Déforestation : le plus gros des mensonges médiatiques

Par Rémy Prud’homme, Professeur des universités (émérite)

Le champ du climat est fertile en bourdes et mensonges officiels. Dans la petite collection que je fais de ces désinformations, la plus belle pièce était sans doute le rapport d’une commission présidée par Mme Lepage et publiée sous le timbre de la République, qui affirmait que dans le monde en 2014 l’électricité photovoltaïque représente 10% de la production électrique : le vrai chiffre est 0,8%. Madame Lepage multiplie la réalité par douze pour l’aligner sur ses rêves ou sur sa propagande. C’est déjà beaucoup. Mais on a trouvé bien plus gros : une multiplication par mille.

Sur le très officiel site des Républicains En Marche, à la rubrique climat, un titre énorme (avec une faute d’orthographe qui ne l’est guère moins) : Qu’est-ce qu’il se joue réellement aujourd’hui au niveau mondial ?  Et cette affirmation : « 1 km2 de forêt disparaît à chaque seconde dans le monde », dont il est facile de vérifier son caractère fallacieux.

1 km2 par seconde égale 31,5 millions de km2 par an. La meilleure source sur les forêts du monde et leur évolution est un rapport de la FAO (l’Agence des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) intitulé: Evaluation des ressources forestières mondiales 2015. Il évalue la surface forestière du globe à 41 millions de km2. Et la disparition forestière annuelle à 0,08% de ce total, soit 33 milliers de km2. C’est déjà beaucoup, mais c’est à peu près 1000 – mille – fois moins que ce qu’affichent les soi-disant « experts » du climat d’En Marche. A leur décharge, si l’on ose dire, ces experts citent leur source : France 24. Lorsque l’on préfère s’informer auprès d’une télévision d’Etat plutôt qu’auprès de la FAO, on prend des risques avec la réalité

Il y a pire. Informés de leur grossière erreur, les responsables du site et leurs « experts » ont refusé de la corriger. Errare humanum est, sed perseverare diabolicum.

Surtout, ce mensonge et ce refus sont le reflet et le symbole d’une tendance lourde, qui s’aggrave sous nos yeux. De tout temps, les politiques et leurs partis ont pris quelques libertés avec les faits, maquillant la réalité comme une jolie femme son visage, soulignant ce qui plait et cachant ce qui déplait. A des degrés divers. Assez peu dans les pays anglo-saxons et scandinaves, où les contre-pouvoirs médiatiques et universitaires veillaient. Beaucoup dans les pays communistes, tellement que le public croyait systématiquement le contraire de ce qu’on lui racontait, même lorsque le pouvoir disait la vérité. Moyennement dans les pays intermédiaires comme la France, où une fonction publique compétente et indépendante freinait les excès. C’était hier.

Aujourd’hui, les politiques ne se donnent même plus la peine de maquiller la réalité, ils l’ignorent, la foulent aux pieds, l’instrumentalisent, et l’inventent. En écrivant que 1 km de forêt disparaît à chaque seconde, le site du parti au pouvoir se moque bien de la déforestation. Le parti n’est pas au service des forêts, il utilise les forêts au service du parti. Il veut principalement faire peur, de façon à apparaître comme un recours. La recette a longtemps été appliquée par les églises : l’enfer qui vous attend est horrible, voyez les tableaux qu’en fait Jérôme Bosch; pour y échapper, faites-nous confiance. Ce discours s’adresse aux tripes, dans le meilleur des cas au cœur, jamais à la raison. Les responsables d’En Marche qui parlent du climat ne sont pas des experts du climat, mais des experts de la communication. Ils ne cherchent pas à dire le vrai, mais à convertir. On a même inventé un mot : « post-vérité », pour décrire cette mise à la poubelle du souci des faits et des réalités.

Pour les benêts qui croient encore à la science, une désinformation climatique reste une désinformation. Afin d’enrichir ma collection, j’invite à déjeuner – dans un restaurant non-végétarien – le premier ou la première qui m’apportera une désinformation plus grosse encore que celle repérée ici.