qu’un début de commencement d’hypothèse—- S’il existe des liens dont, évidemment, je ne peux pas connaître la nature entre les différents décideurs politiques ou autres et les sociétés qui développent les EnR. Loin de moi l’idée d’envisager que ces liens, s’ils existent, soient de nature disons…intéressés.
    Enfin, bon, on est là dans la science -fiction, n’est-ce pas?

  2. Bravo Monsieur Prud’homme pour cette petite note. Comme elle est courte, on pourrait espérer qu’elle soit lue et comprise par les 35.000 maires de France, et tous les « vrais » écologistes…

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