2025, lʼannée du retour au réalisme énergétique : lʼUnion européenne face à la revanche du monde réel

Samuel Furfari

Article initialement publié par le journal en ligne Atlantico

Lʼannée 2025 aura été celle dʼun retour assumé au réalisme énergétique. Tout au long de cette année, Atlantico a mis en évidence que la transition énergétique idéologique de lʼUnion européenne se heurte de plein fouet à la réalité économique, industrielle et géopolitique. Industriels et marchés ont convergé vers une même boussole : la sécurité dʼapprovisionnement redevient structurante, tandis que des prix de lʼénergie durablement élevés dans lʼUnion européenne deviennent insupportables. Ce constat a marqué lʼessoufflement du Pacte vert européen.

Le désenchantement du Pacte vert européen

De 2019 à 2024, il était politiquement et médiatiquement impossible de critiquer le Pacte vert sans être aussitôt marginalisé. Cette chape de conformisme a conduit lʼindustrie européenne à « baisser la tête » et à accepter des contraintes qui ont progressivement miné sa compétitivité, et pas seulement pour lʼindustrie automobile.

Dans  le  même  temps,  la  demande  mondiale  dʼénergie,  portée  par  la croissance asiatique, est restée structurellement dépendante des énergiesfossiles, tandis que les énergies renouvelables nʼont constitué quʼun appoint, incapable de se substituer aux hydrocarbures et au charbon. La croissance de la demande de cette dernière source dʼénergie à lʼéchelle mondiale ne surprend que les rêveurs verts.

À la fin de 2025, beaucoup ont enfin entendu ce que certains répétaient depuis longtemps : les énergies fossiles représentent toujours 87 % de la demande mondiale dʼénergie primaire, tandis que lʼéolien et le solaire photovoltaïque nʼen couvrent quʼenviron 3 %. Inaudible avant 2025, ce constat est désormais impossible à nier.

Cette réalité a mis à nu, en 2025, le décalage entre le discours occidental sur la « sortie des fossiles » et la trajectoire réelle du système énergétique mondial, où la priorité des pays émergents demeure la croissance et lʼaccès à une énergie abondante et bon marché. Même lʼAIE, qui a longtemps trompé les médias depuis le « désaccord de Paris », a dû se ressaisir tant sa position devenait grotesque.

Dans ce contexte, les hydrocarbures demeurent lʼossature du système énergétique mondial. Le gaz a confirmé son rôle de pivot de flexibilité, notamment au sein de lʼUnion européenne, où il soutient lʼéquilibre dʼun mix de plus en plus variable. La carte du GNL sʼest encore densifiée, renforçant la liquidité des échanges.

En parallèle, les énergies renouvelables ont poursuivi leur expansion, portées par la baisse des coûts des installations solaires et par une filière éolienne offshore de plus en plus compétitive. Mais lʼannée 2025 a mis toujours plus en lumière le goulet dʼétranglement que constituent les réseaux électriques : les coûts de production de lʼélectricité aux bornes des générateurs intermittents et variables ont beau diminuer, le prix pour le consommateur ne cesse dʼaugmenter. Plus la part dʼélectricité intermittente croît, plus le réseau se déséquilibre — et plus la facture du consommateur grimpe.

Si lʼArcom souhaite pénaliser ceux qui énoncent cette vérité, sachons être reconnaissants envers ceux qui, comme Atlantico, prennent encore le risque.

Autre marqueur de 2025 : le retour en grâce du nucléaire. La prolongation des réacteurs existants, la clarification des cadres de financement et le lancement de nouveaux projets mondiaux ont renforcé la visibilité à long terme du secteur. Les SMR progressent sur les plans réglementaire et industriel, même si leur déploiement commercial demeure au mieux à moyen terme. Le message central est prudent, mais explicite : le traité Euratom avait raison, dès 1958, dʼaffirmer que nous avions besoin de lʼélectricité nucléaire — dite alors « atomique » — pour « lʼélévation du niveau de vie dans les États membres ». Nous nʼavons pas besoin de lʼélectricité nucléaire pour la décarbonation, mais bien pour la qualité de vie des citoyens.

La fracture entre le discours climatique et la réalité énergétique mondiale

Je me réjouis de voir lʼexpression « énergie abondante et bon marché » reprise de plus en plus souvent. Je ne lʼai pas inventée — elle figurait déjà dans la résolution de Messine (1955), portée par les pères fondateurs de lʼUnion européenne. Jʼai simplement contribué à la remettre au goût du jour, et elle trouve désormais un écho bien au-delà de lʼEurope, jusquʼà Washington.

On vient dʼapprendre quʼen France, lʼhomme politique dont on a le plus parlé cette année est Donald Trump. Et pour cause : en onze mois, il a transformé la scène internationale, rebattu les cartes de la géopolitique et eu le mérite de rompre avec le langage diplomatique hypocrite qui faisait que le citoyen prenait, selon lʼexpression imagée, des vessies de lʼénergie pour des lanternes.

