L’écologisme engendre-t-il le populisme ?

Rémy Prud’homme

Écologisme et populisme sont deux composantes majeures de l’évolution de la France, et plus généralement des démocraties occidentales. Ces deux phénomènes concomitants sont-ils liés ? Avant d’examiner ce lien potentiel, essayons de caractériser ces deux évolutions sociétales.

Ce que l’on appelle « écologisme » est une idéologie basée sur trois croyances :  l’homme détruit la nature ; cette destruction conduit aux pires catastrophes ; et tout, absolument tout, à tout prix, doit être fait pour arrêter cette spirale infernale. Né sur le thème de l’environnement, l’écologisme s’est focalisé sur le thème du climat, et sur la lutte contre le CO2 coupable de « déréguler » ledit climat. Ce credo, porté par la gauche, s’est rapidement répandu dans tous les pays développés (mais pas dans les autres) et dans toutes les organisations internationales, de l’Union européenne au Vatican, en passant par les Nations-Unies. Cette idéologie moderne n’imprègne pas seulement les cœurs et les têtes, mais détermine les politiques économiques et sociales. Dans pratiquement tous les pays développés, la « décarbonation » est maintenant une composante majeure de ces politiques, au moins aussi importante (et souvent davantage) que la santé, la sécurité, ou l’économie. Cela se lit dans la structure des gouvernements ; en France, par exemple, des départements ministériels aussi essentiels que les transports ou le logement sont mis sous la tutelle du ministère de la transition énergétique : il s’agit de souligner que l’essentiel n’est pas le transport, mais la décarbonation du transport, pas le logement, mais la décarbonation du logement. Cela se lit dans les dépenses publiques, dans la fiscalité, dans les contraintes, les interdictions, les normes, et les obligations de toutes sortes décidées au nom de l’écologie.

Le populisme est défini (par le Robert) comme un « discours politique s’adressant aux classes populaires, fondé sur la critique du système et de ses représentants ». Dans la plupart des pays européens on trouve des partis politiques qui se disent – ou que l’on dit – populistes : le Rassemblement National et Reconquête en France, AfD en Allemagne, la Lega et Fratelli d’Italia en Italie, Vox en Espagne, le PiS en Pologne, les Démocrates en Suède, le PVV aux Pays-Bas, le FPÖ en Autriche, Chega au Portugal. Ces partis sont généralement classés à droite. Le fait majeur est leur montée en puissance dans les urnes au cours des deux dernières décennies. Plusieurs d’entre eux ont accédé au pouvoir dans des coalitions, en Italie, en Autriche, en Pologne, aux Pays-Bas.

La multiplication des actions écologistes est-elle la cause de l’augmentation des votes populistes ? On peut le penser, en considérant que l’écologisme entraîne le paupérisme, qui contribue au populisme :

Ecologisme à Paupérisme à Populisme

Les nombreuses mesures de décarbonation décidées et mises en œuvre par les élites (remplacement des voitures thermiques par des voitures électriques, substitution des déplacements automobiles par des déplacements en transports en commun, diminution des productions agricoles, augmentation forcée de la part du bio dans la production agricole, rénovation thermique obligatoire, remplacement imposé des chaudières au gaz par des pompes à chaleur, hausse des taxes carbone, promotion des renouvelables intermittents aux dépens du nucléaire, interdictions de construire en dehors des zones déjà urbanisées, etc.) ont un double effet.

Primo, elles freinent l’augmentation de la productivité et de la croissance par habitant, qui tendent à stagner depuis une dizaine d’années en Europe. Le taux de variation de la productivité est une fonction inverse du taux de décarbonation : en Pologne, faible décarbonation et fort progrès de productivité ; au Royaume-Uni, forte décarbonation et baisse de la productivité. Notamment, tout ce qui réduit la mobilité réduit aussi la croissance. L’écologisme entraîne une stagnation du niveau des vie moyen.

Secundo, elles affectent davantage les pauvres que les riches. La raison en est que les biens les plus touchés par l’écologisme (le logement, la nourriture, l’énergie, les déplacements) pèsent proportionnellement plus lourd dans le budget des pauvres. L’élasticité-revenu de la demande de ces biens-là est bien inférieure à 1. Toutes les études montrent que la fiscalité environnementale est fortement régressive. Les gilets jaunes n’employaient peut-être pas ce langage, mais ils étaient parfaitement conscients de la réalité qu’il décrit. La stagnation du niveau de vie moyen cache donc une détérioration du niveau de vie des pauvres.

