L’alarmisme climatique s’effrite

Peter Baeten

Article initialement publié en anglais le 7 avril 2026 par Clintel (Climate Intelligence Group) sous le titre « Matt Ridley thinks the Climate Parrot is almost dead ».

Dans une récente conférence organisée par ICSF/Clintel, Matt Ridley (*) a soutenu que courant public et politique du discours sur « l’urgence climatique » s’affaiblissait; il a exploré les raisons de ce changement ainsi que ses implications. Dans une récente tribune publiée par le magazine The Spectator , Matt Ridley a déclaré : « Enfin, et heureusement, la folie du réchauffement climatique s’essouffle. Pour paraphraser les Monty Python , le perroquet alarmiste a beau être encore cloué à son perchoir lors de la COP à Belém, au Brésil – ou à Harvard et sur CNN –, ailleurs, il est mort. » Il a également affirmé que les excuses de Bill Gates, dans lesquelles celui-ci concédait que le réchauffement climatique « n’entraînera pas la disparition de l’humanité » après avoir fermé les bureaux de son organisation philanthropique pour le climat, portant un coup fatal à la désinformation climatique. Le déclin de l’alarmisme climatique était enfin le thème central de la conférence ICSF/Clintel du 1er avril.

L‘effritement de la confiance du public envers les autorités scientifiques et institutionnelles

Au cours de cette conférence, Ridley a expliqué pourquoi, selon lui, l’« alerte » climatique s’estompe. Un facteur majeur est la baisse de la confiance du public envers les autorités scientifiques et institutionnelles, notamment suite à la pandémie de COVID-19. D’après Ridley, « la pandémie de COVID a semé la méfiance envers la science et les experts », et ce scepticisme a influencé les débats sur le climat. Il a également soutenu que les prédictions exagérées et les erreurs retentissantes ont nui à la crédibilité des scientifiques.

Cependant, Ridley a identifié que les réalités économiques ont été le facteur le plus déterminant. Il a souligné que l’accessibilité financière promise pour la décarbonation ne s’est pas concrétisée : « Elle s’avère coûteuse, contraignante et régressive. » Selon lui, la hausse des prix de l’énergie touche de manière disproportionnée les ménages à faibles revenus, ce qui rend les politiques climatiques politiquement et socialement controversées. Cette pression économique a recentré l’attention sur la sécurité et l’accessibilité énergétiques, notamment dans des régions comme les États-Unis et certaines parties de l’Asie.

Un thème central de l’argumentation de Ridley est l’incapacité des énergies renouvelables, notamment éolienne et solaire, à fournir des solutions fiables et qui sont déplorables à grande échelle. Il décrit ces sources comme intrinsèquement intermittentes et affirme que « la transition vers ces énergies ne se concrétise tout simplement pas ». Sans rejeter catégoriquement les énergies renouvelables, il s’interroge sur les raisons pour lesquelles la préoccupation face au changement climatique est souvent assimilée à un soutien indéfectible à ces technologies spécifiques.

La révolution du schiste

À l’inverse, Ridley a souligné l’impact transformateur de la révolution du schiste bitumineux, notamment aux États-Unis. Les progrès réalisés dans l’extraction du pétrole et du gaz des formations de schiste ont considérablement accru l’offre et atténué les inquiétudes liées à la raréfaction des ressources. Il a soutenu que cette évolution a remodelé les marchés mondiaux de l’énergie et remis en question les hypothèses antérieures concernant l’inévitabilité d’une transition rapide vers une économie décarbonée.

L’essor des technologies, et notamment celui de l’intelligence artificielle, accentue la demande en énergie fiable. Ridley a souligné que les centres de données et les infrastructures d’IA nécessitent une alimentation électrique continue et sûre, ce qui favorise actuellement les énergies fossiles et le nucléaire au détriment des énergies renouvelables intermittentes. Face à cette situation, certains acteurs du secteur technologique adoptent une approche plus pragmatique en matière de politique énergétique.

Les conséquences négatives prédites du réchauffement climatique ne se sont pas produites

Sur le plan scientifique, Ridley a reconnu que les températures mondiales augmentent, mais a nuancé les prévisions quant à la gravité des impacts projetés. Il a déclaré : « Je fais partie de ceux qui pensent qu’il fait plus chaud… mais je ne crois pas que la situation empire. » Il a fait valoir que nombre des conséquences négatives prédites – comme l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes – ne se sont pas concrétisées dans la mesure anticipée. Selon lui, « nous vivons déjà dans ce futur et ce n’est pas si mal », affirmant que l’expérience vécue ne correspond pas aux prévisions alarmistes d’antan.