Donald Trump nʼa pas réalisé de révolution énergétique, mais bien une révolution de communication. Il a affirmé haut et fort que le monde ne se passera pas des énergies fossiles et que les énergies renouvelables ne sont Il a affirmé haut et fort que le monde ne se passera pas des énergies fossiles et que les énergies renouvelables ne sont quʼun gadget. Rappelez-vous comment, le 27 juillet 2025, sur son terrain de golf à Turnberry en Écosse, il a humilié Ursula von der Leyen en expliquant à un journaliste — sans même tourner le regard vers la présidente médusée de la Commission européenne — combien il est absurde de croire que les éoliennes constituent une solution énergétique. Nous sommes nombreux à le dire depuis des années, mais sans bénéficier de lʼécoute des médias subventionnés ni encore moins de celle des responsables politiques. Nous ne lʼavons toujours pas, mais cela ne saurait durer : la révolution de communication de Donald Trump sʼétendra, et chacun finira par comprendre lʼarnaque financière des énergies renouvelables, même si le simple fait de le dire expose encore aujourdʼhui à des sanctions. 

Car il faut regarder la réalité géopolitique énergétique en face : en 2025, chaque jour a vu se décider des milliards de dollars dʼinvestissements destinés à produire davantage de pétrole, de gaz naturel et de charbon, ainsi quʼà développer les infrastructures nécessaires à leur transport — notamment le gaz naturel liquéfié — et à leur utilisation. Les médias européens subventionnés ont beau avoir passé cette réalité sous silence, les décisions sont prises, et ces investissements produiront leurs effets pendant des décennies. La consommation dʼénergies fossiles va croître, et cʼest pourquoi, au Qatar, en Australie, aux États-Unis, comme partout en Afrique, on investit massivement dans les énergies fossiles. Même en Israël, avec des capitaux arabes ou azerbaïdjanais, le gaz de la mer du Levant est en plein essor.

Le basculement du pouvoir énergétique mondial

Cette poursuite dʼune hégémonie sans partage pénalise lʼUnion européenne, seule à se saborder pour une illusoire décarbonation du monde. En creux, elle renforce la domination des acteurs pragmatiques — États-Unis, Qatar, pays du Golfe, Australie, grandes économies asiatiques, etc. Dʼailleurs, lʼoffre est désormais si abondante que le prix du baril de Brent est passé de 73 $ le 26 décembre 2024 à 61 $ aujourdʼhui, soit une baisse de 16 % jour pour jour. Le prix du gaz sur le marché TTF dʼAmsterdam a, lui aussi, chuté de 40 % sur la même période.

Vladimir Poutine sʼest trompé en pensant quʼil tenait lʼUnion européenne grâce à son gaz naturel. En 2025, celui-ci est devenu encore plus abondant et concurrentiel, ce qui a permis à lʼUE à diversifier ses sources dʼapprovisionnement. Mais lʼUnion européenne sʼest elle aussi trompée : elle nʼa pas réussi à empêcher la Russie de vendre ses hydrocarbures. Ses sanctions ont été contournées, car le monde a soif de pétrole et de gaz, et lʼAsie a largement profité des embargos et des mesures européennes. Lʼénergie, indispensable au fonctionnement du monde, est aujourdʼhui disponible, abondante et moins chère.

En 2025, lʼobsession climatique de lʼUnion européenne, facteur de fragilisation stratégique, a commencé à se fissurer à Bruxelles comme à Strasbourg. Mais il est encore trop tôt pour en officialiser lʼéchec. LʼUnion européenne nʼa pas compris que la géopolitique de lʼénergie, qui continue de dominer le monde comme auparavant, fait que, malgré trente années de politiques climatiques et trente COP, les émissions mondiales de CO ont augmenté de 65 %. Elle nʼest pas près de lʼadmettre tant que lʼAllemagne refusera de reconnaître lʼéchec retentissant de son « EnergieWende ». Quant à Ursula von der Leyen — Allemande — elle ne le reconnaîtra pas davantage, même sʼil est peu probable quʼelle lʼignore : Donald Trump sans doute nʼa pas manqué de le lui dire ouvertement.

La domination allemande poursuit son œuvre destructrice : lʼeffondrement de lʼUnion européenne est en cours et se prolongera jusquʼaux prochaines élections du Parlement européen.


Samuel Furfari est professeur en géopolitique de l’énergie depuis 20 ans, docteur en Sciences appliquées (ULB), ingénieur polytechnicien (ULB). Il a été durant trente-six ans haut fonctionnaire à la Direction générale de l’énergie de la Commission européenne. Auteur de 18 livres.

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