Cet appauvrissement des pauvres engendré par l’écologisme offre un boulevard aux populismes. Par sympathie ou par calcul, peu importe, les partis populistes prennent la défense du peuple, et militent contre l’écologisme.  Ils sont pour les voitures thermiques, pour l’électricité nucléaire, et pour l’agriculture classique. Ils sont du même coup contre les élites qui veulent leur imposer les voitures électriques (plus chères), les renouvelables intermittents (plus cher) ou les légumes bio (plus chers), et réduire leur niveau de vie. La tâche des populistes est d’autant plus aisée que les élites écologistes affichent leur mépris du peuple – « ces gens qui fument des clopes et qui roulent en diésel », comme disait un distingué porte-parole du gouvernement.

La relation écologisme-populisme esquissée ici n’est bien entendu pas la seule cause du succès du populisme. Mais c’en est certainement une. Si vous voulez lutter contre le populisme, arrêtez d’appauvrir, de mépriser et d’insulter le peuple, et attaquez-vous à l’écologisme. La Pologne a connu un fort développement : elle a rejeté le PiS. Si vous ne voulez pas combattre l’écologisme, ce qui semble être le cas, ne soyez pas surpris de voir le populisme gagner du terrain.

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9 réflexions au sujet de « L’écologisme engendre-t-il le populisme ? »

  1. Méfiance ! dénigrer le populisme c’est un moyen détourné de s’attaquer à la démocratie. Le peuple est censé avoir le pouvoir, mais malheur à ceux qui osent s’intéresser aux peuples. Hou les vilains populistes ! Ça passe mieux que Hou les vilains démocrates !

  2. Super article ! J’aime bien comment vous mettez en lumière cette idée que l’écologisme et le populisme peuvent être liés. Ça fait réfléchir sur les dynamiques politiques et sociales actuelles.

    3.5

  3. Si ce n’était la gravité de la situation politico-économique et son impact sur les classes moyennes et inférieures, on pourrait qualifier de cocasse la conférence du président de la République pronostiquant le chaos social, économique et financier si par « malheur « il advenait que les « populistes » remportent les élections législatives. En effet, on serait en droit de lui objecter que la dissolution de l’assemblée nationale, infondée constitutionnellement, parachève le chaos que sa gouvernance n’a cessé d’aggraver depuis maintenant un septennat : déficit public, dette abyssale, déficit commercial, dégradation de la notation financière, émeutes et troubles sociaux divers. On reproche parfois à certains partis, non sans raison, l’inexpérience du pouvoir et l’absence de cadres capables de l’exercer face à une « haute » administration toute puissante. Si l’on considère honnêtement le résultat obtenu par les élites qui ont gouverné jusqu’à présent ce pays, on peut affirmer que le peuple ne prendrait pas de si gros risques en congédiant les dirigeants actuels. Une bonne nouvelle toutefois dans le climat (si j’ose dire) morose du moment, le chétif score de l’écologie politique.

    • Les 3 meilleurs ministres de l’économie de la Ve République sont dans l’ordre:
      – Antoine Pinay
      – Georges Monory
      – Pierre Beregovoy
      Les deux derniers étaient titulaires d’un certificat d’études…
      Antoine Pinay n’avait aucun diplôme.

  4. Le populisme tel que défini par le Robert n’existe pas. Il s’agit d’une définition politisée indigne d’un dictionnaire de référence, définition teintée d’un mépris de classe pour le populo et ses instincts vulgaires imaginaires. On lui préfèrera la définition du CNRTL, infiniment plus intelligente et, surtout, politiquement neutre : “Tout mouvement, toute doctrine faisant appel exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu’entité indifférenciée.”

    On retrouve ce même mépris des peuples dans la théorie du RCA, dans l’écologie punitive, dans la prétention insensée des experts du GIEC, de l’OMS ou encore de l’UE à nous dire comment on doit vivre sans discussion ni doute raisonnable. On retrouve ce même mépris dans la dénonciation des complotismes ou dans l’affirmation que la science est définitivement établie, refusant toute possibilité de critique.

    Vous pouvez mettre votre Robert à la poubelle sans hésitations ni regrets.

  5. “”””””Vous pouvez mettre votre Robert à la poubelle sans hésitations ni regrets.”””””””
    Je vais mettre ce commentaire sur SKYFALL qui est mourrant et où sévissait un certain ROBERT pas vraiment dans les idées des climato sceptiques ; si jamais il vient encore sur skyfall , il peut venir commenter ici