Ridley a également critiqué les modèles climatiques. « Ces modèles sont encore trop péssimistes », c’est-à-dire qu’ils surestiment le réchauffement par rapport aux données observées. Il a attribué cela à des hypothèses de « sensibilité climatique » trop élevées. De plus, il a insisté sur la variabilité climatique historique, arguant que les températures actuelles ne sont pas sans précédent si on les considère sur de longues périodes comme l’Holocène (voir également l’article de Clintel ici ou sur andymaypetrophysicist.com ).

Le point le plus important de la conférence de Ridley réside peut-être dans l’effet positif du dioxyde de carbone sur la croissance des plantes. Il a mis en lumière des preuves de « verdissement » global, affirmant que l’augmentation des niveaux de CO2 a contribué à une expansion mesurable de la végétation à l’échelle mondiale. Cet effet, qui présente des avantages considérables pour l’agriculture et les écosystèmes, a été sous-estimé dans les débats politiques.

L’analyse économique joue également un rôle central dans la critique de Ridley. Il critique les dépenses massives consacrées à la décarbonation qu’une analyse « coûts/avantages » ne justifie pas. Se référant aux estimations du coût social du carbone, il soutient que les efforts d’atténuation pourraient s’avérer disproportionnés en termes de dépenses : « Il est absurde de dépenser une fortune pour économiser un centime. »

Ridley a illustré ce point à l’aide de scénarios économiques à long terme, arguant que même en cas de réchauffement important, les générations futures seront probablement bien plus riches grâce à la poursuite de la croissance économique. Il doute qu’une réduction relativement légère de la richesse future dues aux impacts climatiques, constitue une menace existentielle.

Un consensus qui se fissure, à mesure que les coûts des politiques climatiques deviennent plus évidents

La conférence a également abordé la question des dynamiques politiques. Ridley a critiqué ce qu’il a décrit comme un consensus passé entre les principaux partis politiques en faveur de politiques climatiques ambitieuses, arguant que cela limitait le débat public. Il a suggéré que ce consensus commençait à se fissurer, notamment à mesure que les coûts économiques devenaient plus évidents.

Les réalités économiques, les progrès technologiques et l’évolution de l’opinion publique contribuent à affaiblir le discours dominant sur l’urgence climatique. Cependant, Ridley a mis en garde contre les positions extrêmes. Il a conseillé aux critiques des politiques climatiques dominantes d’éviter de rejeter totalement le changement climatique , soulignant qu’une telle rhétorique peut nuire à leur crédibilité. Il a plutôt plaidé pour un engagement plus important dans les discussions techniques et politiques, insistant sur l’importance d’une argumentation détaillée et étayée par des preuves. « Ceux qui sont sceptiques quant aux approches actuelles doivent s’impliquer plus profondément et avec plus de rigueur dans le débat s’ils espèrent en influencer l’orientation future. »


(*) Matt Ridley (né en 1958), 5e vicomte Ridley, est un écrivain scientifique, journaliste et homme d’affaires britannique. Titulaire d’une licence et d’un doctorat de l’université d’Oxford, il a travaillé pendant neuf ans pour The Economist en tant que rédacteur scientifique, correspondant à Washington et rédacteur pour les États-Unis, avant de devenir écrivain et entrepreneur indépendant installé à Newcastle.

Ses livres, comme L’Optimiste rationnel et L’Évolution de toute chose, se sont vendus à près de deux millions d’exemplaires, ont été traduits en 31 langues et ont remporté plusieurs prix.

Il a été chroniqueur hebdomadaire pour le Telegraph, le Times (Londres) et le Wall Street Journal. Il collabore régulièrement avec The Spectator, le Telegraph, le Daily Mail, Spiked et d’autres publications. Sa conférence TED intitulée  « Quand les idées font l’amour » a été visionnée plus de deux millions de fois.

Il a siégé à la Chambre des Lords de 2013 à 2021, au sein de la commission spéciale sur la science et la technologie et de la commission spéciale sur l’intelligence artificielle.

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