  6. Perso, je constate souvent que non seulement le gouvernement méprise les français de la classe moyenne, mais en plus je constate qu’il veut jeter tout le monde à la rue.
    /… et en plus, au 1er janvier 2018, Macron sup­prime l’Impôt Sur la Fortune (ISF) et le remplace par l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI). Or, cela sou­lage les grandes fortunes et affaiblit les forces vives de la Nation ; car les très riches sont moins chargés en im­mobilier que les classes moyennes. Alors si vous sou­tenez encore « le système, » sachez qu’il veut vous jeter à la rue, juste avec un effet d’annonce. Voyons cela avec les huit dates du logement.
    1. 25 août 2022 : gel des loyers pour les logements classés DEF et G,
    2. 1er septembre 2022 : audit énergétique avant location, et ça m’est arrivé qu’il soit truqué pour dévaloriser une vente !
    3. 1er janvier 2023 : audit énergétique avant vente des logements DEF et location interdite si la consommation annuelle est supérieure à 450 kwh/m² en énergie gaz ou fioul,
    4. 1er janvier 2025 : location interdite si la consommation annuelle est supérieure à 450 kw/h en énergie finale toutes ressources confondues
    5. 1er janvier 2028 : location interdite d’un logement DEFG ; avec transparence dans les baux de location de type « non respect de l’obligation pour les F et G, »
    Donc à partir du 1er janvier 2028, les logements D, E, F et G ne valent plus rien pour la location ! Et ça continue :
    6. 1er janvier 2033 : audit énergétique dans les annonces immobilières et actes de vente de type non respect de l’obligation des F et G pour les biens en copropriété.
    7. 1er janvier 2034 : audit énergétique obligatoire pour les maisons individuelles ou en mono propriété.
    8. 1er janvier 2050 : tous les logements doivent être A ou B.
    Mais pas les bâtiments publics ! Pensez-vous que le palais de l’Élisée soit A ou B ? Et les ministères, les préfectures, les mairies, les piscines et autres salles de sport municipales ? Et les musées, les châteaux, les bâtiments religieux ? En septembre 2022, seules les habitations sont visées. Or, il est impossible d’amener tout le parc immobilier au niveau A, B ou C en cinq ans (01.2028). En plus ce n’est pas basé sur la consommation réelle d’énergie, mais sur des estimations faites par les logiciels, souvent modifiés, que les experts sont obligés d’utiliser. Les nouvelles analyses dégradent les anciennes. Celles qui étaient en A ou B, passent en C ou en D, même après de gros travaux d’isolation ! Sauf s’ils ont installé une pompe à chaleur. (Voir Que choisir N° 612 d’avril 2022). Seul l’électrique est toléré, alors qu’on peut vous le couper. Et ça m’est arrivé : le 09 08 2011, J3 Expertise Castres, certifie mon appartement à 160 Kwhep/M2/an. Or dans l’analyse du 21 11 2019, la même société, le passe à 326 Kwhep/M2/an. Plus du double ! Un tel écart signifie-t-il que l’ancienne expertise ne valait rien ? Je peux prouver que cet appartement consomme moins qu’il y a huit ans, du fait du réglage à 50 °C du chauffe eau électrique et du remplacement de la porte d’entrée. Même tactique pour les émissions de gaz à effet de serre qui passent de 48 à 56 kgeqCO2/M3 et par an. Sur 132 relevés de DPE dans les vitrines des agences immobilières de Lavaur, 9 sont en A, 11 en B, 25 en C, 42 en D, 31 en E, 13 en F et 1 en G. On a donc : A + B = 15,15 %, et A + B +C = 34 %. Mais tout le monde sera expulsé, puisque même les A et B sont dégradés à la location ou à la revente. Les locataires sont aussi menacés, car c’est le consommateur final qui paye. De plus, dès le 1er janvier 2028, les 66 % des logements qui ne seront pas en A, B ou C, seront interdits à la location. Que restera-t-il à louer ? Cette rareté artificielle va renchérir les loyers. Qui pourra payer ? Les actionnaires des HLM auront-ils les moyens de suivre en cinq ans ? Déjà qu’on ne trouve pratiquement rien à moins de 600 à 700 € par mois… 12,1 millions de français ont du mal à se loger, selon le rapport 2020 de la Fondation Abbé Pierre. Et en 2050, avec les déclassements des A et des B, c’est plus de 84,85 % qui seront rendus inhabitables ! Dès la prise de conscience du grand public, nos héritages et domiciles qui ne seront pas classés en A ou en B, ne vaudront plus rien. La ruine des propriétaires est en vue. Vous imaginez les dégâts ? Mais cela n’a pas l’air d’inquiéter nos élus. Normal, car ce n’est pas une loi du parlement français déposée au journal officiel. Elle n’a donc aucune force de contrainte et ils le savent… C’est la convention de Washington signée par 88 pays. Il est d’ailleurs intéressant de consulter la liste des signataires pour savoir quels sont les gouvernements qui veulent jeter leurs peuples à la rue :
    (https://cites.application.developpement-durable.gouv.fr/listerpays.do?tri=paysStatut&ordre=asc).

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